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Un sabotage ciblé Assis confortablement au bureau, nous faisons des affaires par e-mail, partageons nos expériences quotidiennes insignifiantes via twitter, et publions nos anecdotes les plus intimes sur facebook… nous croyant protégés comme dans le ventre de notre mère. En réalité, nous nous exposons davantage que si nous étions sur la place du marché. En pire, car tout le monde peut nous observer à notre insu.
 
Les exploitants de la centrale nucléaire de Natan, en Iran, faisaient sans doute preuve de la même insouciance avant le 21 septembre, lorsqu'un ver a été détecté dans le système de commande. Des hackers anonymes ont programmé un virus baptisé Stuxnet, qui s'infiltre dans les ordinateurs pilotant des processus aussi importants que les aiguillages dans les systèmes de régulation du trafic ou les systèmes de ventilation des centrales électriques. Ensuite, il cherche les failles du programme Windows et sabote les processus. On ne connaît pas les détails de ce cas précis; en revanche, on sait exactement comment un tel sabotage se déroule.
 
Bien évidemment, la gravité du cas susmentionné est sans commune mesure avec ce qui peut se passer sur Facebook ou Twitter. Les petits poissons à la Hasler ne gèrent pas de centrale nucléaire. Mais ils peuvent tout de même être harponnés, et ce, très facilement. En 2007 par exemple, le responsable d'Axpo est venu chez moi pour parler des chances et risques inhérents à la discussion relative à l'énergie. L'entretien a été publié: une rapide recherche sur Google permet d'ailleurs de le trouver. Et quand deux ans plus tard, j'ai publié un essai sur les élites dans "das Magazin", la blogosphère m'est tombée dessus, me reprochant de ne pas pouvoir être pris au sérieux, d'être corrompu, affirmant que mon domicile à Zollikon était un refuge du lobby nucléaire, etc. 
 
En ligne, nous sommes tous susceptibles d'être sabotés. Le problème est lié à la façon dont Internet a vu le jour. A l'origine, il était question de relier entre eux quelques acteurs dignes de confiance, à des fins d'information. L'idée est toujours la même aujourd'hui, sauf qu'on voit un grand nombre d'inconnus au comportement suspect prendre d'assaut le réseau. Le cyberespace est aussi dangereux que le Far West il y a 150 ans, à ceci près qu'il n'y a même pas de shérif. Et à l'époque, la règle du jeu était claire: chacun devait se défendre soi-même.
 
Nous auto-défendre? Mais comment faire? L'Etat nous protège contre tous les fléaux: la salmonelle dans le poisson, la bronchite chronique, l'emprise du cannabis, l'achat de boissons alcoolisées dans les stations-service de nuit, le harcèlement sexuel au travail. Mais pas contre l'anarchie qui règne sur Internet. L'auto-défense consisterait donc à ne PAS se connecter. Mais c'est trop demander à des petits poissons, qui finissent toujours par mordre à l'hameçon.

Ludwig Hasler

 

Ludwig Hasler est l'un des journalistes les plus incisifs de la presse suisse. Chargé de cours en philosophie et théorie des médias à l'université, il a été membre de la rédaction en chef de la Weltwoche jusqu'en 2001 et, auparavant, du St.Galler Tagblatt. De plus, il est connu comme chroniqueur de longue date du magazine spécialisé "Persönlich". Ludwig Hasler rédige en outre pour Swisscom une chronique mensuelle sur les bienfaits et les dérives de la société de l'information. Sa chronique traduit bien évidemment son opinion, qui peut ne pas correspondre à celle de Swisscom.



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