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Commerce des droits cinéma avec la blockchain





Un projet pionnier de droits cinématographiques basé sur la blockchain

Hollywood fera bientôt des affaires en Suisse

L’achat de films par des chaînes télévisées ou la vente de leurs propres émissions se fait toujours comme au bon vieux temps: avec de gros accords, des contrats complexes et des négociations fastidieuses. Un animateur et professionnel allemand de renom veut revoir entièrement ce système avec l’aide de Swisscom en utilisant la technologie des blockchains.

Roger Baur, 24 novembre 2017

Avec «Welt der Wunder», Hendrik Hey est considéré comme le créateur de programmes économiques faciles à comprendre. Mais certains problèmes lui font perdre son latin. Par exemple quand il a récemment dû mettre une minute de matériel visuel à la disposition d’une chaîne TV amie. La minute valait sur le papier 1500 francs – mais il s’est retrouvé confronté à des négociations dignes d’une transaction de plusieurs millions. «Les contrats faisaient des va-et-vient. On corrigeait le texte puis on le changeait encore si bien que j’étais tenté de dire: vous savez quoi, prenez-la gratuitement.»

Le commerce de droits télévisés, de films et de séries mais aussi d’émissions et d’ordres de production se fait encore toujours presque exclusivement de la même manière. Négociation par téléphone, transmission par fax, signature par courrier postal. La transparence n’est pas le point fort car on ne remarque souvent pas un passage. Les diffuseurs et les producteurs font appel à des armées d’avocats et spécialistes des licences pour accompagner ces accords et surveiller les conditions contractuelles. Car c’est justement là que réside le prochain problème: chaque contrat devant être négocié individuellement, son suivi s’avère très difficile.  

«Enfin quelque chose d’intéressant!» C’est le slogan choisi par Hendrik Hey pour faire la publicité de son «Welt der Wunder TV». Sa nouvelle approche de commercialisation des droits avec la technologie des blockchains de Swisscom est elle aussi intéressante.
Image : API Michael Tinnefeld

Une chaîne a par exemple le droit de diffuser le film A trois fois en trois ans avec une répétition dans les sept jours suivant chaque diffusion mais au plus tôt à minuit après la diffusion. De son côté, le film B est disponible jusqu’à la fin de la deuxième année suivante et peut être diffusé cinq fois pendant cette période. Dans ce cas, chaque diffusion compte, même au milieu de la nuit. La situation n’est pas plus simple avec les productions mandatées. Ici, ce sont les entreprises de production, les réalisateurs, les présentateurs, les acteurs, les scénaristes qui disposent parfois de contrats qui leur sont propres.

Avec parfois des situations absurdes comme le montre un exemple de la chaîne privée RTL. La chaîne souhaitait rediffuser depuis longtemps la légendaire série d’émissions «RTL Samstag Nacht», mais n’a réussi pendant longtemps qu’à en montrer des extraits. En effet, les droits de nombreux sketchs achetés à l’époque étaient depuis arrivés à expiration. Ce n’est pas une blague: une seule pointe d’humour peut bloquer toute une émission. «C’est pourquoi personne n’est vraiment satisfait de la situation actuelle», ajoute Hendrik Hey.

«Chaînes, producteurs ou studios – tous attendent une solution qui rassemble tout et tout le monde. Et c’est là où nous voulons intervenir.»


C’est ainsi qu’a vu le jour l’idée de créer une plateforme regroupant tous ces aspects. Une plateforme commerciale pour le cinéma, la télévision et les vidéos, une sorte de «YouTube pour professionnels», comme le décrit Hendrik Hey. Les différents fournisseurs d’une émission devraient même pouvoir se regrouper en une production commune. «Non seulement la technologie des blockchains génère les contrats mais elle les surveille aussi et distribue les recettes», précise Hendrik Hey. Cela va de la délivrance du contrat à l’envoi d’une information lors de l’arrivée à expiration de la licence en passant par la transmission du matériel. On paie directement avec la monnaie électronique de la plateforme, le «Micro Licensing Coin» (MILC). Les coûts de transaction et les taux de change disparaissent si bien qu’il devient aussi intéressant d’effectuer des petits achats de matériel vidéo.

Pour la première fois, la nouvelle technologie des blockchains est utilisée pour simplifier le commerce mondial de licences média. Cette industrie réalise un chiffre d’affaires annuel de plus de 500 milliards d’euros. Et la tendance est à la hausse. Image: Keystone

Des expériences similaires existent dans l’industrie musicale, où des artistes comme Imogen Heap ont éliminé des maisons de disques auparavant leaders de leur secteur afin de rémunérer directement toutes les personnes concernées, du compositeur au technicien de studio, grâce à la blockchain. Ils peuvent aussi les indemniser davantage avec la disparition de la commission due pour la répartition des recettes.

Mais pour commencer, l’idée est de se concentrer sur la distribution de matériel visuel et de programmes prêts à l’emploi. Autre argument de poids, le nombre d’acheteurs et vendeurs potentiels a beaucoup augmenté: services de streaming, sites d’info, portails de divertissement et chaînes classiques font partie du groupe cible. Côté vendeurs, la plateforme pourrait aussi ouvrir la porte à un nouveau groupe de petits fournisseurs. Hendrik Hey: «Quand je produis une bonne vidéo, je peux aujourd’hui la publier sur YouTube et obtenir environ 15'000 euros si elle atteint un million de clics. Demain, je pourrai proposer la même vidéo sur la nouvelle plateforme de tous les professionnels TV et vidéo, ce qui offre de nouvelles opportunités.»

Financement par des crypto-monnaies: fonctionnement de l’ICO

La future plateforme de «Welt der Wunder TV» consacrée aux droits cinématographiques sera domiciliée en Suisse. Pour obtenir l’argent nécessaire à la mise en place du projet, «Welt der Wunder TV» ne va pas faire appel à une banque ou à la bourse mais au procédé «Initial Coin Offering» (ICO). Ce type de financement est un mélange de crowdfunding et d’émission d’actions. L’investisseur ne reçoit pas d’actions (parts d’une entreprise) pour son investissement, mais des jetons (Token). Les investisseurs achètent leurs jetons avec francs ou des euros, ou bien avec des crypto-monnaies comme p. ex. le bitcoin ou l’ether. Dans le cas de la plateforme des droits cinématographiques, le jeton s’appelle «Micro Licensing Coin» (MILC) et est en même temps le moyen de paiement exclusif sur la plateforme (voir ci-dessus). Ces jetons donnent le droit d’acheter les prestations proposées sur la plateforme. En d’autres termes: si une chaîne veut acheter des droits cinéma sur la plateforme, elle doit indemniser le propriétaire des droits à l’aide de MILC. Ce jeton permet à son tour au propriétaire d’acheter d’autres droits – on peut aussi les vendre ou les convertir en monnaie fiduciaire si on n’en a plus besoin. La prévente de MILC commencera début décembre 2017, pour un début des ventes officiel en janvier 2018.

Swisscom Blockchain SA assiste l’ICO et le développement de la plateforme reposant sur la technologie des blockchains. Cette filiale de Swisscom fondée en septembre 2017 accompagne et conseille «Welt der Wunder» dans tout le processus ICO, de l’idée commerciale au traitement technique de la vente du Coin.
Les ICO sont un phénomène récent mais qui connaît déjà un fort succès. Sur les seuls 12 derniers mois, des investissements d’une contre-valeur de 3.3 milliards de dollars ont été effectués dans plus de 200 ICO dans le monde. Le plus grand ICO actuel est «Filecoin»: la start-up américaine Protocol Labs a collecté plus d’un quart de milliard de dollars pour ce service cloud décentralisé. Swisscom considère les ICO comme une forme de financement alternative permettant un développement global rapide d’écosystèmes numériques en fonction des intérêts manifestés. Un accès au marché offrant justement de grandes opportunités aux start-up et aux PME. Il faut cependant respecter la législation et la réglementation. Il faut aussi que le projet proposé et ses auteurs soient dignes de confiance. C’est pourquoi Swisscom fait contrôler les clients ICO potentiels par une société d’audit. Dans les phases ultérieures de l’ICO, des cabinets d’avocats spécialisés sont appelés à intervenir pour garantir la sécurité juridique de l’ICO sur mandat de Swisscom Blockchain SA et du mandant.

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Swisscom Blockchain SA a été fondée en septembre 2017. Elle assiste les entreprises dans le développement de solutions basées sur la blockchain.

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