Application Cloud: offre Paas internationale





Interview

«Swisscom ne l’a encore jamais fait»


Marco Hochstrasser a dirigé l’équipe de 45 développeurs du Swisscom Application Cloud. Il explique dans l’interview pourquoi il préfère avoir pour employeur le géant des télécoms plutôt qu’une start-up.




Le Swisscom Application Cloud a été lancé récemment. A quel public Swisscom destine-t-elle cette offre?


A travers le Public Application Cloud, nous abordons un segment de clientèle nouveau pour nous: les développeurs de logiciels.


Vous avez des objectifs ambitieux.


C’est exact. Le Public Offering publié au mois d’octobre n’était que la première étape. Nous nous réjouissons de recevoir les retours de la clientèle – même ceux qui sont plus critiques bien entendu. Cela nous aide à faire progresser la maturité du produit. Notre prochain objectif sera d’aborder nos clients commerciaux en leur proposant le Virtual Private Application Cloud encore développé.


La concurrence – sur le marché international en particulier – est énorme. Pourquoi des entreprises et des développeurs devraient-ils s’adresser à Swisscom?


Nous sommes un partenaire doté d’une grande proximité avec nos clients et nous proposons une bonne Developer Experience qui n’a rien à envier à celle de nos concurrents. L’argument principal est toutefois que notre solution n’est pas propriétaire. Nous travaillons avec Cloud Foundry, un standard ouvert qui s’est aujourd’hui fortement imposé dans l’industrie. Pour le client, peu importe alors qu’il nous fasse exploiter une instance et qu’il en exploite une lui-même. Il peut développer une appli chez nous à tout moment puis repasser à son propre système ou inversement, afin de produire plus vite ou meilleur marché par exemple.

Marco Hochstrasser

Ce développeur de logiciels travaille comme Head of Application Cloud chez Swisscom depuis avril 2014. Agé de 30 ans, il a réalisé un apprentissage d’informaticien auprès de l’Office fédéral de l’informatique et a fait des études de Bachelor en informatique à la Haute école spécialisée bernoise. Ont alors suivi cinq ans en tant que conseiller SAP auprès de Swisscom. Dans le cadre du programme Young Talent de Swisscom, il a pu réaliser une intervention de six semaines comme agent extérieur de Swisscom à Palo Alto, où la fièvre de la Silicon Valley s’est emparée de lui. Il a rejoint l’équipe Cloud de Swisscom en 2013 dans la fonction de développeur de logiciels. Il consacre ses loisirs au jogging et au ski.


«Nous observons attentivement le marché et savons ainsi ce qui nous attend dans deux à trois ans.»


Il existe de nombreux standards. Pourquoi celui-ci devrait-il connaître davantage de succès?


C’est toujours la technologie dotée de la plus grande capacité d’adaptation au marché qui gagne. Et c’est précisément le cas de Cloud Foundry. Les très grands sont de la partie: SAP, IBM, HP, EMC, VMware ou Intel. SAP va mettre en place tout son portefeuille sur la base de Cloud Foundry, ce qui donne un tout nouveau sens à l’interopérabilité des applications dans un Cloud. C’est un gigantesque avantage pour nos clients, qui n’existe pas aujourd’hui par exemple chez Microsoft, Amazon ou Google.


De quelle part de marché parlons-nous?


Pour les clients commerciaux, la part de marché des solutions reposant sur Cloud Foundry se situe aujourd’hui à tout juste 40%. C’est la raison pour laquelle nous croyons aussi fort au succès de ce standard. La masse critique est atteinte.


Quels sont les points faibles de votre solution?


Nous n’avons pas la taille d’une entreprise comme IBM et ne pouvons donc pas, par exemple, proposer le même éventail de services. Mais nous sommes rapides et souples, et nous nous spécialisons sur quelques services importants – souvent pour le marché suisse également – et les mettons vraiment bien en œuvre.


Comment savez-vous quels services seront importants?


Nous sommes sur place dans la Silicon Valley avec une équipe et nous observons attentivement le marché. Tout ce qui y est d’actualité déferlera aussi en Suisse dans les deux ou trois ans à venir. Un bon exemple de ce phénomène: MongoDB (base de données moderne non transactionnelle). Il y a trois à quatre ans, c’était la base de données qui faisait le buzz absolu dans la Silicon Valley. Aujourd’hui, tout le monde se l’arrache ici aussi. Dans la Vallée, elle est toutefois de nouveau out. De plus, nous tâtons également aussi régulièrement le pouls de nos clients – qu’il s’agisse de start-up ou de clients commerciaux.


1/5 Moment de détente au lever du jour: Marco Hochstrasser fait son jogging dans les collines de Standford Dish, dans la Silicon Valley.

2/5 Au Blue Bottle de Palo Alto, Marco Hochstrasser déguste selon lui le meilleur café de la Vallée.

3/5 Toujours en ligne: même au Blue Bottle Coffee, on peut sentir l’esprit de la Silicon Valley: personne n’y fait sa pause sans assistants numériques.

4/5 Agent extérieur de Swisscom dans la Silicon Valley, Marco Hochstrasser a pu faire progresser le projet Application Cloud.

5/5 Lancement de l’App Cloud au HackZurich: ce jeune homme de 29 ans est de retour depuis peu en Suisse pour être plus proche de son équipe, des partenaires et des clients.

1/5 Moment de détente au lever du jour: Marco Hochstrasser fait son jogging dans les collines de Standford Dish, dans la Silicon Valley.

Swisscom est membre du Cloud Foundry Foundation Board, aux côtés de spécialistes de très grands prestataires et fournisseurs de logiciels. Parmi eux, Swisscom fait certainement figure de petit poisson.


Swisscom jouit d’un grand prestige dans la communauté de Cloud Foundry. En tant qu’auteur de feed-back mais aussi parce que nous sommes très proches de nos clients, par exemple les banques, et pouvons ainsi communiquer des exigences claires. Nos racines européennes sont aussi très appréciées. Swisscom a été élue par les 18 membres Gold et envoyée au Board. La communauté a choisi Swisscom parce que dès le début, nous y avons été actifs et que nous avons fait montre de compétence et de confiance.


Vous êtes encore très jeune et vous faites partie du Board. On y trouve certainement des représentants qui sont nettement plus âgés et expérimentés que vous. Comment vous sentez-vous dans ce rôle de «poussin»?


Il y a bien quelques personnages très impressionnants, des fondateurs d’entreprises qui pèsent aujourd’hui des milliards. Des CTO, des responsables du développement, etc. J’apprends beaucoup, mais je parle d’égal à égal. En effet, le contexte culturel est différent. L’âge n’a pas d’importance. Dans la Silicon Valley, on traite toujours avec respect les trentenaires comme moi, dans l’idée qu’il pourrait être celui qui lancera la prochaine grande innovation. Personne ne parle là-bas de poussin. Il existe pour cela trop de fondateurs d’entreprises de moins de 30 ans qui connaissent un énorme succès et conquièrent actuellement le monde avec leurs start-up.


Ce n’est pas le cas en Suisse.


Malheureusement non. Dans un cercle de personnes d’un certain âge, on confond trop souvent l’âge et la capacité, et un collègue plus âgé peut vous le faire sentir.


Vous avez vécu pendant quelque temps dans la Silicon Valley.


Oui, j’ai passé ces 30 derniers mois en Californie. Je reviens à présent en Suisse pour être plus proche de mon équipe, de nos partenaires et de nos clients.


Une étape difficile?


Bien sûr, les choses sont différentes et je dois m’y réhabituer. Mais la Suisse est un beau pays, quel que soit l’endroit d’où l’on vient.


Quelle est la principale différence, qu’y a-t-il de mieux dans la Silicon Valley?


On est beaucoup plus direct, ce que j’apprécie beaucoup. On en vient vite au fait quand quelque chose n’a pas beaucoup de sens. On se demande alors rapidement: souhaitons-nous connaître le succès maintenant ensemble ou bien pourquoi sommes-nous ici? En Suisse, on s’enlise beaucoup plus dans de telles questions. Au final, il s’agit pourtant d’avoir du succès.


On abandonne aussi plus rapidement ce qui ne fonctionne pas?


Absolument, cela ne gène personne. Une chose ne marche pas? D’accord, arrêtons les frais, tentons quelque chose de nouveau.


La relation à l’échec est bien différente chez nous en Suisse de celle qui existe aux Etats-Unis.


En Amérique, personne ne considère l’échec comme personnel. Si un projet échoue, ce n’est pas la personne qui a échoué. Ici en Suisse, on réfléchit à plus longue échéance et de façon plus politique. On se demande de quelle manière la solution fonctionnera encore dans 20 ans. Mais nous travaillons dans un environnement où la technologie est dépassée au bout de trois à cinq ans.


«Aux Etats-Unis, une start-up souhaite conquérir le monde. Avec des objectifs plus modestes, on ne trouve pas d’investisseurs.»


Avec vos aptitudes, pourquoi n’avez-vous pas créé votre propre start-up? Au lieu de cela, vous dirigez une équipe dans une grande entreprise. Cela ne correspond pas à l’esprit de la Silicon Valley.


Swisscom m’offre une chose que de nombreuses grandes entreprises ne me proposent pas: une grande marge de manœuvre. Ces dernières années, je me suis souvent senti comme dans une start-up. Nous sommes relativement autonomes, notre équipe aujourd’hui composée de 48 personnes est très jeune, internationale et bigarrée. Le management donne une chance aux thèmes novateurs. Dans une nouvelle start-up, je n’aurais jamais les possibilités et les ressources dont je dispose aujourd’hui chez Swisscom.


L’équipe comptait-elle autant de personnes dès le début?


Non, nous avons commencé en 2013 avec trois personnes et avons évolué d’une telle manière parce que Swisscom croit en la vision d’un Cloud pour la Suisse et s’y tient. De mon point de vue, c’est une étape essentielle pour la numérisation de la Suisse.


Malgré tout cet enthousiasme, il y a aussi des choses qui ne marchent pas si bien dans la Silicon Valley, par exemple des salaires ridiculement élevés et des exigences tout aussi ridiculement hautes à l’égard des employés. Cela ne vous pose pas problème?


Si, je sais me montrer critique à l’égard de ces dérapages. Dans les start-up, on pratique avec la plus grande évidence la semaine de six jours, on ne prend peut-être des vacances que deux semaines par an. J’ai vu des candidats à des postes qui ont demandé s’ils devraient travailler 100 heures par semaine. Ils ont réagi avec étonnement quand nous avons dit qu’il s’agissait de 50 heures au maximum. De nombreuses entreprises entretiennent une relation très étroite avec leurs employés: tout le réseau social ne tourne alors plus qu’autour de l’entreprise.


Quand on a une famille, ce n’est pas formidable.


C’est un monde de célibataires. Beaucoup de ceux qui travaillent dans la Silicon Valley n’ont pas leur famille avec eux. Vu de l’extérieur, cela peut ne pas sembler très sain. Mais si tous les intéressés sont heureux, cela peut aller, non?


Que devrait-on changer en Suisse pour être plus compétitifs? Nous avons déjà les salaires, les connaissances et la formation.


Nous sommes moins disposés à prendre des risques. De nombreux fondateurs de start-up continuent ainsi souvent à travailler en parallèle dans une autre entreprise où ils font de l’argent. Aucun investisseur ne l’accepterait aux Etats-Unis. Le contrôle social est moins important dans la Silicon Valley: beaucoup sont venus d’ailleurs, d’Allemagne, d’Inde, de Suède. Le week-end, ta mère ne te demande pas comment tu gagnes exactement ton argent. Cela accroît la disposition au risque. De plus, les investisseurs sont très enclins à prendre des risques. D’emblée, ils savent que neuf investissements sur dix sont des échecs.


On emploie les grands moyens?


En Suisse, les créateurs d’entreprise se demandent comment diriger une petite équipe et être rapidement rentables pour pouvoir nourrir leurs enfants. Chez nous, 50% des start-up survivent, c’est un très bon chiffre pour renforcer le marché des PME. Aux Etats-Unis, on veut conquérir le monde. Avec des objectifs plus modestes, on ne trouve pas d’investisseurs. C’est la raison pour laquelle 90% des start-up échouent.


La Suisse est peut-être tout simplement trop petite pour de tels projets.


Notre marché intérieur est certainement un obstacle. Aux Etats-Unis, il y a bien 300 millions de clients potentiels. En Suisse, il s’agit peut-être de 7 millions. Un exemple: un collègue dans la Silicon Valley a lancé une start-up avec des gadgets pour des enfants qui sont vraiment des nerds. Son calcul est simple: dans la Vallée, il y a 5 millions de geeks. Si 1% d’entre eux sont mes clients, je gagne de l’argent. En Suisse, cela correspondrait peut-être à 50 clients potentiels.


Que devrait-on faire pour donner aux start-up suisses de meilleures chances?


Il faudrait permettre aux start-up d’accéder au marché européen directement et sans gros obstacles juridiques. Pour le moment, l’attention se porte encore trop sur les grandes entreprises. Viennent aussi s’ajouter les barrières linguistiques.


Swisscom présente toutefois maintenant un produit exposé à une forte concurrence internationale. N’avez-vous pas peur de ce marché intérieur trop réduit?


Si, bien entendu. C’est la raison pour laquelle nous avons lancé l’Application Cloud sous forme de service international dans 20 pays en même temps. Swisscom ne l’avait jamais fait avant. Lorsque nous nous sommes fixé cet objectif il y a un an, personne ne pensait que nous y parviendrions. Mais nous avons réussi – le produit est sur le marché depuis octobre.



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