Low Power Network

Internet of Things

Zermatt et l’IoT in extremis


Depuis décembre, le domaine skiable de Zermatt maîtrise mieux ses pentes dangereuses. Grâce, entre autres, à un climatologue ingénieux de Lucerne et à son Internet des objets alpin avec lattes de toit.


Texte: Tanja Kammermann, Images




Mario Betschart cligne des yeux à la lumière de ce bel après-midi ensoleillé; le Cervin, presque trop beau pour être vrai, se dresse en arrière-plan. Visiblement, la tension de ces dernières heures ne pèse plus sur lui, il a l’air presque content. Tous les supports de ses capteurs à ultrasons ont résisté, sauf deux, aux tempêtes Burglind/Eleanor et Evi ainsi qu’aux énormes quantités de neige. «Elle sert à quoi, cette barre de fer, on ne pourrait pas l’utiliser?», demande-t-il à Jonas Truffer, sauveteur des remontées mécaniques de Zermatt. «Elle nous sert à nous orienter lorsque nous sommes en hélicoptère», explique Jonas Truffer. Mario Betschart tire de son sac à provisions un nouveau capteur à ultrasons, une boîte carrée avec plaque à capteurs ronde et plate, entourée d’un entonnoir gris qui se trouve dans une boîte en plastique transparent. En l’espace de 10 minutes, les deux hommes installent sur la barre de fer le capteur fonctionnant sur batterie et la boîte, un prototype, en utilisant deux lattes de toit courtes, des attache-câbles, un kit de serrage et une bande adhésive.



L’union de la high-tech et du simple artisanat: Mario Betschart et Jonas Truffer installent le capteur.



Le capteur est déjà en service et, toutes les 10 minutes, il envoie les données dans la vallée via le réseau Low Power de Swisscom. De là, elles sont transmises aux serveurs afin d’y être traitées. Quelques minutes après, Mario Betschart reçoit sur son téléphone portable les mesures actuelles du niveau de neige: 1,67 mètre. J’avoue que, jusqu’à présent, l’ensemble me semblait plutôt relever du bricolage. Mais maintenant, je suis vraiment impressionnée.

Grâce au nouveau capteur installé «am Borter», «au bord» en haut-valaisan, par Mario Betschart, le domaine skiable de Zermatt bénéficie à nouveau d’un Internet des objets complet pour ses pentes enneigées dangereuses. Tout ce qu’il fallait, c’était un réseau de communication de données et des capteurs appropriés livrant les données nécessaires.



Le capteur à ultrasons est protégé contre les intempéries par un entonnoir et une boîte en plastique.



Le capteur de plus haute altitude est installé sur le Petit Cervin, à 3 883 m au-dessus du niveau de la mer, et est peut-être ainsi le capteur LPN le plus haut du monde. Du moins, Mario Betschart n’en connaît aucun situé à plus haute altitude. En arrière-plan, les données sont préparées pour le personnel des remontées mécaniques et mises à disposition sur la plateforme SnowCast.


Une idée née en un quart d’heure

Tôt le matin, en montant dans le train à la gare de Berne, je repère tout de suite Mario Betschart. Son matériel de ski et son sac à dos à outils l’ont trahi. Il ne tarde pas à évoquer son «sac à provisions» ainsi que son contenu, le capteur à ultrasons, et j’ai l’impression qu’il en a un peu honte. Mario Betschart est climatologue diplômé et travaille depuis un an pour l’entreprise inNET AG. Cette entreprise a réussi dans le secteur de la surveillance environnementale pour les cantons de Suisse centrale. Porteur d’une barbe de 3 jours, Mario Betschart fait plus jeune qu’il n’est.



Mario Betschart doit également faire preuve d’habileté manuelle.



De façon sereine et facilement compréhensible, il m’explique de quelle manière il souhaite créer de nouveaux secteurs d’activité au sein de l’entreprise et comment inNET, dans ce but, expérimente depuis quelque temps avec le réseau Low Power (LPN) Ce réseau a un avantage: la communication radio qui émet sur la fréquence d’un système d’ouverture de porte de garage nécessite très peu d’énergie et dispose d’une grande portée. Mario Betschart et son équipe ont à un moment découvert que la technique à ultrasons permettait de mesurer les niveaux d’eau et de neige. «Lorsque j’ai eu pour la première fois le capteur en main, il m’a fallu un quart d’heure pour avoir l’idée de mesurer le niveau de neige dans les domaines skiables et sur les pentes à risque d’avalanche.» Ils établirent alors une petite feuille de route et un plan de développement. Ils profitèrent ensuite des dernières neiges pour effectuer de premières mesures dans le canton d’Uri. Cela a immédiatement fonctionné et l’entreprise décida alors de promouvoir cette idée. Mario Betschart avait pour mission de trouver un client vraiment intéressé. Le domaine skiable de Laax fut le premier à vouloir équiper de capteurs ses deux pentes les plus dangereuses. C’était la naissance de la prestation de service SnowCast. Le deuxième contact fut Zermatt.


LPN donne envie d’expérimenter

Les domaines skiables sont aveugles quand il fait sombre ou quand il neige. Aujourd’hui, le personnel des remontées mécaniques essaie, dès le matin, de se faire une idée aussi vite que possible de la situation en parcourant le domaine skiable. Les capteurs à ultrasons mesurent le niveau de la neige aux points névralgiques pour les clients, et ce sans installation coûteuse. Les 10 capteurs installés à Zermatt permettent au personnel des remontées mécaniques de recevoir 24 h sur 24 des informations sur leur téléphone portable, concernant le niveau de neige ou l’apport de neige fraîche sur les pentes à risque d’avalanche ou à d’autres endroits critiques. Et ce sans même sortir de leur bureau. «Et depuis décembre, les batteries utilisées sur le Petit Cervin n’ont perdu que 3% de leur capacité, malgré les températures en permanence négatives, cela m’a surpris», ajoute Mario Betschart.



Mario Betschart contrôle la batterie ainsi que la distance au sol du capteur placé sur le Petit Cervin.



Depuis quelque temps, des capteurs à prix abordables sont disponibles. Ce qui manquait, c’était une méthode de transmission des données. Le réseau Low Power, qui couvre actuellement env. 95% de la population suisse, donne envie de faire des essais. Lorsque, en décembre, Mario Betschart a discuté avec les collaborateurs de Swisscom des endroits où placer les capteurs, ils pensaient ne pas avoir partout une réception optimale. «Nous avons alors mesuré l’ensemble du domaine skiable et constaté qu’on captait partout le LPN. La réception est même meilleure que Swisscom l’avait laissé entendre. Cela nous a surpris et rend l’utilisation quasiment illimitée.»

On peut construire un Internet des objets même de façon très simple sous forme d’essai pilote, avec lattes de toit et kits de serrage. Au début de l’été prochain, les remontées mécaniques de Zermatt décideront si elles souhaitent continuer d’utiliser la solution IoT Snowcast.io. Mario Betschart est optimiste. Face aux conditions météo très difficiles de ces derniers mois, la solution a déjà pu montrer ce dont elle était capable.


1/19 Le capteur installé à la plus haute altitude, à 3 883 m au-dessus de la mer. Mario Betschart est heureux que l’installation ait résisté aux tempêtes.

2/19 Vue de dessous: la partie métallique ronde est le capteur à ultrasons, protégé contre le vent et les intempéries par un entonnoir et une boîte en plastique.

3/19 Dans OneNote, la note a été créée ce jour-là à 6h29; Mario Betschart était alors déjà en route entre Lucerne et Berne.

4/19 Construction de lattes de toit sur le pylône du télésiège: les installations sont provisoires et les infrastructures existantes sont utilisées le plus souvent possible.

5/19 Ces pylônes se trouvent sur le glacier et avancent chaque année de 5 à 6 mètres en direction de la vallée. Les données de ce capteur permettent, au printemps, de mieux surveiller la fonte des neiges.

6/19 Mario Betschart fixe le kit de serrage avec des attache-câbles. Grâce à cela, il y a de plus grandes chances que la construction résiste à la prochaine tempête.

7/19 Le nouveau capteur à ultrasons se cache dans un sac à provisions insignifiant. Comme il ne pèse que quelques centaines de grammes, Mario Betschart a pu facilement l’amener en ski au Petit Cervin.

8/19 Une barre de fer, deux kits de serrage, deux lattes de toit courtes, deux rondelles, quelques attache-câbles et un peu de ruban adhésif gaffer...

9/19 …il n’en faut pas plus à Jonas Truffer, sauveteur des remontées mécaniques de Zermatt, et à Mario Betschart de la société inNET AG pour installer le nouveau capteur.

10/19 Mario Betschart mesure avec un lasermètre la distance entre le capteur et la couche de neige. Cette valeur est inscrite dans la plateforme

11/19 Le niveau de neige actuel est mesuré à l’aide d’une sonde d’avalanche traditionnelle.

12/19 Burglind/Eleanor ou Evi a arraché ce capteur. Le capteur se trouvait dans la neige et était donc inutilisable.

13/19 Cet emplacement est important pour les remontées mécaniques parce qu’il y a souvent des congères. Pour cette raison, Jonas Truffer et Mario Betschart remettent l’installation en état.

14/19 La solution provisoire est fixée avec un très grand nombre de vis.

15/19 Et, à peine réparée, elle fournit à nouveau des données.

16/19 Le capteur installé au bord, ou «am Borter» en haut-valaisan, surveille à présent une pente pour laquelle aucune donnée n’était auparavant disponible.

17/19 L’emplacement en forêt est capable de mesurer jusqu’à 3,30 mètres de neige. Cet hiver, l’enneigement a parfois atteint ce niveau.

18/19 Ce capteur est installé à 45 degrés dans un ravin, la mesure y est très difficile.

19/19 Un nouveau capteur installé, un réparé, 8 contrôlés: Mario Betschart a été étonné que les installations aient si bien résisté aux conditions météo exceptionnelles des dernières semaines. Satisfait, il prend le chemin du retour.

1/19 Le capteur installé à la plus haute altitude, à 3 883 m au-dessus de la mer. Mario Betschart est heureux que l’installation ait résisté aux tempêtes.

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L’étage supérieur du Swisscom Shop situé dans le quartier zurichois de Stauffacher (Badenerstrasse 18) est entièrement dédié au Low Power Network. Les clients PME et les clients commerciaux Enterprise peuvent s’inscrire pour une visite. Des démonstrations en direct et des informations intéressantes sur de nombreuses possibilités d’application vous attendent. Cela vous intéresse? Contactez Roger Kaspar.




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