Méta navigation

La numérisation du système de santé

Le système de santé suisse 

Parée au décollage


Si les soins médicaux en Suisse sont excellents, les processus et la communication de la santé publique sont encore à la traîne. Thomas Bachofner, CEO de Swisscom Health, est partisan d’un «décollage numérique».


Texte: Roger Welti, 1 octobre 2018




Thomas Bachofner, où en est la santé publique suisse en matière de numérisation?


La bonne nouvelle, c’est que les outils numériques sont désormais incontournables dans les blocs opératoires et l’administration des patients dans les hôpitaux. Les nouveaux cabinets médicaux gèrent des dossiers médicaux électroniques et communiquent avec les patients via des canaux numériques, à l’instar de ce qui se fait déjà dans bien d’autres domaines.


Et la mauvaise nouvelle?


Les processus internes aux établissements de santé ou entre acteurs du système de santé sont bien souvent restés au stade analogique. Le papier et le fax restent donc majoritaires face au cloud ou aux écrans tactiles. Un important potentiel d’amélioration de l’efficience de notre système de santé reste inexploité, et ce alors que les coûts de la santé dépassent pour la première fois le seuil des 10’000 francs par personne et par an. Il est grand temps de donner une impulsion à la numérisation dans le système de santé.


Le dossier électronique du patient (DEP) amorce-t-il ce «décollage numérique»?


Il lui donne certainement une impulsion essentielle. La mise en œuvre du DEP nécessite de bâtir et d’exploiter une infrastructure technologique qui offre des possibilités inédites par rapport au dossier personnel. Elle forme la base de la numérisation d’autres processus entre les institutions de santé et les patients, ainsi qu’entre les institutions de santé elles-mêmes.


Par quoi est motivé l’engagement de Swisscom en faveur du DEP?


Nous sommes convaincus que ce système pose les bases de la transformation numérique complète de la santé publique tout au long du parcours de soins, en lieu et place d’une série d’initiatives individuelles qui empêcheraient la mise en place d’un processus continu. Cette approche globale permet d’exploiter pleinement les avantages du numérique. Le plein potentiel d’eHealth n’est exploité que lorsque mon médecin de famille, le chirurgien, la pharmacienne et mon physiothérapeute partagent avec moi les détails de mon traitement de manière transparente et efficiente via le DEP.

Cap sur le numérique avec Swisscom au salon IFAS

La 35e édition du salon IFAS, le grand salon du marché de la santé suisse se déroulera du 23 au 26 octobre 2018 à Zurich. L’occasion pour près de 15’000 visiteurs de s’informer sur les dernières tendances et nouveautés dans le domaine de la santé. Le stand Swisscom est placé sous la devise «Paré pour le décollage numérique?» en halle 7, stand 142.

> Site de l’IFAS


«Un important potentiel d’amélioration de l’efficience de notre système de santé reste inexploité, et ce alors que les coûts de la santé dépassent pour la première fois le seuil des 10’000 francs par personne et par an.»


Thomas Bachofner, CEO Swisscom Health



Comment comptez-vous convaincre les médecins établis des vertus de cette approche globale, eux qui estiment parfois être les derniers à évoluer en quasi-autonomie?


En leur faisant découvrir tous les avantages – notamment économiques – d’un univers eHealth en pleine croissance. Les cabinets gagnent un temps précieux en utilisant des logiciels basés sur le cloud et accessibles en tous lieux, des systèmes électroniques de répartition des patients, l’envoi de documents numérisés ou encore l’externalisation de la gestion des créances. Un temps qu’ils peuvent consacrer au traitement des patients.


Swisscom, qui détient une participation dans l’entreprise de télémédecine Medgate, se pose en concurrente de ces cabinets. N’est-ce pas contradictoire?


Pas du tout. La télémédecine s’est imposée comme un véritable pilier des services de santé. 13% de la population suisse souscrit aujourd’hui une couverture santé sur le modèle Telmed. Notre ambition est de soutenir également ce domaine à l’aide de technologies de pointe. Ainsi, Swisscom Digital Technology SA a participé au développement de l’appli Medgate qui comprend une fonction de consultation vidéo. Elle figure au top 3 des applis de médecine de l’App Store d’Apple en 2018.


Services pour hôpitaux, cabinets médicaux, caisses-maladie et DEP... Swisscom détient une vaste quantité de données médicales. Comment gérez-vous ces données?


Les données des patients étant particulièrement sensibles, il convient de les protéger. Un principe fondamental s’impose de lui-même: les patients conservent toujours leurs droits vis-à-vis des données qui les concernent. Swisscom traite uniquement ces données dans le cadre du contrat signé par ses clients et ne les transmet à aucune autre entité. Le DEP représente de fait un dossier virtuel permettant de transmettre des données des patients stockées de manière décentralisée dans des hôpitaux et des cabinets médicaux. Lorsque des prestataires nous confient le stockage de données de patients, nous les protégeons de manière efficace, dans le respect des normes de sécurité les plus modernes, comparables à celles appliquées par des établissements bancaires. Il va sans dire que nous n’exploitons pas ces données au-delà de notre mandat et n’en tirons aucun avantage financier. Cela vaut en matière de DEP comme pour d’autres services de santé publique.


«Les données des patients étant particulièrement sensibles, il convient de les protéger.»


Thomas Bachofner



Quelles tendances technologiques marqueront l’activité de Swisscom dans la santé publique suisse au cours des prochaines années?


L’intelligence artificielle et le blockchain sont deux des principales tendances. Nous étudions par exemple le recours à l’intelligence artificielle dans nos logiciels pour les cabinets médicaux. A l’avenir, les médecins pourraient dicter leurs comptes-rendus. Un outil de reconnaissance vocale reconnaîtra alors leurs mots et les retranscrira automatiquement. En matière de blockchain, l’objectif est de réduire la bureaucratie et d’améliorer la transparence d’une multitude de processus. Pour ce qui est du système de santé, Swisscom Blockchain SA veut mettre en réseau patients et spécialistes de la recherche de manière efficiente en collaboration avec son partenaire Digipharm.


Voilà qui semble très vague, voire utopique.


Peut-être, mais plus vite nous nous attellerons à la tâche, plus vite nous tirerons les bénéfices de ces technologies et de la numérisation de la santé publique en général. La Suisse doit impérativement exploiter cet énorme potentiel pour améliorer la qualité et l’efficience de ses services de santé.





Newsletter

Abonnez-vous à la newsletter pour suivre les tendances, les actualités de la branche et les benchmarks.





En savoir plus sur ce thème