Boom de l’industrie suisse des jeux vidéo

Heidi au pays des merveilles

Les créateurs indépendants helvétiques de jeux vidéo appartiennent à l’élite internationale du domaine, dont le développement est soutenu par la Fondation Pro Helvetia. Les développeurs romands se distinguent par leur maîtrise de la réalité virtuelle.

Claire Martin (texte), 7 octobre 2016

Peu connue du grand public, l’industrie suisse des jeux vidéo n’en appartient pas moins à la scène internationale. Cette petite famille de créateurs indépendants a déjà ses rock stars. Créé par la société zurichoise Giants, le jeu «Farming Simulator» permet de se mettre à la place du patron d’une ferme. Traduit en 18 langues, il s’est déjà vendu à plus de cinq millions d’exemplaires.

 

«La Suisse se place aujourd’hui parmi les leaders européens, notamment dans le domaine de la réalité virtuelle.»

Sylvain Gardel, fondation suisse pour la culture Pro Helvetia

 

Stars helvétiques

 

Le Zurichois Christian Etter a quant à lui développé le jeu de puzzle «Dreii», un hit planétaire, suivi de «Plug & Play». Une démonstration de «Plug & Play» réalisée par la star de Youtube Pew Die Pie a totalisé plus de dix millions de vues sur Youtube.

 

 

Démonstration de «Plug & Play» réalisée par la star de Youtube Pew Die Pie (Vidéo: YouTube)

 

 

«La Suisse a été parmi les derniers pays à prendre le train des jeux des vidéo. Mais elle se place aujourd’hui parmi les leaders européens, voire mondiaux, notamment dans le domaine de la réalité virtuelle», se réjouit Sylvain Gardel, de la fondation suisse pour la culture Pro Helvetia.

 

La Fondation Pro Helvetia s’impose comme le pivot de la scène de la création de jeux vidéo. Sa mission première est d’empêcher l’exode des développeurs suisses, dont les premiers ont dû s’expatrier faute d’écosystème adéquat. Une tâche qui ne cesse de gagner en importance car en quelques années, ce secteur a connu une véritable explosion. «En 2009, il y avait en Suisse cinq start-up dans ce domaine. Elles sont aujourd’hui près de 70. «Dans ce domaine, si vous créez le bon produit, vous avez la possibilité d’accéder au marché mondial, comme le démontre le succès de Farming Simulator», relève Sylvain Gardel.

 

 

1/4 Dans la scène des jeux vidéo, la start-up genevoise apelab jouit d’une reconnaissance internationale. De gauche à droite: Michaël Martin (CTO), Emilie Joly (CEO) et Maria Beltrán (CDO). (Photo: Mark Henley)

2/4 Avec leur jeu «Dreii», les développeurs du studio zurichois Etter ont créé un puzzle en trois dimensions, qui a reçu le European Design Award. (Photo: Studio Etter)

3/4 Emilie Joly et Maria Beltrán d’apelab dans leur bureau du quartier des Acacias à Genève. (Photo: Mark Henley)

4/4 Le jeu «Farming Simulator» permet de se mettre à la place du patron d’une ferme. Traduit en 18 langues, il s’est déjà vendu à plus de cinq millions d’exemplaires. (Photo: Giants)

1/4 Dans la scène des jeux vidéo, la start-up genevoise apelab jouit d’une reconnaissance internationale. De gauche à droite: Michaël Martin (CTO), Emilie Joly (CEO) et Maria Beltrán (CDO). (Photo: Mark Henley)

 

 

 


Pro Helvetia et le numérique

 

Financée exclusivement par la Confédération, la fondation Pro Helvetia soutient et diffuse l’art et la culture suisse. Alors qu’on la connaît davantage pour son engagement en faveur des arts plastiques ou de la littérature, depuis 2012 Pro Helvetia s’investit en faveur des start-up actives dans les arts numériques. Le soutien à l’expression numérique correspond à un souhait émanant du Parlement et du Conseil fédéral, inscrit dans un document intitulé «message culture».

 


 

 

Apelab, créateurs genevois de mondes virtuels

 

A Genève, Maria Beltrán a fondé avec Emilie Joly la start-up apelab. En 2014, leur film interactif «IDNA» a reçu une moisson de prix internationaux et intéressé Apple et Disney. Ce développement plonge le joueur dans un polar futuriste en images d’animation. Maria Beltrán décrypte: «La Suisse peut s’enorgueillir d’une grande tradition dans la précision, la qualité et le design. Ces qualités jouent un rôle essentiel dans la création numérique locale.»

 

 

Maria Beltrán d'apelab (à gauche) jette un regard dans des mondes virtuels avec ses lunettes 3D. A droite: Emilie Joly. (Photo: Mark Henley)

 

 

Un marché qui explose


En termes économiques, les jeux vidéo représentent déjà dans le monde un marché plus important que celui du cinéma. Entre 2012 et 2015, le chiffre d’affaires de l’industrie cinématographique a fondu de 126,8 milliards de dollars à 90 milliards (source IBISWorld). De son côté, les ventes de jeux ont atteint l’année dernière le record de 91 milliards de dollars (source NewZoo). Celles-ci doivent dépasser les 100 milliards de dollars dès 2017.


«Notre objectif est de favoriser la création d’un tissus industriel dans un domaine qui n’en est qu’au début de son expansion.»

Sylvain Gardel, fondation suisse pour la culture Pro Helvetia

 

«Notre objectif est de favoriser la création d’un tissus industriel dans un domaine qui n’en est qu’au début de son expansion. On voit déjà de nouvelles populations comme les femmes et les personnes âgées s’intéresser aux jeux. Cette forme de culture est devenue extrêmement populaire en quelques années», poursuit Sylvain Gardel. La discipline du «Media design» qui prépare à la création de jeu est maintenant largement enseignée en Suisse.

 

 

Prochaine révolution: la réalité virtuelle


De l’avis général des observateurs, l’émergence de la réalité virtuelle doit apporter autant de bouleversements que le lancement de l'iPhone en 2008. Les créateurs romands se distinguent dans cette discipline qui permet à l’utilisateur d’évoluer dans des univers imaginaires grâce à des filières spécialisées comme le Miralab à l’Université de Genève.

 

 

«Ma vie de courgette», un long métrage d'animation romand, existe désormais aussi en jeu vidéo. (Photo: apelab)

 

 

Dans le domaine de la réalité virtuelle, la HEAD (Haute École d'art et de design) à Genève a produit un véritable vivier de talents. Les quatre membres de l’équipe fondatrice d’apelab en sont par exemple issus. Ils ont lancé en octobre un jeu associé au film suisse «Ma vie de courgette», qui a déjà remporté un grand succès dans les festivals. Et puis leur création «Break a leg» va être présentée à Montréal, après avoir été très remarquée à New York, au festival Future of Story Telling. «Ce jeu vous met dans la peau d’un magicien du 19e siècle qui doit accomplir des prodiges», dévoile Emilie Joly, cofondatrice d’apelab.


Chargé de cours à l’Université de Lausanne et directeur de la Maison d’Ailleurs, Marc Attalah est aussi l’initiateur du festival Numerik Games dont la première édition s’est déroulée en septembre dans la cité thermale. La manifestation a accueilli 57 créateurs indépendants romands et a attiré 10’000 visiteurs. Un succès emblématique de l’essor du jeu vidéo. Marc Attalah conclut: «Il est temps que la culture numérique sorte du ghetto.»

 

 

 
Formations en jeux vidéo

Voici les principales filières de formation dans ce domaine en Suisse:

 

HEAD, Genève: Media design

 

Université de Genève: Miralab

ECAL, Lausanne: Media & Interaction Design

EPFL, Lausanne:
Media & Design Laboratory

 

ZhdK, Zurich: Game design

EPFZ, Zurich: Game Technology Center


 




 

 

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