Service universel à Braggio

Une cabine téléphonique pleine de secrets

Braggio, c’est un peu le bout du monde. Mais on y trouve une cabine téléphonique. Autrefois, elle constituait le centre du village. Aujourd’hui, elle est encore utilisée en moyenne deux fois par année.

Roger Baur (texte), Maxime Da Costa (photos), 2 août 2016

S’il y en a une qui est au courant des plus grands secrets de ce village de montagne, c’est bien elle. Les ados s’en servaient pour communiquer avec le vaste monde. Car c’est elle qui offrait un espace d’intimité pour parler au téléphone de ces choses qui doivent rester privées. Et si malgré tout, quelqu’un essayait d’espionner une conversation, il était immédiatement découvert grâce aux parois transparentes de la cabine.

 

 

Braggio est un petit village de montagne des Grisons, qui compte cinquante âmes et probablement autant de chèvres et de moutons.

 

 

Le centre névralgique du village

 

Oui, la cabine téléphonique de Braggio était en quelque sorte le centre névralgique de ce petit village grison de cinquante habitants à deux pas de la frontière tessinoise. Bien des choses ont disparu ou n’ont même jamais existé dans ce village: les voitures, par exemple, car Braggio est seulement accessible par téléphérique ou par un sentier. Quant au shopping et aux activités culturelles, elles se limitent à une petite épicerie et au seul restaurant du village, qui se trouve juste à côté de la cabine téléphonique.

Si quelqu’un se rendait souvent dans la cabine, on en déduisait que son départ était imminent.

Ce qui se passait dans la cabine donnait d’ailleurs matière à conversation dans le bistrot. Si quelqu’un se rendait souvent dans la cabine, on en déduisait que son départ était imminent, soit en direction de la vallée, soit même plus loin en direction de Bellinzone. Car tout le monde le savait parfaitement: c’était l’amour et le travail qui faisaient partir les habitants du petit village. La porte de la cabine faisait en quelque sorte office d’issue.

 

 

 

1/5 Le mandat actuel du service universel oblige Swisscom à maintenir au moins une cabine téléphonique dans chaque localité du pays.

2/5 Fière, rutilante, la cabine téléphonique de Swisscom trône toujours au milieu du village de Braggio.

3/5 Le téléphone public a rendu pendant des décennies de grands services aux habitants et aux visiteurs de la commune. Aujourd'hui, ils préfèrent utiliser leur téléphone mobile.

4/5 L'air pur des montagnes invite à la contemplation.

5/5 Le village est seulement accessible par téléphérique et par un petit sentier.

1/5 Le mandat actuel du service universel oblige Swisscom à maintenir au moins une cabine téléphonique dans chaque localité du pays.

 

 

 

Reliques d’une autre époque

 

Et c’est ainsi qu’ils ont peu à peu abandonné le village: les jeunes, les aventuriers, les amoureux. La cabine, elle, est restée fidèle à son emplacement parce que la commune y tient et parce qu’une loi fédérale lui assure son existence. Swisscom la fait nettoyer tous les deux mois, c’est-à-dire plus souvent qu’elle n’est utilisée. Son chiffre d’affaires au cours des derniers douze mois s’est élevé à 1 franc 40 centimes. Elle appartient ainsi à un grand groupe de cabines qui ne sont plus guère utilisées et sont les reliques d’une autre époque. Seule une cabine située à la Fiescheralp a un chiffre d’affaires encore plus bas que celle de Braggio.

 

 

Même si on a l'impression que le temps s'est arrêté à Braggio, les habitants naviguent déjà sur internet grâce au réseau mobile 4G.

 

Ils reprennent de vieilles fermes ou des maisons abandonnées dans lesquelles ils installent leur home office.

Entretemps il existe d’autres moyens de communication, même à Braggio. Le village est couvert par le réseau mobile 4G et dispose de l’internet haut débit par la prise téléphonique. On peut donc vivre ici et rester connecté avec le vaste monde. Et c’est justement ce qui attire soudain de plus en plus de nouveaux arrivants au village: des jeunes, des aventuriers, des amoureux. Ils viennent de loin à la ronde pour s’établir ici. Ils reprennent de vieilles fermes ou des maisons abandonnées dans lesquelles ils installent leur home office. Et ils n’ont plus besoin de cabine téléphonique.


Fière, rutilante, elle trône toujours au milieu du village et conserve jalousement les secrets de ceux et celles qui sont partis il y a longtemps. Mais un jour viendra, où probablement elle aussi devra quitter le village.

 

 

 

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