Beaumonde: le numérique incarné

Voyager entre les mondes

Au Beaumonde à Volketswil, les gens ordinaires se transforment en personnages de jeux, de bandes dessinées, de livres et de films. Le chroniqueur Helmi Sigg a accompagné sa fille à ce spectacle fantastique.

Helmi Sigg (texte), Barbara Sigg (photos), 15 octobre 2015

«Chulitna of Anadir» pénètre dans le nouveau monde et salue ses amis avec un regard étincelant: Furries, Pokemon, Sailor Moon, Stormtroopers, Steampunks et élèves de Poudlard. Non, nous ne sommes pas dans un univers parallèle, mais bien à Volketswil. Dans la vraie vie, Chulitna s’appelle Laura Sigg, elle a 25 ans, c’est ma fille et elle travaille comme employée de commerce.


Fière, avec une vraie peau de renne sur les épaules et un arc en main, elle discute avec ses amis. Spiderman vient également d’arriver, dans la vie civile Sergio Vaca, 34 ans. Le mécanicien de Kreuzlingen est un fan du superhéros depuis son plus jeune âge. «Il m’a influencé parce qu’il possède deux identités», marmonne-t-il derrière son masque, tout en lançant ses fils d’araignée.



Laura Sigg rencontre un Steam Punk.

 

Tous les personnages font partie de la plus grande manifestation de cosplay de Suisse. Le principe du cosplay est de revêtir le costume de son personnage préféré de bande dessinée, de film, de jeu vidéo et de livre, pour l’incarner de manière aussi fidèle que possible.

 


Un Jack Sparrow titubant


Il y a quelques mois, ma fille a débarqué dans le salon, tel un véritable personnage de dessin animé soudain devenu réel. «Nagisa, du dessin animé Free!», fut sa réponse à mon regard abasourdi. Elle m’a expliqué avec enthousiasme les origines et les fonctionnements du cosplay, et l’engouement de son cercle d’amis pour ce type de jeu de rôles.


A présent, sur le site de 100’000 m2 du spectacle fantastique «Beaumonde», nous suivons avec étonnement Chulitna dans un combat à l’épée entre chevaliers et personnages de science-fiction, croisons des Lolita de dessin animé aux yeux de biche et aux poses adorables et faisons place à un élégant Jack Sparrow titubant. Puis nous saluons de gentils zombies et tombons sur un personnage de Minecraft et sur le sorcier balafré Geralt von Riva, du jeu d’aventure culte «The Witcher».

 


Lieu de rencontre pour l'imaginaire

 

L’organisateur de ce rassemblement de fans en un LARP (Live Action Role Play) est l’ancien banquier Lukas Zuberbühler, 32 ans. Un véritable fonceur. Avec une centaine d’assistants, il a également mis sur pied le JAN (Japan Anime Night) à Davos. «Beaumonde est né d’une coopération avec les responsables de la culture à Volketswil. Nous avons reçu un mandat de prestations, mais pouvions tout concevoir librement. Nous avions pour idée de réunir ces différents univers et avons mis tout cela en place à la vitesse grand V, en tout juste six mois.»

En feulant et en ronronnant, l’élégante créature se rapproche de nous.

Tous les participants ont élaboré leur deuxième personnalité avec beaucoup d’efforts et d’amour du détail. Nous nous faufilons à travers la masse bariolée quand soudain, «Bam!», elle se tient devant nous: une figure dominante de chat avec des cornes. En feulant et en ronronnant, l’élégante créature se rapproche de nous, afin de laisser Chulitna lui faire des caresses. Par chance, elle se laisse convaincre de sortir de son personnage. «Radagast», un croisement entre un chat et un faune, c’est-à-dire un «chafaune». Le personnage est une invention de Madeleine Schindler, une cuisinière de Zoug. «Il est très difficile de faire bouger cette figure, qui est une sorte de chamane de la forêt non-humain», explique-t-elle d’une voix claire. «Avec les échasses, mes pieds sont constamment dans un mouvement descendant. Cela cause non seulement de grosses courbatures, mais aussi des ampoules et des éraflures. Mais c’est terriblement amusant!», dit-elle avant de nous remettre une carte de visite et de se fondre dans la masse en ronronnant.

 

 

Tous les participants ont élaboré leur deuxième personnalité avec beaucoup d’efforts et d’amour du détail.

 

 

Envie de quelque chose de neuf

 

Fin juillet déjà, Laura me présentait l’ébauche pour son nouveau costume. Elle s’était décidée pour une tenue fantasy moyenâgeuse. Je lui demandais ce qui était arrivé à «Nagisa». Elle avait envie de quelque chose de nouveau, me dit elle simplement, et c’était amusant de coudre autre chose et de se glisser dans la peau d’un nouveau personnage. Elle s’est acheté le tissu nécessaire début août et a passé au total près de 40 heures sur son costume. Elle s’est procuré la peau de renne auprès de son copain Erik. Il l’accompagne d’ailleurs en tant qu’«Haranes Mavros Lykos» et pourrait bien venir tout droit de la saga «Game of Thrones». Le résultat est une sorte d’explosion de couleurs.


Entre-temps, la lourde techno-métal de «Chase of Pancake» résonne sur le Griespark – la bande-son étrangement dure d’un rassemblement pacifique, où l’on dispense dans chaque coin des «free hugs», des câlins de créatures de toutes sortes. Seuls les élégants Steampunks se dérobent aux étreintes sauvages et importunes de ces êtres poilus et affectueux.

 

 

1/5 Le choc des mondes: Storm Trooper est un inconditionnel des gauffres artisanales.

2/5 Au Beaumonde, Spiderman participe au Pixel-Game Minecraft.

3/5 Même si quelques fois ils effraient un peu, les personnages du Beaumonde sont surtout romantiques et archaïques.

4/5 Même Boba Fett était au rendez-vous ainsi que de nombreuses figures de la manga japonnaise avec leurs grands yeux, leurs coiffures colorées et leur minijupes.

5/5 Jack Sparrow salue une Steam-Punk.

1/5 Le choc des mondes: Storm Trooper est un inconditionnel des gauffres artisanales.

 

 

Ceux qui ne veulent pas se défouler devant la scène ou faire des câlins en groupe peuvent passer leur temps à faire de l’hydromel ou du tir à l’arc. Ou se rendre dans une grande halle pour décrocher un autographe de l’acteur britannique Peter Roy (Dr. Who, Star Wars – le retour du Jedi, James Bond – Opération Tonnerre), admirer l’exposition fantastique de l’ingénieur Steampunk Dan Aetherman ou acquérir un sabre laser original de Darth Maul.


Tandis que je cède à une faim profane et fait la queue pour acheter un «Baumstriezl» moyenâgeux, un délicieux gâteau à la broche recouvert de sucre et de cannelle, Chulitna pose avec Boba Fett, le chasseur de primes de Star Wars, et son compagnon «Haranes», qui se tient aussi à ses côtés dans la vraie vie.


On pourrait se perdre entièrement dans ce monde fantastique, s’il n’y avait pas les téléphones portables, les selfies et les sonneries pour nous rappeler encore et toujours qu’il s’agit seulement d’une mise en scène savamment organisée. Je suis impressionné, et ne peux me défaire du charme de ce jeu de rôles. Je songe sérieusement à participer à la prochaine manifestation. Une chose est toutefois sûre: ce ne sera pas en tant que furry! J’ai passé cinq ans sur scène dans un costume de marmotte, cela suffit pour toute une vie.

 

 

 

 

Portrait de l'auteur:

 

Helmi Sigg, 62 ans, est à la fois auteur, blogueur et humoriste. Il a été membre de la légendaire troupe comique zurichoise Trio Eden. Déguisé en marmotte Martha, il s’est produit devant plus d’un demi-million de spectateurs dans la célèbre comédie musicale «Ewigi Liebi». Il est marié et père deux enfants adultes.

 

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