Opinion

Protéger les enfants dans internet. Oui, mais de qui?

Bernhard Imboden, 21 janvier 2016

Récemment j’ai pris part à une soirée des parents de la classe de 5e année de ma fille. Le thème «Les enfants et les médias numériques» me tient en tant que philosophe de la digitalisation naturellement à cœur. Parfois il me reste aussi sur l’estomac.

Comment puis-je protéger mon enfant des requins qui traînent dans la grande piscine d’internet? Quelles sont les directives en vigueur dans d’autres familles? Je me réjouissais de participer à une discussion animée.

Dans la salle des médias ne se trouvait à mon étonnement aucun ordinateur, mais le décor d’une pièce de théâtre. Et ceci précisément à une époque où à mon avis, ce n’est plus sur les planches que le monde est mis en scène, mais sur Twitter, Facebook, Instagram et Cie. Il restait beaucoup de chaises vides dans la salle. Mais qu’est-ce que je suis venu faire ici? J’étais amer et en plus, j’allais manquer un match de coupe d’Europe de «mon» club fétiche, le FC Sion. J’ai rapidement repéré les possibilités de fuite avant de m’asseoir sagement comme un servant de messe.

N’importe quel enfant avec sa bonne bouille postée sur Facebook pourrait se transformer demain en sujet d’affiche publicitaire.

Une grande partie des sujets abordés m’étaient déjà connus. Mais il y eut tout de même aussi quelques nouveaux enseignements que j’emportai chez moi:

Premièrement: le smartphone n’est pas un «baby sitter». A l’avenir, lorsqu’un enfant en visite chez nous, nous demande de lui communiquer le mot de passe de notre WLAN, afin qu’il puisse chatter en compagnie de ma fille, je réagis en les expédiant immédiatement tous les deux sur la place de jeux.

Deuxièmement: un enfant de onze ans a également droit à sa sphère privée. Je dois arrêter de jouer les Sherlock Holmes et d’espionner le mobile de ma fille.

Troisièmement: comme alternative, je veillerai à cultiver le dialogue avec elle afin de la sensibiliser aux risques encourus en présence de personnes inconnues, de criminels et de pédophiles. Je lui expliquerai par conséquent que de prendre des photos de nus et de les retransmettre est une pratique réservée à certains politiciens.

Nous avons été parfaitement mis au courant en ce qui concerne les risques extérieurs. Mais qu’en est-il des dangers venant de l’intérieur? N’est-ce pas fréquemment les parents eux-mêmes qui mettent en scène leurs enfants dans les médias sociaux? Quelques jours après cette séance, le quotidien du soir «Blick am Abend» a publié l’un de mes tweets, sans demander mon autorisation. C’est ainsi que je me suis rendu compte que nos contenus numériques ne jouissent d’absolument aucune protection. N’importe quel enfant avec sa bonne bouille postée sur Facebook pourrait se transformer demain en sujet d’affiche publicitaire. Sans en référer aux parents.

A cette réunion, j’ai donc manqué l’occasion de poser une question essentielle: Qui protège les enfants de leurs propres parents? Je devrais peut-être m’informer auprès des experts qui n’ont pas jugé nécessaire de participer à la soirée.

 

 

 

Bernhard Imboden

En tant que rédacteur marketing chez Swisscom, Bernhard Imboden partage ses expériences du monde numérique du point de vue d’un spécialiste de la communication. En plus de sa famille, il aime son Valais natal et le FC Sion. Siégeant au comité de ProRaris, il s’engage pour l’information au sujet des maladies rares.

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