Opinion

L’effet Swatch

23 mars 2016

 

 

Vous vous trouvez au milieu d’une magnifique prairie fleurie et vous laissez envoûter par le kaléidoscope des couleurs et le bourdonnement des abeilles. Une douce brise fait onduler le vaste tapis de fleurs. Puis, vous tournez légèrement la tête et découvrez au loin une chaîne de montagnes enneigées. Soudain, l’image se fige.

Aussi beaux et évocateurs que soient les rêves de la réalité virtuelle, d’autant plus amer est le réveil lorsqu’ils s’interrompent brutalement. Ceci ne vaut pas seulement pour cette mise en scène ludique d’une prairie printanière, mais s’applique à tous les domaines de la digitalisation.

Plus notre monde se digitalise, plus il a besoin de valeurs typiquement suisses. 

Tandis que le numérique accroît son influence sur notre vie, la stabilité, la fiabilité et la qualité de ses services gagnent en importance. Le figement d’une prairie fleurie est encore supportable, mais une défaillance de la transmission de données au cours d’une opération chirurgicale, la fuite de données personnelles hautement sensibles ou le dérangement de systèmes de paiements peuvent avoir des conséquences dramatiques. Autrement dit: plus notre monde se digitalise, plus il a besoin de valeurs typiquement suisses, c’est-à-dire d’infrastructures impeccables gages de fiabilité, de stabilité et de précision.

J’ai repris conscience de cet aspect en visitant le CeBIT, le salon des technologies de l’information et de la bureautique, qui se déroule tous les ans à Hannovre. Cette année, la Suisse était hôte d’honneur de l’événement. Le moment de cette prise de conscience ne pouvait donc pas être mieux choisi.

 

Pour que le label «Swiss made» puisse aussi définitivement s’imposer dans le numérique, il manque encore ce que l’on pourrait appeler l’«effet Swatch». Vous vous souvenez: les montres suisses étaient déjà célèbres pour leur précision, mais avec l’arrivée de Swatch, c’est aussi le design qui est entré en jeu, et bien sûr l’expérience de l’utilisateur. La prise en compte de ces nouvelles dimensions a permis à l’ensemble de l’industrie horlogère de sortir de la crise. La montre n’était plus seulement un instrument pour mesurer le temps, mais s’est mise à susciter des émotions.

«La Suisse n’a pas de parc d'innovation. La Suisse est un parc d'innovation.»

Johann Schneider-Ammann, président de la Confédération

A présent, il s’agit d’inventer des applications numériques davantage ancrées dans notre vie, qui peuvent par exemple remplir automatiquement notre feuille d’impôts à partir des données de notre compte bancaire électronique. Ou qui nous rappellent à la fin de l’année qu’il vaudrait la peine de faire repeindre avantageusement la chambre d’amis ou de remplacer la machine à laver. De telles applications seraient aujourd’hui déjà techniquement possibles. Toutefois, le CeBIT a démontré clairement qu’en Europe, on se contente de réfléchir comment améliorer les produits existants en analysant l’offre des concurrents.

Aux Etats-Unis, on parie résolument sur la plus-value de l’expérience offerte par un service pour conquérir le cœur des consommateurs, même lorsque les bases sont encore fragiles. La question décisive est de savoir qui en premier réussira à marier les deux aspects: infrastructure impeccable et services originaux.

La Suisse dispose de tous les atouts pour y parvenir. Des bases solides telles que l’infrastructure et la formation ne peuvent pas être établies d’un jour à l’autre ou promulguées par décret.  Par contre, il est possible de générer assez vite un sens du service et de la créativité pour inventer des applications ludiques. Comme l’a fort bien résumé notre conseiller de la Confédération Johann Schneider-Ammann à l’occasion du CeBIT: «La Suisse n’a pas de parc d’innovation. La Suisse est un parc d’innovation.»

 

 

Stefan Nünlist

Responsable de la Communication d’entreprise de Swisscom, il se penche dans ses opinions sur le quotidien d’un top manager.