Opinion: Gülsha Adilji

Si nous sommes idiots, c’est la faute à Google

Gülsha Adilji, 17 octobre 2016

Les anguilles sont les petits monstres les plus cools de la planète. Leur principale raison d’être est naturellement de provoquer une paranoïa absolument infondée lorsqu’on nage sur un tapis d’algues; mais même à part cela, elles exercent une fascination de première catégorie. Ce sont des poissons migrateurs catadromes, c’est-à-dire qu’ils se déplacent des eaux douces à la mer pour pondre leurs œufs.

 

Avant d’y arriver, ils doivent aussi parcourir des étapes sur terre ferme. Pour qu’ils puissent supporter cette dernière migration, leur peau se durcit, non pas pour mieux gérer la mort qui les attend à la fin de leur voyage, mais pour les protéger durant leur parcours sur la terre ferme.

Vous allez entrer «anguille» dans Google et votre amygdale gauche va éclater de fascination.

Quant à savoir où et comment sont conçus les bébés anguilles, nos connaissances sont approximatives, car personne n’a encore mené une étude scientifique détaillée à ce sujet. C’est dingue, non? On arrive à envoyer des photos depuis la planète Mars située à 250 millions de kilomètres de la Terre, mais personne ne s’est intéressé à la sexualité des anguilles! Au cas où une bulle est en train de se former au-dessus de votre tête, dans laquelle vous vous demandez: «Et cela concerne aussi les anguilles du lac de … ? (Introduire ici le nom d’un lac près de chez vous). La réponse est: «Oui! TOUTES LES ANGUILLES DOIVENT RETOURNER À LA MER!»

 

Je suppose que maintenant vous êtes un peu dégoûté après vous être remémoré ces poissons gluants en forme de vers, qui habitent votre paradis de baignade. Et je crois que je sais ce qui va se passer quand vous vous serez libéré de cette pensée répugnante en secouant les épaules: vous allez entrer «anguille» dans Google et votre amygdale gauche va éclater de fascination. Et maintenant, vous allez aussi googler «amygdale» pour comprendre mon gag. Ou bien vous allez au moins noter le terme sur votre liste de tâches imaginaire (qui a une demi-vie de 23 secondes.)

La tâche principale de mes synapses consiste désormais à décider de la série que je vais regarder sur Netflix ou à indiquer correctement mon nom à la caisse du Starbucks. Le reste a été externalisé.

Si j’avais systématiquement googlé tout ce que je voulais chercher sur internet, je ne serais guère plus intelligente. En effet, ce moteur de recherche m’a plutôt rendue idiote: en combinaison avec mon cerveau portable, c’est-à-dire mon smartphone, je suis devenue une véritable amibe. Cette manie à vouloir tout consulter ultérieurement sur Google a fini par me ramollir les circonvolutions cérébrales. Mis à part les anguilles, qui y resteront gravées pour toujours.

 

De toute manière, c’est un sujet pénible. Une partie de mon cerveau, je la dépose sur la table du petit déjeuner, et l’autre partie, je la bombarde quotidiennement de questions, pour oublier immédiatement les réponses qu’elle me fournit. La tâche principale de mes synapses consiste désormais à décider de la série que je vais regarder sur Netflix ou à indiquer correctement mon nom à la caisse du Starbucks. Le reste a été externalisé.

Ne pourrait-on pas élever des mini-anguilles capables de fournir de l’énergie et qui seraient installées de manière fixe dans le boîtier de l’appareil?

Mais attention, je n’ai NULLEMENT l’intention ici de critiquer la technologie moderne. C’est le progrès, j’en profite et je laisse l’analyse et la critique aux profs de gymnase, qui disent aussi des trucs du genre «Wikipédia ne compte pas comme source» ou «Pourriez-vous s’il vous plaît extraire ce chewing-gum de votre bouche?» J’aimerais surtout insister là-dessus: si déjà je confie ma mémoire à une série d’uns et de zéros, j’aimerais au moins disposer d’un équipement optimal me permettant de consulter les informations instantanément. Par-là, je veux dire qu’il me faut un smartphone doté d’une batterie qui ne rend pas l’âme au bout de 48 minutes. Ne pourrait-on pas élever des mini-anguilles capables de fournir de l’énergie et qui seraient installées de manière fixe dans le boîtier de l’appareil? Je vais voir ce que je trouve sur Google.

 

 

Gülsha Adilji

Après avoir terminé un apprentissage d’assistante en pharmacie et passé sa maturité, Gülsha Adilji a travaillé comme modératrice pour la chaîne de télévision Joiz. Ayant décidé d’accorder une pause à sa langue, elle s’est mise à rédiger des histoires pour l’atelier d’écriture Atelieer et des opinions pour Chroniques.

 

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