Opinion: Gülsha Adilji

Snapchat, c'est comme le sexe chez les ados

Gülsha Adilji, 6 mai 2016

Les applications des réseaux sociaux, c’est comme les bouteilles de vin vides pour Depardieu: elles nous plongent dans un brouillard extrêmement épais. Vous vous souvenez de la dernière semaine passée sans qu’un collègue énervant vous conseille une super application dont il vous explique les nombreux avantages sans que vous ayez demandé quoi que ce soit, tout en vous mettant son smartphone sous le nez? Moi non plus.

Mon père dit toujours: pas de science sans expérience. Il dit ça avec son accent albanais, tout en avalant les «r» comme un vrai Suisse oriental.

Rien de plus agaçant. Le problème, c’est juste qu’il y a une montagne de nouvelles applications censées vous rendre la vie plus belle, plus rapide et plus sexy. Comme mon père dit toujours: pas de science sans expérience. Il dit ça avec son accent albanais, tout en avalant les «r» comme un vrai Suisse oriental.

Alors je me lance pour rester dans le coup. La seule chose que je boycotte, c’est les applications payantes et le jeu Kim Kardashian: Hollywood.

C’est comme ça que j’en suis venue à tester Snapchat, l’application avec le fantôme. Elle est tellement désagréable à utiliser que la plupart des gens qui l’essaient la désinstallent aussitôt. C’est dommage, parce qu’on s’habitue vite à l’interface. Sans compter qu’il se passe un truc que je n’ai jamais vécu en cinq ans d’utilisation fiévreuse de Facebook, Twitter et Instagram. Comme je n’ai plus peur que le contenu que je partage soit utilisé contre moi, je poste des choses super privées.

Sur Snapchat, je me sens bien et détendue. Un peu comme si je m’étais libérée d’un soutien-gorge beaucoup trop serré. Plus besoin d’embellir les choses: je peux enfin partager ma vraie vie quotidienne.

Normalement, je suis plutôt réservée, ou même carrément trouillarde, ou encore mieux: sélective, dans le choix des photos que je poste sur les réseaux sociaux. Ça vous paraît peut-être ironique parce que je passe ma vie à poster des choses, mais laissez-moi vous dire un secret: je le fais de manière très contrôlée. Je suis adepte du post conscient. (Et bam! Ça, c’est du scoop!)

 


Sur Snapchat, je me sens bien et détendue. Un peu comme si je m’étais libérée d’un soutien-gorge beaucoup trop serré. Plus besoin d’embellir les choses: je peux enfin partager ma vraie vie quotidienne. Finie la hantise que mes posts apparaissent en public ou celle d’ennuyer les gens parce que, sur Snapchat, aussitôt posté, aussitôt disparu.

Comme les médias et les parents ne s’intéressent pas aux snaps, même les stars de télé réalité paranos et les ados jointés peuvent balancer leur vie sur Internet en toute liberté.

Dick pic, boobs vidéos et selfies aux toilettes: vous pensez que c’est ce qui fait la célébrité de Snapchat, non? Eh bien, ce n’est pas la vérité vraie. En fait, je ne suis même pas sûre que l’application soit utilisée pour les échanges cochons (comme je n’ai jamais envoyé de photos de moi nue et que je n’en ai jamais reçu, je me dis que le snap coquin est une légende. Ce que je ne connais pas n’existe pas, logique Trump. J’adore la logique Trump).

Snapchat est en réalité utilisé pour des choses beaucoup plus intimes que la nudité. On y partage des évènements de la vraie vie qu’on ne verrait jamais sur Facebook ou sur Instagram. Comme tout est immédiatement supprimé de Snapchat, ou au plus tard dans les 24 heures, aucun risque de polluer la timeline. Résultat, on y poste des trucs insignifiants et nos amis ont droit à notre vie au grand complet.


Et comme, jusqu’à présent, la plupart des médias et des parents ne s’intéressent pas aux snaps, même les stars de télé réalité paranos et les ados jointés peuvent balancer leur vie banale sur Internet en toute liberté. C’est le résultat de l’analyse que j’ai menée un soir, assise à la table de la cuisine avec ma meilleure amie Grand-Cru de Bordeaux, avant, cela va de soi, de la partager sur Snapchat.

Snapchat, c'est comme le sexe chez les ados: c’est court, c’est rapide et c’est le pied pour au moins une personne.

Si vous vous dites que Snapchat me paie ou que j’espère décrocher un job chez eux, détrompez-vous. C’est juste que, ma copine Grand-Cru et moi, on est convaincues que Snapchat, c’est la communication de demain. Elle sera comme le sexe chez les ados: courte, rapide et le pied pour au moins une personne. Et comme c’est mon tout premier billet de blog, laissez-moi sortir ma boule de cristal pour vous prédire que vous lirez aussi le prochain. Sinon, je voulais aussi vous annoncer que Gérard Depardieu ne nous fera plus jamais le plaisir de jouer dans des films interminables en quatre parties comme «Le comte de Monte-Cristo». Dès qu’il sera de nouveau sobre, évènement prévu pour 2026, il se lancera dans les snapfilms.

 

 

Gülsha Adilji

Après avoir terminé un apprentissage d’assistante en pharmacie et passé sa maturité, Gülsha Adilji a travaillé comme modératrice pour la chaîne de télévision Joiz. Ayant décidé d’accorder une pause à sa langue, elle s’est mise à rédiger des histoires pour l’atelier d’écriture Atelieer et des opinions pour Chroniques.

 

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