Opinion: Gülsha Adilji

Découvert sur Facebook: le syndrome de Tourette!

Gülsha Adilji, 23 juin 2016

Je déteste les racistes de Facebook, mais j’ai besoin d’eux comme le concierge de son étui de mobile à la ceinture. Sans ces commentateurs fascistes, je ne saurais qu’à moitié ce qui se passe autour de moi et je n’aurais pas de sujet aujourd’hui pour mon opinion, car dans mon monde à moi, tout est bien plus tranquille.

Des fées, des chevreuils, des papillons et des végétaliens, des gens de gauche et des volontaires pour transporter au printemps les grenouilles d’un côté à l’autre de la route. Personne dans mon entourage ne se plaint de l’excès de réfugiés ou ne lève les yeux au ciel quand il est question du droit d’adoption des couples homosexuels.

Sans Facebook je n’aurais sans doute jamais remarqué que tout le monde ne surfe pas sur les vagues de la tolérance. Bien au contraire, un nombre considérable de gens sont plongés dans la fosse des Mariannes.

Sans Facebook je n’aurais sans doute jamais remarqué si nettement que tout le monde ne surfe pas sur les vagues de la tolérance. Bien au contraire, un nombre considérable de gens sont plongés dans la fosse des Mariannes et combattent des «démons très menaçants». A la surface de l’eau, il n’y a pas de telles batailles contre des créatures primitives. En effet, à la lumière, on constate assez rapidement que tout n’est pas si grave et que dans l’obscurité, les choses paraissent plus menaçantes qu’elles ne le sont en réalité.

 

Facebook m’a donc permis d’élargir notablement mon cercle d’amis et ainsi je ne me trouve plus seulement en présence de caresseurs de chevreuils, mais aussi de braconniers; de braconniers qui tuent des bébés pandas. Bon, c’est à interpréter au sens figuré, mais je présume que vous m’avez comprise puisque vous avez le sens de l’humour et que vous réussissez tout ce que vous entreprenez. Je sais toutes ces choses à votre sujet, parce que j’en sais parfois autant sur mes amis des médias sociaux que sur mes amis que je vois toutes les semaines.

C’est un peu comme si certains claviers d’ordinateurs souffraient du syndrome de Tourette.  
C’est ainsi que je suis par exemple au courant des plats préférés de JOshua_12 parce qu’il poste tous les jours ses repas. Je sais où il a passé ses vacances et connais sa musique, son club de foot et sa marque de chaussures préférés. Je vois aussi les photos, les vidéos et les articles qu’il partage sur Facebook et par ce biais, j’apprends qu’il est en faveur de plus de drapeaux suisses dans les jardins ouvriers. Quand je clique sur les commentaires relatifs à ce post, je tombe sur des contenus assez troublants, qui n’ont rien à voir avec ce que disent, écrivent ou pensent mes amis de la vie réelle.

C’est un monde nouveau qui s’ouvre à moi: de jeunes adultes qui exigent des sanctions et des interdictions qui contreviendraient simultanément à huit principes des droits humains. Il y a aussi des hommes qui souhaiteraient qu’on se fassent correctement tabasser par l’un de ces étrangers. Eh bien, voilà une escalade de ton bien rapide. C’est un peu comme si certains claviers d’ordinateurs souffraient du syndrome de Tourette.  

Grâce à Facebook je sais désormais que j’ai un certain nombre d’«amis» qu’il faut accueillir avec un baiser sur le front et un verre de lait chaud.

Grâce à Facebook je sais désormais que j’ai un certain nombre d’«amis» qu’il faut accueillir avec un baiser sur le front et un verre de lait chaud quand on les repêche des profondeurs obscures et humides de la fosse des Mariannes. En les berçant tendrement, on peut essayer de leur expliquer que tout ira bien et que les «dangereux poissons» ne veulent rien dérober à personne.

J’aimerais bien expliquer avec des crayons Neocolor à J0shua_12 que les drapeaux et les frontières sont seulement nécessaires quand on n’a rien d’autre à quoi s’accrocher. Hé J0shua_12, grâce aux médias sociaux, nous sommes en contact, et il est bien plus agréable de «liker» mutuellement nos posts que de nous écorcher les bras sur une clôture de fils barbelés en essayant de pénétrer dans des jardins ouvriers étranger pour y hisser des drapeaux suisses. Et si cela ne fonctionne pas, je le confierai à un concierge d’école, qui saura parfaitement comment traiter ce genre de garnement.  

 

Gülsha Adilji

Après avoir terminé un apprentissage d’assistante en pharmacie et passé sa maturité, Gülsha Adilji a travaillé comme modératrice pour la chaîne de télévision Joiz. Ayant décidé d’accorder une pause à sa langue, elle s’est mise à rédiger des histoires pour l’atelier d’écriture Atelieer et des opinions pour Chroniques.

 

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