Opinion

Big Brother vous surveille

Reda El Arbi, 16 décembre 2015

Suite aux attentats de Paris, divers politiciens chargés de la sécurité exigent également en Suisse une intensification de la surveillance numérique. Après ces graves évènements, on peut facilement faire avaler la pilule aux citoyens.

De nombreux Suisses sont disposés à renoncer à un peu de liberté pour leur «sécurité». Mais la plupart du temps, ils ne se rendent pas compte de ce que représente l’«exploration du réseau câblé». En général, ils croient qu’on peut intercepter et lire leurs e-mails ou qu’on peut reconstituer à partir des données de leur opérateur mobile leurs déplacements et savoir à qui ils ont téléphoné. Il ne s’agit là que d’un premier niveau de surveillance, qui est déjà applicable à l’heure actuelle.

Quand vous effectuez vos paiements ou vos achats en ligne, quand vous regardez des films coquins, tout cela peut est observé et enregistré en temps réel.

A l’avenir, ce sont les chevaux de Troie qui doivent prendre du service. Il s’agit de programmes installés sur votre téléphone ou votre ordinateur portable qui sont capables de suivre toutes vos actions. Quand vous effectuez vos paiements ou vos achats en ligne, quand vous regardez des films coquins, tout cela peut est observé et enregistré en temps réel. Par ce biais, il est possible de tracer un portrait très exhaustif de votre personnalité, de vos habitudes, de vos convictions politiques et de vos préférences. Vous ne pouvez plus coder vos données, puisque les espions accèdent à vos informations avant même qu’elles ne soient cryptées.

Ils sont donc littéralement installés dans votre smartphone ou votre ordinateur et peuvent commander la caméra et le micro. Nous sommes ainsi confrontés à la possibilité de surveillance la plus intrusive depuis l’invention de l’écriture.

 

Et quand on pense qu’à présent notre téléphone et notre ordinateur font office de mémoire externe pour notre cerveau, l’adage populaire selon lequel les pensées sont libres ressemble à une farce.

Ils sont donc littéralement installés dans votre smartphone ou votre ordinateur et peuvent commander la caméra et le micro.

Mais les chevaux de Troie sont capables de bien pire. Au moyen d’un logiciel malveillant, des tiers peuvent manipuler les données de vos appareils sans laisser aucune trace. Ils pourraient par exemple transférer sur votre laptop de la pornographie infantile ou des plans pour construire des bombes à votre insu et sans que vous puissiez prouver votre innocence.

Les chevaux de Troie sont une nouvelle arme dans l’arsenal des protecteurs de l’Etat et ne devraient être utilisés que dans les cas de suspicions très graves. Une utilisation agressive, c’est-à-dire dans le but de modifier des données, est bien sûr prohibée. 

En Suisse, la police cantonale de Zurich a déjà eu recours à de tels dispositifs.

En d’autres termes, c’est comme si l’on observait des personnes à travers la lunette d’un fusil. Même s’il s’agit seulement d’observer, tôt ou tard quelqu’un pressera sur la gâchette. Le problème n’est pas le logiciel, mais l’être humain. Quand quelque chose est faisable, on trouve toujours à un moment ou à un autre quelqu’un qui passe à l’action. Ainsi, le doute de la manipulation serait immanent à n’importe quel procès dont les preuves reposent sur un logiciel de surveillance.

En Suisse, la police cantonale de Zurich a déjà eu recours à de tels dispositifs en se basant sur l’interprétation d’une loi datant des années 90. Epoque à laquelle on ne pouvait pas encore imaginer les possibilités des téléphones mobiles actuels et encore moins celles d’un cheval de Troie. C’est un peu comme si on voulait règlementer aujourd’hui le trafic routier avec les lois de l’époque des coches hippomobiles.

 
Une nouvelle législation s’impose dès lors de toute urgence. Et les citoyens suisses devraient peut-être réfléchir, dans quelle mesure ils veulent permettre à leur Etat d’utiliser les technologies de surveillance. Nombre d’entre nous ont déjà été victimes d’un espionnage abusif et illégal dans le cadre du scandale des fiches. Il vaudrait mieux ne pas l’oublier, surtout quand on s’aperçoit du niveau de sophistication des possibilités de surveillance actuelles.

La démocratie est un équilibre fragile entre sécurité et liberté. En France, ces possibilités de surveillance sont d’ailleurs déjà utilisées à plus grande échelle. Elles n’ont malgré tout pas permis d’éviter les attentats.

 

 

 

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