Opinion: Reda El Arbi

Le dernier cri absolu

Reda El Arbi analyse les méandres des outils de gestion de projets, qui ne tiennent pas toujours leurs promesses...

Reda El Arbi, 19 janvier 2017

Je travaille souvent pour jusqu’à cinq clients. Je devrais donc en principe maîtriser cinq plateformes de gestion de projets. En réalité, je dois me débrouiller avec plus de douze outils de ce type. Et chaque année, toutes les grandes entreprises introduisent au moins un instrument de ce genre supplémentaire.

On veut avoir le dernier cri à tout prix. On veut être dans le vent.  

De même que les jeunes sont constamment en quête de la messagerie ou du réseau social le plus «in», les cadres semblent être en recherche permanente de l’outil de gestion de projets le plus récent. On veut avoir le dernier cri à tout prix. On veut être dans le vent et prouver qu’on est intellectuellement agile et encore ouvert aux nouveautés.

 

Et souvent le temps manque pour vérifier si le nouvel outil est vraiment plus performant que le logiciel acquis quinze mois auparavant. Mais comme les clients ont assisté aux présentations de «hipsters» ultra cools, dont les yeux brillaient pendant qu’ils faisaient défiler leurs schémas de toutes les couleurs sur un écran, ils ont l’impression qu’ils vont être les premiers à investir dans de nouveaux Steve Job ou des Zuckerberg.

 

De nombreux responsables confondent nouveautés techniques et innovation et justifient leurs acquisitions de logiciels comme des décisions créatives tournées vers l’avenir.

Quand on examine les processus en détail, l’outil se révèle être avant tout un gadget, qui permet de réaliser en cinq étapes ce qu’on réglait auparavant via e-mail en une seule opération.

Aux Etats-Unis et en Europe, les start-up cherchant à faciliter la gestion des projets aux entreprises poussent comme des champignons. Tous ces nouveaux outils sont censés être plus intuitifs, plus rapides, plus organisés (pour autant qu’on sache ce que cela signifie). Toutefois quand on examine les processus en détail, on y décèle souvent des doublons et l’outil se révèle être avant tout un gadget visuellement attrayant, qui permet de réaliser en cinq étapes ce qu’on réglait auparavant via e-mail en une seule opération.

 

Parallèlement, chaque intervention de chaque membre du projet est automatiquement notifiée sous la forme d’e-mails pour lesquels on a avantage à créer un dossier séparé si l’on veut éviter que la communication directe soit engloutie par le spam généré par les informations automatiques.

 

Et bien sûr, ce nouvel outil ne peut pas s’appliquer aux anciens projets de sorte que dans la même entreprise il n’est pas rare de trouver trois systèmes parallèles en vigueur. Il ne faut pas oublier non plus les cours de formation (au minimum un par année) pour vaincre la résistance des utilisateurs à se servir de toutes ces formidables fonctions. Tout cela engloutit énormément de temps, qui manque ensuite aux collaborateurs pour se consacrer aux véritables tâches productives de l’entreprise.  

Je suis vraiment un fan de la technologie. Mais franchement, elle ne doit pas devenir une fin en soi. Pour ma part, je m’éclate avec mes gadgets pendant mes loisirs.   

C’est ainsi qu’on forme des équipes chargées de l’introduction de ces nouveaux outils, assistées par des conseillers appartenant aux entreprises informatiques. On organise des réunions (durant la délicate phase d’introduction au moins deux par semaine) et après le «go live», on peut enfin sabler le champagne. Durant ce même laps de temps, avec le même personnel et les mêmes ressources financières, on aurait pu réaliser un ou deux projets avec lesquels l’entreprises aurait pu effectivement gagner de l’ARGENT.

 

Je suis vraiment un fan de la technologie. Mais franchement, elle ne doit pas devenir une fin en soi. Pour ma part, je m’éclate avec mes gadgets pendant mes loisirs. Au travail, j’essaie de limiter au maximum ce type d’amusement. Et si j’ai besoin d’un outil de gestion de projet, je choisis le plus simple et je le garde tant qu’il remplit sa fonction.

 

Et cela même si un jeune entrepreneur dynamique me promet que son nouveau jouet est bien plus amusant que le mien. Tant que mon vieil outil fait l’affaire, je le garde.

 

 

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