Opinion

Push, push, tentation

Reda El Arbi, 26. avril 2016

«Taylor Swift présente de nouveaux sous-vêtements», m’informe la petite annonce sur fond rouge qui s’affiche sur mon smartphone. Elle est suivie du prochain message Push: «Le conseil municipal supprime trois places de parc.» Je vois encore deux messages d’applications de jeux qui me rappellent que les vaches/soldats de ma ferme/mon château fort vont mourir de faim si je ne leur donne pas sous peu de la nourriture numérique, c’est-à-dire que je leur accorde mon attention. Vient ensuite quelque chose de drôle: «Des médecins suisses diagnostiquent un surpoids pour YX!»

Une espèce de réflexe de Pavlov qui fait que je salive dès que des brèves d’informations me sont placées sous le nez – même si ce flux d’informations indésirables est en réalité quasiment sans intérêt.

Bien entendu, ces messages sont inventés pour leur contenu, mais leur pertinence en termes de technologie de l’information est exemplaire. Les messages Push sont d’abord inventés parce que j’ai désactivé l’ensemble des notifications Push et presque toutes les petites vignettes d’information rouges des applications.

 

En effet, les contenus des messages Push et des vignettes rouges n’étaient déjà pas franchement informatifs ou importants lorsqu’ils étaient encore activés, mais cela ne m’empêchait pas pour autant de cliquer dessus toutes les cinq minutes. Une espèce de réflexe de Pavlov qui fait que je salive dès que des brèves d’informations me sont placées sous le nez – même si ce flux d’informations indésirables est en réalité quasiment sans intérêt.
Les applications des sites d’information sont bien sûr conscientes de ce réflexe qui leur permet de générer du trafic sur leurs pages.

Avec les notifications Push, il y a au moins une ligne de mise en appétit, alors que les vignettes se contentent seulement de sonner l’alarme pour dire que l’heure du repas d’information est arrivée. Et, comme un toxicomane, je me précipitais sur mon petit sachet de pseudo-information.


Les applications des sites d’information sont bien sûr conscientes de ce réflexe qui leur permet de générer du trafic sur leurs pages. Et comme personne ne se soucie du temps passé sur un site (seul compte le nombre d’accès pour les statistiques, les «Pageviews»), personne ne veut reconnaître que rares sont ceux qui lisent vraiment les Push indésirables. Tout ce qui importe, c’est que le destinataire clique une fois dessus.
Moins je me laisse distraire par les messages Push et les vignettes, plus j’ai le temps de me demander si je dois vraiment réagir immédiatement.

J’avais ainsi cédé pendant trop longtemps ma capacité à m’interroger sur ma consommation de l’information et ma communication à un automatisme psychique. Aujourd’hui, seuls sont encore actifs les petits marqueurs rouges de mes deux Messenger et de mon programme d'e-mail. Et je constate que, même là, rien ne m’oblige à réagir immédiatement. Moins je me laisse distraire par les messages Push et les vignettes, plus j’ai le temps de me demander si je dois vraiment réagir immédiatement.


Je suis en retour devenu plus indulgent avec les amis qui mettent plus de trois minutes à répondre à un SMS, ou avec les connaissances professionnelles qui prennent une demi-journée pour traiter mes mails.


P.-S.: à partir d’un certain volume d’e-mails non lus, cela ne vaut de toute façon plus la peine de se presser. On peut supposer que si c’est vraiment important, les expéditeurs renverront l’e-mail.

 

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