Opinion: Sylvie Castagné

Digital addict? Moi?

Bercée par le chant des cigales, mais non moins tentée de consulter son téléphone, la chroniqueuse Sylvie Castagné se demande si elle n’est pas en train de développer une addiction numérique.

Sylvie Castagné, 7 septembre 2017

Le chant des cigales strie l’air matinal. Des rayons de soleil safranés traversent l’imposant figuier. Les hirondelles tournoient au-dessus de l’eau turquoise, descendent en piqué et remontent vers le ciel à tire-d’aile, exhibant leur ventre clair. Tout est paisible. Mais nous quittons ce paradis dans une heure. Je viens d’envoyer mon dernier mail de la journée, promis juré.

Moi? Une «digital addict»? Il est vrai que ma fille me reproche souvent d’être «collée» à mon portable.

Les ados surfent dans l’obscurité de la cuisine. Il faut dire que nous avons plusieurs heures de voiture devant nous. Des heures qu’elles devront passer déconnectées. Moi pas, car cette fois-ci, je me suis offert un super pack de roaming. Suffisant pour pouvoir consulter mes mails quand je veux, ouvrir sans attendre les applis où figure un petit rond rouge avec un numéro. Des notifications qui signalent de nouveaux posts et ou messages. Un ami m’a dit avoir supprimé ces notifications et s’en trouver fort bien. Je ne m’y résous toujours pas et me demande si ce ne serait pas un signe de mon addiction au numérique. Moi? Une «digital addict»? Il est vrai que ma fille me reproche souvent d’être «collée» à mon portable.

Ça me démange, mais je me retiens. Je n’y toucherai pas. Disons jusqu’au moment de partir.

Je vais prendre un dernier bain, puis je m’allonge au bord de la piscine. Visage tourné vers le soleil. Il fait déjà chaud. J’ai glissé mon iPhone sous le transat, à l’ombre. Ça me démange, mais je me retiens. Je n’y toucherai pas. Disons jusqu’au moment de partir.

 

Et puis… sous prétexte de contrôler la date d’un rendez-vous dans mon agenda électronique, je déverrouille. Trois notifications sur Facebook, quatorze sur WhatsApp et deux sur LinkedIn. OK, ça attendra. Mais non. Pourquoi? Il vaut mieux regarder ça tout de suite, avant de monter dans la voiture. Faux prétexte, je le sais. Mais puisque mon iPhone est déverrouillé, ce serait bête de ne pas y jeter un œil.

Elle a posté des dizaines de photos de son voyage. Franchement, trois ou quatre auraient suffi.

Voyons ces icônes à pastilles rouges. Facebook: c’est l’anniversaire de Caroline. Who cares? Il y a une photo de Catherine assise sur une banane gonfable XXL, flottant sur une eau limpide. Elle ne voudrait pas qu’on la diffuse celle-ci… Cécile est en vacances à l’île de Bréhat. Les paysages sont sublimes: «I like». Sabine est en Inde. Elle a posté des dizaines de photos de son voyage. Franchement, trois ou quatre auraient suffi.

 

WhatsApp: mes amies déjà rentrées de vacances organisent un apéro. Douze messages plus loin, elles n’ont pas réussi à se mettre d’accord, ni sur le lieu ni sur la date. Combien de messages faudra-t-il encore pour y parvenir? LinkedIn a trouvé plein de jobs qui me conviennent. Mais je n’en cherche pas.

 

Allez, «home button» et retour sous le transat. Il me reste environ vingt minutes avant le départ pour goûter la douceur de l’été au pays des cigales.

 
Sylvie Castagné

est mère d’une adolescente qui, comme nombre de ses pairs, lâche difficilement son smartphone. La jeune fille trouve toutefois que sa mère passe un peu trop de temps sur Facebook et sur Twitter.

La rédactrice free-lance basée à Zurich prend plaisir à explorer l'univers numérique et à analyser l’impact des réseaux sociaux sur nos vies.

 

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