Opinion: Sylvie Castagné

Cliquer n’est pas si clean

Envoyer des mails et surfer sur internet consomme de l'énergie. Beaucoup d'énergie. Après en avoir pris conscience, Sylvie Castagné imagine un futur numérique plus vert.

Sylvie Castagné, 29 mars 2017

Jusqu’à récemment, verdissant consciencieusement mon univers, j’avais la conscience tranquille. Je saute joyeusement à pieds joints sur les bouteilles de pet tant la perspective de leur recyclage me réjouit. Et ma fille se souviendra probablement toute sa vie de mon refus systématique d’acheter du gel douche aux senteurs exotiques, car le plastique, «ça fait mal à la planète».

Et puis il est arrivé ce coup de pelleteuse dans mon carré d’herbe fleuri. Une suite de révélations effrayantes au téléjournal, sur une pollution invisible, incolore et inodore.

Et puis il est arrivé ce coup de pelleteuse dans mon carré d’herbe fleuri. Une suite de révélations effrayantes au téléjournal, sur une pollution invisible, incolore et inodore. Un message envoyé à une boîte Gmail peut parcourir des centaines de milliers de kilomètres avant de parvenir à son destinataire. Via des data centers qui tournent jour et nuit et exigent d’être refroidis en permanence.

 

Les chiffres donnent le vertige. La consommation d’énergie nécessaire pour les 10 milliards de mails échangés par heure équivaut à 4000 tonnes en pétrole, c’est-à-dire 4000 allers-retours Paris-New York en avion. Mis bout à bout, les câbles en fibres optiques qui sillonnent les fonds marins, eux aussi invisibles au commun des mortels, ont une longueur totale de 22 fois la circonférence de la Terre.

Ainsi, mon double virtuel engendre à mon insu une pollution à laquelle je n’avais pas vraiment réfléchi et dont je saisis à présent mieux l’étendue.

 

La révolution numérique nous a pourtant fait croire à une communication dématérialisée… Même si je pense sans l’ombre d’un regret au temps où ma boîte à lettres débordait de prospectus. Mais internet, ce sont aussi des machines géantes, parquées parfois par milliers, protégées par des systèmes de sécurité ultrasophistiqués et reliées par des circuits câblés. Du concret.

 

Ce geste anodin qui consiste à cliquer sur «envoyer», cette infime pression qui ne laisse pas la moindre trace au bout du doigt, aggrave donc mon empreinte écologique. Ainsi, mon double virtuel engendre à mon insu une pollution à laquelle je n’avais pas vraiment réfléchi et dont je saisis à présent mieux l’étendue.

Il me faut agir sans attendre. Déjà supprimer tous ces messages qui traînent dans ma boîte de réception depuis des semaines.

Il me faut agir sans attendre. Déjà supprimer tous ces messages qui traînent dans ma boîte de réception depuis des semaines. Car ils sont également stockés sur des serveurs en train de chauffer dans leur coin. Me désabonner d’une dizaine de newsletters. Multiplier les favoris pour faciliter le travail de Google.

 

Et Google, qu’est qu’il fait le géant du numérique, lui, pour la planète? Selon le dernier rapport de Greenpeace, il utilise quand même 56% d’énergies renouvelables. Et il a installé un premier data center en Finlande avec un système de refroidissement à l’eau de mer. Plus près de nous, dans une banlieue de Zurich, une piscine bénéficie de l’effet Joule de serveurs IBM.

Moi, je verrais bien des bains thermaux fleurissant un peu partout à l’ombre des data centers.

Il y a donc bien quelque chose à faire. Au niveau le plus élevé comme le plus humble. De toute façon, nos outils numériques, on ne peut plus s’en passer. Moi, je verrais bien des bains thermaux fleurissant un peu partout à l’ombre des data centers. Avec une eau à une température toujours idéale. Là oui, je me sentirais moins coupable de regarder une série sur Netflix, en me disant que l’être humain a assez d’imagination et de bon sens pour cohabiter en bonne intelligence avec la machine.

 
Sylvie Castagné

est mère d’une adolescente qui, comme nombre de ses pairs, lâche difficilement son smartphone. La jeune fille trouve toutefois que sa mère passe un peu trop de temps sur Facebook et sur Twitter.

La rédactrice free-lance basée à Zurich prend plaisir à explorer l'univers numérique et à analyser l’impact des réseaux sociaux sur nos vies.

 

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