Opinion: Sylvie Castagné

Facebook: amour et désamour

Sylvie Castagné (texte), 15 juillet 2016

Aujourd’hui, je n’irai pas sur Facebook. Le signet Facebook figure toujours dans la barre de mes favoris avec les quelques sites que je visite le plus souvent, mais je ne cliquerai pas dessus. Facebook, tu ne m’excites plus.

 

Je repense au début de notre histoire, il y a bientôt dix ans. C’était tout au sud de la Thaïlande, à Koh Lipe. Paradoxalement, c’est sur cette petite île, dans un archipel sinon inhabité, que nous avons fait connaissance. Au «Cyber Point» du Castaway Resort. Un simple pavillon de palmes tressées, où Zoé, 17 ans, disparaissait tous les soirs pour «discuter avec ses amis sur Facebook». Facebook semblait détenir les clés d’un univers plein de mystères, celui de la jeunesse à l’ère numérique. Bien sûr, en tant que mère, le sujet m’intéressait au plus haut point.

Facebook semblait détenir les clés d’un univers plein de mystères, celui de la jeunesse à l’ère numérique.

Au début, ce fut jubilatoire. Tous ces gens qui acceptaient d’être mes amis et qui me livraient ainsi la liste de leurs amis, parmi lesquels je trouvais plus d’amis encore. Merci Facebook de m’avoir permis de reprendre contact avec d’anciennes relations que j’avais complètement perdues de vue. Et que je ne verrai d’ailleurs probablement plus qu’à travers ta lucarne.

 

Depuis, la génération Y a massivement déserté Facebook. Maintenant, c’est comme un match de foot où il ne se passe rien et que l’on continue à regarder dans l’espoir qu’il va se passer quelque chose.

Maintenant, c’est comme un match de foot où il ne se passe rien et que l’on continue à regarder dans l’espoir qu’il va se passer quelque chose.

Non Facebook, je ne t’accuse pas, comme certains, de me faire perdre mon temps. Je suis admirative devant l’imagination des collaborateurs de Zuckerberg. Leur dernière astuce pour m’attirer dans leurs filets? Me rappeler, chaque matin, quels événements ont eu lieu dans ma vie à la même date, les années précédentes. Je remarque par ailleurs que je suis passée de plusieurs posts par jour à un ou deux par semaine.


Bien qu’ils m’aient irritée, ce ne sont pas les changements successifs dans les conditions générales qui ont causé mon désamour. En ce qui concerne la sécurité des données personnelles, je ne me fais plus d’illusion depuis longtemps. J’ai toutefois supprimé les photos de ma fille et de son cousin postées au premier temps de nos amours. Et j’applique une règle d’or: pas de visage. Quelle ironie quand on pense que la vocation première de Facebook était justement de constituer une galerie de portraits.

 
Sylvie Castagné

est mère d’une adolescente qui, comme nombre de ses pairs, lâche difficilement son smartphone. La jeune fille trouve toutefois que sa mère passe un peu trop de temps sur Facebook et sur Twitter.

La rédactrice free-lance basée à Zurich prend plaisir à explorer l'univers numérique et à analyser l’impact des réseaux sociaux sur nos vies.