Opinion: Sylvie Castagné

Lou à la ferme

Que se passe-t-il quand une millennial se reconnecte à la nature? Le temps d’un «stage social», la fille de Sylvie Castagné découvre un monde au-delà des réseaux sociaux.

Sylvie Castagné, 13 octobre 2017

Ça y est, depuis le temps qu’on en parle, que des mails sont échangés, des liens virtuels créés, le grand jour est arrivé. Ma fille part dans une ferme des Alpes vaudoises faire un «stage social». Moi, en bonne mère qui donne de bons conseils: «Tu as fait une check-liste pour être sûre de ne rien oublier?» Une question répétée trente minutes plus tard devant son apparente inertie. Elle, agacée: «Oui, tout est dans mon iPhone.» Moi, adepte du Post-it, perplexe: «Bon.»

 

Message de Lou, à peine installée dans le train pour Viège: «Oublié power bank. Merci me l’envoyer asap :-*»

Occupée aux tâches ménagères ou à nettoyer le poulailler de l’aube au coucher du soleil, Lou a peu de temps pour Snapchater, WhatsApper ou YouTuber.

Je repense aux camps scouts de mon enfance. J’envoyais à mes parents une carte postale par semaine. La vue d’un village sans grand caractère, des montagnes, quelques mots banals. L’exode champêtre d’une millennial a peu de choses à voir avec celui d’une enfant du baby-boom.

 

Occupée aux tâches ménagères ou à nettoyer le poulailler de l’aube au coucher du soleil, Lou a peu de temps pour Snapchater, WhatsApper ou YouTuber. Et elle est trop fatiguée le soir pour s’éterniser sur Zattoo ou sur Netflix. Sans compter qu’il est franchement mal aisé de pianoter sur le clavier d’un iPhone, même grand modèle, avec des gants. Car il fait déjà plutôt frisquet le matin. Si elle avait su, elle aurait acheté des gants tactiles pour smartphone. Elle empoigne la fourche pour distribuer le foin et tient fermement le manche à deux mains. Oubliés WhatsApp et Snapchat. Juste impossible.

 

Bling, bling, bling. Des sons brefs et joyeux m’annoncent l’arrivée de trois messages successifs. C’est Lou! 1. La vue de sa chambre 2. «C’est vraiment vert!» 3. «Je suis crevée!!!»

«Quelquefois, d’être déconnecté, ça te permet de te connecter à autre chose.»

Les jours suivants, les messages s’espacent. Une photo du chien («Il est trop mignon!»), de la famille d’accueil au grand complet (visages réjouis). Pas le temps, trop à faire. De l’aube au coucher du soleil. Plus l’envie non plus. Quand le soir, les muscles douloureux, Lou regagne sa chambre avec vue imprenable sur les pentes herbues, elle soupire d’aise. Ecoute le silence. Se dit que deux semaines, c’est vite passé. Qu’elle me racontera à son retour. Que finalement, ça peut attendre. Ce qui semblait urgent a cessé de l’être. C’est l’une des leçons qu’elle aura apprise durant ce stage social. Les priorités diffèrent que l’on soit au gymnase ou sur l’alpage. Et Lou de conclure: «Quelquefois, d’être déconnecté, ça te permet de te connecter à autre chose.» Très social ce stage décidément!

 
Sylvie Castagné

est mère d’une adolescente qui, comme nombre de ses pairs, lâche difficilement son smartphone. La jeune fille trouve toutefois que sa mère passe un peu trop de temps sur Facebook et sur Twitter.

La rédactrice free-lance basée à Zurich prend plaisir à explorer l'univers numérique et à analyser l’impact des réseaux sociaux sur nos vies.

 

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