Opinion

Un pavé dans la mare numérique

Sylvie Castagné (texte), 4 février 2016

«Reclaiming Conversation», tel est le titre du livre de Sherry Turkle, enseignante à la prestigieuse université MIT, qui fait actuellement polémique. Tout est parti du constat des professeurs d’une école privée de l’Etat de New York: les élèves de douze ans se comportent comme des gosses de huit ans; ils n’ont aucune empathie, ne savent plus écouter et ils ont complètement perdu l’habitude de regarder leur interlocuteur dans les yeux. Damned!

Sherry Turkle fut mandatée pour étudier le cas de cette jeunesse «sous-developpée émotionnellement», selon les termes de la directrice de l’établissement. Il fut établi que les smartphones jouent un rôle crucial dans les changements de comportement des élèves. (Il faut dire que 25% des adolescents américains consultent leur smartphone environ cinq minutes après leur réveil, et que la plupart d'entre eux envoient une centaine de textos par jour.)

Conclusion de l’experte: les smartphones rendent accros, donnent le blues et font de nous des êtres dépourvus d’émotion.

Ma fille, dix-sept ans, et ses amies doivent être des exceptions, car, bien qu’elles aient les yeux rivés sur l’écran de leur portable dès qu’elles le peuvent, elles ne semblent souffrir d’aucun des symptômes qui affectent les jeunes Américains. Soit le «mal» n’est pas encore arrivé chez nous, soit nos ados sont moins enclins à l’addiction numérique. C’est peut-être aussi un peu une question d’éducation. Interdire le portable à table ou déconnecter le réseau wi-fi la nuit peuvent, par exemple, aider à maintenir vivante la conversation les yeux dans les yeux.

 

 

 
Sylvie Castagné

est mère d’une adolescente qui, comme nombre de ses pairs, lâche difficilement son smartphone. La jeune fille trouve toutefois que sa mère passe un peu trop de temps sur Facebook et sur Twitter.

La rédactrice free-lance basée à Zurich prend plaisir à explorer l'univers numérique et à analyser l’impact des réseaux sociaux sur nos vies.