Le chat hier et aujourd’hui

Témoignage d’une «digital native»

J’ai grandi avec les chats, les médias sociaux et les capuns et j’ai été témoin de la gloire et de la déchéance de diverses plateformes de communication en ligne. Bonjour, c’est moi, votre «digital native» des Grisons!

Piera Cadruvi (texte), 22 janvier 2016

L’époque où il s’agissait de cocher la réponse sur un petit billet «Veux-tu sortir avec moi? - Oui, non, peut-être» a été de courte durée. J’étais encore à l’école primaire, juste après la phase «les garçons sont trop nuls».  Mais autour de l’an 2003, à partir de la 5e et de la 6e, arrivèrent les premiers chats, et c’était parti. Un chatroom a remplacé le précédent et les médias sociaux ont poussé comme des champignons. Voici un aperçu des canaux en ligne avec lesquels j’ai grandi.

 

 

Le chat Bluewin


Autour de 2003, le chat de Bluewin était très tendance. A la fin des cours, nous demandions toujours: «Tu seras dans le chat Bluewin ce soir ?» Quand je ne connaissais pas mon interlocuteur virtuel, la première question était: «T’es d’où ?» Qui n’habitait pas la région ne nous intéressait pas et était impitoyablement ignoré. Qui avait passé avec succès ce premier filtre devait passer le test de l’âge, puis celui du groupe scolaire: «secondaire ou prégymnasial?» De toute manière, je ne voulais que chatter avec mes copines, avec mon chéri ou avec un de ces gars sympas de la classe terminale.

 

 

 

 

MSN Messenger

 

Les années MSN étaient géniales. On passait des heures à l’ordinateur à s’envoyer des smileys avec de longs messages ou des photos de grimaces. Il fallait encore créer son réseau d’ami-e-s via e-mail. C’était un environnement protégé, dans lequel je pouvais parler avec mes copines des autres filles et garçons de la classe. Et ça durait souvent jusqu’à tard dans la nuit.

 

 

Netlog


Netlog n’a pas duré très longtemps. Pour mon profil, je pouvais choisir un design individualisé. Les émoticônes et les étoiles étaient à la mode à ce moment-là. Je passais toujours du style Netlog Noir au Love puis au Pink Flamingo. En plus, on pouvait publier des photos personnelles et les affubler de citations hyper originales du genre: «Ne rêve pas ta vie, vis tes rêves!»

 

 

Facebook

 

Entre le Facebook de 2008 et le Facebook d’aujourd’hui, il y a un abime. Autrefois, on adorait publier son humeur du moment. L’expression favorite était: «J’ai le moral dans les talons.» Commentaire: «Qu’est-ce qui va pas ma chérie?» Réponse: «Je ne te le dis pas.»
    
Entretemps, les messages publicitaires ont pris le relais des messages personnels. Au lieu de «Aujourd’hui, je vais faire du snowboard» ou de «Je m’ennuie», c’est ce style de contributions qui apparaissent dans ma chronique: «Contenu recommandé: Centre cantonal pour la prévention des toxicomanies – Tu maîtrises encore ta consommation d’alcool?»

 


Whatsapp


Depuis l’arrivée d’internet sur le mobile, WhatsApp y a élu domicile. Du moins, en ce qui me concerne, c’est le cas. Toujours prête, toujours joignable. Bref, WhatsApp, c’est envoyer des émoticônes, des photos et créer un groupe de chat après l’autre.

 

Et dans le groupe de notre colloc, on lit fréquemment: «Et qui veut jouer au Ligretto ce soir?» 

 

 

 

A propos de l'auteure:

 

Piera Cadruvi, qui a grandi à Domat/Ems (GR), vit entretemps dans la grande ville de Zurich. Elle s’est intéressée très tôt aux chats et aux médias sociaux et pianote allègrement sur ses claviers pour alimenter Instagram, Facebook et WhatsApp. Forte de son expérience, elle participe désormais à l’équipe d’auteurs de Chroniques Swisscom. Ses textes prennent le point de vue d’une «digital native», observatrice attentive des technologies numériques.