Robert Weiss

Le dinosaure informatique

Röbi Weiss a rassemblé au cours de sa vie la plus grande collection d’ordinateurs de Suisse. Son rêve: pouvoir exposer ses trésors dans un musée.

Helmi Sigg (texte), Barbara Sigg (photos), 26 janvier 2016

Robert Weiss souffle, tandis qu’il soulève une pierre de dix kilos. «Le tout premier disque dur», explique-t-il. Sur la tablette sumérienne en pierre, vieille de 4500 ans, les données sont gravées en écriture cunéiforme. «Les documents sur papyrus ont pourri, alors que cette tablette a traversé les âges, intacte», raconte M. Weiss dans la cave de sa maison, où il a entreposé une partie de la plus grande collection d’ordinateurs de Suisse.
 
«J’ai travaillé chez un fabricant de semi-conducteurs pendant mes études de chimie», se remémore-t-il. «Cet univers me fascinait complètement. Je trouvais cela incroyable, tout ce qu’on pouvait assembler sur un si petit substrat de silicium. A l’époque, on voyait encore tous les composants. Aujourd’hui, on ne voit plus rien.» Le reste appartient à l’histoire: il est touché par le virus informatique. Il approfondit ses connaissances chez Alusuisse, puis chez DEC, un acteur alors majeur du monde informatique. «Ces connaissances sont aujourd’hui encore un avantage considérable. Je comprends pourquoi et comment fonctionnent certaines choses. La plupart des informaticiens actuels n’ont aucune idée de ce qui se passe à l’intérieur de ces bécanes», déclare-t-il crûment en laissant entrevoir un sourire engageant.

 

 

Avril 1984: Röbi Weiss explique à la télévision suisse allemande en quoi l’ordinateur Macintosh d’Apple est révolutionnaire.  

 

 

L’un des atouts majeurs de «Röbi», qui est son surnom officiel, ressort rapidement: c’est un communicateur né. M. Weiss a ainsi le talent de pouvoir parler de sujets hautement compliqués en les rendant accessibles à tout un chacun. «Je suis soudainement devenu le spécialiste des ordinateurs et, peu après, de la téléphonie mobile», se rappelle-t-il dans un sourire. «J’étais sollicité par la télévision suisse allemande pour l’émission Karussel, animée à l’époque par Kurt Aeschbacher et Kurt Schaad.»

 

 

Expert informatique de la première heure

Röbi Weiss s’intégrait bien dans l’émission de début de soirée. Il était en quelque sorte le pendant suisse de «Magnum»: grand, avec une moustache à la Tom Selleck et une veste en cuir. Les autres médias se mirent aussi à raffoler de ce spécialiste des plus originaux. Il devint une star de l’informatique. M. Weiss surfa sur la vague des nouvelles technologies et organisa en 1984 le premier «Camp d’informatique» pour les petits et les grands, qui fit sensation. Quand quelqu’un avait besoin d’aide pour un problème d’ordinateur ou de téléphonie mobile, on lui disait: «Demande donc à Röbi!» Et c’est encore le cas aujourd’hui. L’homme de la première heure est la banque de donnée analogique du savoir numérique.

 

 

1/7 PC de la première heure: à gauche les modèles IBM à partir de 1981 et à côté les premiers ordinateurs légendaires de la famille Commodore. Les appareils de type PET de 1977 (en haut) comptent avec l'Apple II parmi les premiers PC. L'écran, le microprocesseur, le clavier et la mémoire (appareil à cassettes) sont intégrés dans le boîtier.

2/7 Commodore lance en 1980 le VC 20, son premier ordinateur populaire à succès. A cette époque, 9000 unités étaient fabriquées chaque jour. Aux USA, il coûtait 299.95 dollars. Sa mémoire vive atteignait 5 kilobytes.

3/7 Le modèle Lisa d'Apple a constitué un jalon dans la technologie informatique. Sa production commença en 1983 et il coûtait à l'époque 9'995 dollars. Ce PC fut le premier équipé d'une souris ainsi que d'un écran et d'une interface graphiques. Son successeur fut le fameux Macintosh (1984, 2'495 dollars).

4/7 A droite, la machine pdp8/e de digital (dès 1965). A gauche, l'IMSAI 8080, comme module précurseur du PC (1976). Pour faire démarrer ces machines, il fallait entrer un code à l'aide des interrupteurs à bascule.

5/7 Calculatrices mécaniques (fabriquées en série à partir de la moitié du XIXe siècle) actionnées avec une manivelle ou un moteur. Elles permettent d'effectuer jusque dans les années '70 de simples additions et soustractions.

6/7 Les systèmes de cartes perforées des débuts de l'informatique étaient commandés par des tableaux d'interconnexion et non pas programmés. Pour identifier une erreur dans cet enchevêtrement de câbles, il fallait s'armer de patience.

7/7 Le Commodore 64 (qu'on avait surnommé "boîte à pain") fut pour beaucoup d'entre nous le premier ordinateur (dès 1982). Il coûtait en Allemagne 1'495 marks et sa mémoire vive était de 64 kilobytes.

1/7 PC de la première heure: à gauche les modèles IBM à partir de 1981 et à côté les premiers ordinateurs légendaires de la famille Commodore. Les appareils de type PET de 1977 (en haut) comptent avec l'Apple II parmi les premiers PC. L'écran, le microprocesseur, le clavier et la mémoire (appareil à cassettes) sont intégrés dans le boîtier.

 

 

En termes de matériel, Röbi Weiss est le gardien du trésor perdu. Ce qui coûta un jour des millions de francs est maintenant conservé dans son entrepôt. On y trouve les ordinateurs des siècles passés: des calculateurs en bambou, des merveilles mécaniques nationales et étrangères, les premiers ordinateurs monstrueux de plusieurs tonnes, des modèles Macintosh, des robots d’apprentissage, des trieurs de cartes perforées et les premiers PC, devenus aujourd’hui cultes.

«Même Apple n’a pas toutes les modèles. Moi oui.»

Röbi Weiss, collectionneur d’ordinateurs

En tant que collectionneur fanatique, M. Weiss ambitionne de créer un musée qui permettra d’exposer toutes les bécanes. La recherche de financement et des bons partenaires est toutefois un chemin pavé d’embûches.

 

 

 

Aussi lourd qu’un fer à repasser: le premier mobile Motorola MCR9500XL.

 

 

Le premier ordinateur d'Apple

 

«Même Apple n’a pas tous les modèles. Moi oui», proclame-t-il avec fierté en nous présentant Lisa, le premier «Personal Computer» de Macintosh avec un système d’exploitation à interface utilisateur graphique, équipé d’une souris. «Cet appareil coûtait 10’000 dollars, 30’000 marks en Allemagne. Mais il a fait un flop total et on en a enterré près de trois mille pièces dans un dépotoir en Utah. Moi, j’en ai deux dans ma collection.» Röbi éclate d’un rire sonore. 

 

 

La montre-ordinateur EMEX RU-156 (Swiss made), âgée de plusieurs décennies, peut être considérée comme l’ancêtre des smartwatches actuelles. A gauche, l’Apple Watch.

 

 

Il va de soi qu’il possède aussi le légendaire Commodore C64 – et même dans son emballage d’origine – tout comme le premier mobile Motorola-MCR9500XL, quasiment aussi lourd qu’un fer à repasser.
 
Le téléphone sonne, Röbi lève le bras et parle à son Apple Watch. Il nous montre ensuite l’EMEX RU-156 en riant, une montre-ordinateur avec chronomètre, Swiss made, déjà vieille de quelques décennies. Il remet délicatement l’objet précieux dans son emballage d’origine.

«Je suis encore incroyablement curieux de découvrir toutes les inventions à venir.»

Röbi Weiss, collectionneur d’ordinateurs

En dépit de sa grande proximité avec le sujet, M. Weiss n’est pas un fanatique aveugle de la technologie, mais un esprit critique. «L’homme transparent est une réalité et nombre des développements actuels sont hors de contrôle», dit-il convaincu.
 
Et comment cet amateur passionné trouve-t-il son équilibre? «La cuisine et le sport me permettent de tout oublier», explique l’expert qui a connu toute l’évolution numérique et continue à concevoir l’avenir avec espoir, en dépit des doutes. Il regarde, songeur, la tablette sumérienne: «Nous ne sommes tous les deux plus si jeunes. Mais je suis encore incroyablement curieux de découvrir toutes les inventions à venir.»

 

 

L’histoire des ordinateurs

Outre ses livres et autres publications, Robert Weiss travaille actuellement sur un nouveau projet: il prépare, avec son fils, la dernière version de son poster sur l'histoire des ordinateurs (en allemand), qui retrace l’évolution des technologies numériques. Il s’agira de la 5e édition, actualisée avec toutes les nouveautés. Le projet est financé grâce au Crowdfunding.

 

 

Musée de la communication

Le musée de la communication à Berne possède, outre des vieux appareils de communication, des téléviseurs, des radios, etc., une collection d'ordinateurs qui comprend notamment l’Apple II illustré ci-dessus.

 

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