L’auteur à succès Martin Walker

«Ça me plairait d’être un robot»

L’écrivain écossais Martin Walker est devenu célèbre par ses polars mettant en scène le commissaire Bruno. Avec «Germany 2064», il publie un thriller d’anticipation, dans lequel il imagine un monde de haute technicité, où les robots jouent un rôle central.

Hajo Braun (texte), Remo Neuhaus (photos), 31 décembre 2015

Martin Walker, êtes-vous un robot?
Si seulement! Surtout quand je devrais terminer un livre, mais que je dois quand même dormir, manger, etc.

Vous êtes un auteur prolifique. Vous poursuivez votre série de polars mettant en scène le commissaire Bruno.
Oui, effectivement. Chaque année je publie un nouveau tome du Commissaire Bruno. Je suis déjà en train de préparer l’édition de 2018.

Voilà qui réjouira vos fans. Votre livre actuel «Germany 2064» est inhabituel, et pas seulement parce qu’il prend pour décor le sud de l’Allemagne au lieu du Périgord. En fait, vous avez quasiment écrit ce thriller d’anticipation à la place d’un rapport mandaté par le gouvernement allemand.
Oui, absolument. Ce mandat était fascinant et mon livre se base sur un grand nombre des conclusions décrites dans l’étude «Deutschland 2064 – Die Welt unserer Kinder» (Allemagne 2064 – Le monde de nos enfants).

 

 

Le dernier livre de Martin Walker: «Germany 2064».

 

 

Dans quelle mesure Roberto, l’assistant du commissaire Bernd Aguilar, vous ressemble-t-il?

(Sourit.) Je suis seulement écrivain et me suis documenté en détail sur la robotique.

 

Roberto se comporte comme un humain.

Il se trouve que les relations humaines sont très importantes pour les robots. Comment pouvez-vous cohabiter avec un être qui éprouve de l’amour, de la haine et qui est dépourvu de votre rationalité? Pauvres robots! Comment peuvent-ils nous comprendre ? Et bien justement en téléchargeant et en analysant des romans, des poèmes et des films, bref en s’intéressant à notre culture.

Faut-il en déduire que les robots sont de meilleurs amis que ceux de Facebook?

(Perplexe) Oui, c’est bien possible. En tout cas, ils ne mentent jamais.

«Aujourd’hui déjà, des robots travaillent en accord avec des policiers et des soldats.»

Martin Walker, écrivain

Est-ce que nous devons inventer des robots parce que nous ne sommes pas parfaits? Créons-nous Dieu?
Voilà un problème fort intéressant. J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec un évêque catholique. «Est-ce que je pourrai retrouver mon chien quand je monterai au ciel?», lui ai-je demandé.  «Non», m’a-t-il répondu, «ton chien n’a pas d’âme.». Cela ne me plaît guère, car je n’ai pas envie d’être seul.

 

 

Encore une machine ou déjà un humain? Documentaire sur les robots (en allemand). Youtube.com/DokuArchiv

 

 

Nous nous créons pour ainsi dire un compagnon?

Mark Twain aurait déclaré qu’il choisirait le paradis pour le climat et l’enfer pour la compagnie. Nous autres humains, nous inventons des objets parce que nous devons créer ce dont nous rêvons. Et effectivement, nous ne supportons pas la solitude.
 
Le commissaire dans votre livre fonctionne au mieux quand il travaille en équipe avec son robot.

Aujourd’hui déjà, des robots travaillent en accord avec des policiers et des soldats. J’ai été à la guerre d’Irak et j’ai vu comment des soldats traitaient leur robot comme un camarade. Lorsque l’un d’eux était détruit, cela les touchait profondément. Bien sûr, pas autant que s’il s’était agi d’un être humain, mais tout de même, cela les affectait. Nous pouvons entretenir avec un robot un rapport de partenariat. Il nous accompagne au cours de la vie. Ce n’est pas seulement un outil. Est-ce qu’un robot a des droits? Un chien a des droits, mais un robot? A-t-il un droit à l’existence? 

«Les robots ne mentent jamais.»

Les êtres humains entretiennent également des relations avec d’autres appareils.

Oui. Moi, par exemple, j’ai un lien avec une vieille auto, une 2CV. Ma fille, elle, avec son smartphone. Par contre, je n’ai pas de relation très forte avec cet appareil, car l’écran est trop petit à mon goût. J'aimerais un smartphone capable de projeter une grande image holographique, et aussi équipé d’un clavier. C’est ce que je souhaite, et naturellement, un jour cela existera!
 
La technologie est donc la solution aux problèmes de ce monde?

Pas seulement. Trois choses sont nécessaires: la technologie, la politique et la culture.  
 
La technologie …

Elle règle par exemple la crise climatique.  
 
Mais la politique n’est pas à la hauteur. Elle ne trouve pas de solutions.

Il y a beaucoup de bons politiciens.  
 
N’est-il pas préférable que ce soit le peuple qui décide, comme en Suisse?

Vous avez une démocratie merveilleuse. Des élections intéressantes viennent d’avoir lieu. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’il existe une différence entre ce qu’on peut, ce qu’on veut et ce qu’on devrait faire. Et un politicien est un expert en la matière – c’est la seule manière de trouver la bonne solution.

 

 

L’écrivain Martin Walker décrit un scénario d’anticipation où les robots occupent un rôle prépondérant.

 

 

D’où tirez-vous votre optimisme?

C’est ma nature. Nous avons devant nous un avenir fantastique. Au cours des derniers trente ans, la vie de millions de personnes s’est améliorée grâce à la globalisation. Ces progrès sont merveilleux!
 
En quoi la culture – votre troisième point – peut-elle contribuer à résoudre les problèmes de l’humanité?

Mon roman «Germany 2064» n’est pas seulement un roman. Il s’agit aussi d’une provocation. J’aimerais que mes lecteurs réfléchissent à cet avenir possible et qu’ils s’en inspirent.  
 
L’étude sur laquelle est basé votre roman décrit des scénarios d’avenir. Que nous apportent de telles projections?  

Nous ne pouvons peut-être pas prédire l’avenir, mais nous devrions organiser nos visions du futur. Comme nous ne sommes pas parfaits, nous rêvons d’un avenir meilleur. De tels scénarios le rendent plus concret et nous aident à emprunter la bonne voie pour y parvenir.  
 
Alors si on rêve de l’avenir, il finit par se réaliser.

Oui. C’est pourquoi mon livre contient aussi mes propres idées. Elles ne sont pas nébuleuses, mais au contraire très concrètes. J’ai par exemple décrit un nouveau système d’impôts, qui taxe les transactions au lieu des salaires.  
 
Génial! Fini les déclarations d’impôts. Mais il y a peu de chance que cette nouvelle approche s’impose.

Je n’en suis pas si sûr. Nous avons assisté au fil des derniers dix ans à la disparition du secret bancaire. En Europe, l’échange automatique d’informations s’impose tout partout. Les changements s’accélèrent. Dans dix à quinze ans, on risque d’avoir une nouvelle crise financière, à laquelle il faudra trouver de nouvelles réponses. Le progrès se nourrit de crises et de défis.

 

 

 
Portrait de
Martin Walker

Martin Walker, écrivain, historien et journaliste politique, est né en 1947 en Ecosse. Il passe une partie de sa vie avec sa famille dans le Périgord, au sud-ouest de la France. Il a étudié l’histoire à Oxford et les relations internationales et l’économie à Harvard. Ensuite, il a été journaliste pendant 25 ans pour le quotidien britannique «The Guardian». Il a occupé le poste de président du Global Business Policy Council, un think tank privé basé à Washington et au service des top managers. A l’heure actuelle, il est Senior Director de A. T. Kearney, un cabinet de conseil en stratégie d’entreprise. Ses romans policiers mettant en scène le commissaire Bruno ont été traduits en quinze langues dont le français.

 

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Les robots sont présentés comme des assistants absolument fiables: partagez-vous la vision optimiste de Martin Walker ou devrions-nous faire preuve de prudence face aux nouvelles technologies?

 

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