TAG Heuer lance sa montre intelligente

«Nous avons fait un mariage de raison»

Parfois le temps s’accélère. C’est ce qui arrive en avril 2015 avec l’irruption de l’Apple Watch dans le ciel alors bleu de l’horlogerie helvétique. Guy Sémon, directeur général de TAG Heuer, partage avec Chroniques ses réflexions sur le monde connecté de demain.

Laurent Seematter (texte), Eveline Perroud (photos), 12 mai 2016

En mars 2015, TAG Heuer annonce son partenariat avec Intel et Google pour créer une montre connectée haut de gamme. Huit mois plus tard, la première montre intelligente de TAG Heuer est présentée au public à New York.

M. Sémon, porterons-nous encore des montres dans dix ans?
Oui, on portera encore des montres, et bien sûr aussi des montres suisses! La question est de savoir quels types de montres. On ne décide pas du progrès. Les montres de demain embarqueront de la technologie et cette évolution inéluctable n’est en aucun cas incompatible avec la notion de luxe et d’horlogerie traditionnelle.

«La révolution qui se prépare est bien plus profonde que l’arrivée du quartz.»

La montre intelligente va-t-elle devenir un phénomène de masse ou rester un produit de niche pour les «geeks»?
La montre connectée deviendra un phénomène de masse, à l’évidence. Nous voyons encore la smartwatch comme un ordinateur attaché au poignet, mais demain, ce sera sans doute quelque chose de plus fin et de plus subtil. Nous avons une vision déformée du futur.



Pour Guy Sémon, nous avons une vision déformée du futur.

 

 

Pouvez-vous développer cette idée?
La révolution qui se prépare est bien plus profonde que l’arrivée du quartz. Nous ne changeons pas seulement de mouvement, mais de modèle de société. Refuser de voir ces changements, c’est presque une forme d’obscurantisme. Dans un futur relativement proche, la montre ne sera que l’un des nombreux objets connectés qui nous accompagneront dans notre vie.

«La vraie difficulté est de faire cohabiter la dimension émotionnelle liée à l’artisanat et la dimension rationnelle représentée par la technologie»

La révolution numérique va donc rendre les montres mécaniques définitivement obsolètes?
L’horlogerie traditionnelle est l’une des rares industries qui perpétuent des technologies centenaires. Avec la montre mécanique, on se trouve effectivement plus près de l’art et de l’artisanat que de l’industrie, mais les montres connectées ne vont pas pour autant remplacer les montres mécaniques. La vraie difficulté est de faire cohabiter la dimension émotionnelle liée à l’artisanat et la dimension rationnelle représentée par la technologie.

 

 

Existe-t-il alors un risque pour le métier traditionnel d’horloger?
Oui, nous allons sans doute assister à la transformation de certains métiers face à l’arrivée de l’électronique. C’est pourquoi nous avons décidé de nous lancer dans l’aventure et de faire nos expériences en assemblant ici à La Chaux-de-Fonds nos montres connectées. Ces nouvelles générations de montres exigeront aussi de nouveaux savoir-faire, par exemple dans les domaines de l’électronique, des logiciels ou du web design.

 

 

Guy Sémon avec la première montre connectée manufacturée par l'horloger haut de game TAG Heuer.

 

 

M. Biver, le responsable du pôle horloger de LVMH, a parlé d’un mariage entre la Suisse et la Californie. Comment se déroule la vie de ce ménage à trois entre TAG Heuer, Intel et Google?
Il y a des mariages de cœur et des mariages de raison. Nous avons fait un mariage de raison, car nous et nos partenaires californiens avons un intérêt commun, c’est-à-dire créer l’objet connecté de demain destiné au poignet. Il n’était pas si facile au départ d’aller chercher les bons partenaires. On verra comment évolue le marché.

«Tous les grands projets sont transnationaux. Il n’est pas nécessaire de vouloir tout fabriquer tout seul.»

Suite à cette alliance, certains de vos concurrents vous ont reproché d’être allés chercher en Californie des technologies qui existent en Suisse (CSEM, EM Microelectronic Marin).
La Suisse a des compétences technologiques qu’elle peut faire entrer dans l’univers connecté, mais il lui sera difficile de créer une industrie électronique de dimension globale dominée par des acteurs tels que Samsung, Sony, LG ou Apple. De toute manière, tous les grands projets sont transnationaux. Il n’est pas nécessaire de vouloir tout fabriquer tout seul.

 

 

Pour Guy Sémon, un scénario futur imaginable est que la montre connectée prenne le relais du smartphone.

 

N’est-il pas risqué de miser sur l’interconnexion de la montre avec le téléphone mobile puisque certains experts annoncent déjà sa disparition prochaine?
En effet, la montre connectée de demain pourrait prendre le relais du smartphone et communiquer directement avec les bases de données et les serveurs sur le cloud. Les opérateurs de télécommunication ont énormément de pouvoir sur le marché et il est possible qu’à l’avenir ils cherchent à vendre leurs services pour un dispositif destiné au poignet. Par contre, on aura certainement toujours besoin d’une tablette avec un plus grand écran pour consulter des informations.

 

 

 

 

Guy Sémon

Né en 1963 à Pontarlier en Franche-Comté, l’ingénieur mathématicien et ancien pilote de l’aéronautique navale française a dirigé pendant plus de six ans le département R&D de TAG Heuer avant de prendre les commandes de l’entreprise fin 2014.

 

 

TAG Heuer

L'entreprise horlogère suisse fondée en 1860 a bâti sa réputation en inventant des chronographes de très haute précision. Elle appartient depuis 1999 au groupe de luxe français LVMH.

tagheuer.com

 

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