L'héritage de Jules Verne

Steampunk et technologie digitale

Le steampunk Daniel Tännler allie une technologie numérique de pointe à des pièces historiques et à un design issu d’un univers fictif. C’est là tout l’esprit du steampunk, et le résultat est génial.

Helmi Sigg (texte), Barbara Sigg (photos), 12 novembre 2015

L’homme assis en face de nous dans un bistrot du bord du lac de Zurich semble sorti tout droit d’une autre époque - ou plutôt d’un monde parallèle. Il arbore avec fierté son cylindre en cuir, placé sur ses cheveux attachés en une longue queue de cheval. «Je me promène toujours comme ça», raconte Daniel Tännler avec un sourire renversant. «Je vis le steampunk.»

Et d’expliquer: le steampunk n’est pas un genre musical, c’est une autre réalité. Le phénomène a vu le jour à peu près au même moment que le gothique, dans les années 80. Ce mouvement rétro-futuriste simule un présent dont le passé serait différent du nôtre. Ici, les machines à vapeur ont autant leur place que l’électricité ou l’«éther», cette matière utilisée pour les dirigeables ou pour faire de la magie.

 

 

 

 

Inspiration dans la littérature et le cinéma

 

Le steampunk se base largement sur la littérature, à commencer par l’œuvre de Jules Verne «20 000 lieues sous les mers», qui narre le choc entre deux mondes: la période victorienne et la technologie moderne du Nautilus et de son génial inventeur, le capitaine Nemo. Le steampunk puise aussi son inspiration dans les bandes dessinées, les films, la musique, les jeux de rôle et, bien entendu, les jeux vidéo. Ceux qui souhaitent savoir à quoi ressemble le steampunk pourront par exemple regarder la vidéo YouTube sur le jeu vidéo «The Order 1886».

 

 

Je me trouve maintenant en présence d’un créateur steampunk en chair et en os. Un homme qui donne vie aux machines fantaisistes. Daniel Tännler a pour pseudonyme Dan Aetherman alias The Chocolatist. «Je ne me déguise pas, je vis steampunk», dit-il fermement sans perdre sa bonne humeur. M. Tännler sort son portable au look rétro orné d’un diaphragme à iris fonctionnel placé sur l’objectif et me montre une photo. Je reste sans voix. Sur l’écran, je vois un homme habillé d’une veste blanche, d’un tablier et d’une toque de cuisinier qui nous tend une boîte de pralinés. «C’était moi, dans une autre vie. Je faisais du chocolat et j’étais l’un des célèbres Maître Chocolatier Senior chez Lindt & Sprüngli.» Cette distinction – et d’autres – était accompagnée de nombreuses obligations au niveau national et international. Un jour, il en a eu assez. Daniel Tännler démissionna, fut soumis à une interdiction de concurrence de deux ans et en profita pour fonder une famille avec laquelle il voulait passer suffisamment de temps.

«La vieille technologie m’a toujours plus fasciné que la nouvelle, sans oublier l’attrait esthétique des périodes révolues.»

Daniel Tännler, Steampunker
Une passion qu’il croyait disparue depuis longtemps refit alors soudainement surface:  petit déjà, Daniel était constamment en quête de vieilles radios à tubes. «La vieille technologie m’a toujours plus fasciné que la nouvelle, sans oublier l’attrait esthétique des périodes révolues. Je suis un bricoleur né et j’ai créé moi-même ma première chaîne stéréo avec des pièces détachées.»

 

 

 

Portables et ordinateurs à l’apparence steampunk


Alors qu’il était Maître Chocolatier, une scène à part s’est développée: le steampunk. «D’un coup, mes bricolages faisaient de moi un précurseur.» Il commença à donner un look steampunk à des appareils ultra-modernes comme les téléphones portables ou les ordinateurs, visant ainsi en plein dans le mille. Chacune de ses œuvres est une pièce unique – invendable. «Toutes mes machines fonctionnent, ce n’est pas de la décoration», maintient M. Tännler. «C’est mon credo. Je ne construis pas des objets seulement jolis à regarder. Mon ordinateur intégré ou mes appareils photo sont à la pointe en matière de technique, ils ont le Wi-Fi et tout le reste.»

Il accorde une importance primordiale à l’authenticité: toutes les pièces utilisées sont issues d’une technologie passée. «Les vrais steampunks sont contre la société de consommation. Nous ne nous contentons pas d’acheter un kit radio pour lui donner ensuite un aspect vieilli. Ce serait une arnaque.» Pour la première fois, le visage autrement rayonnant de l’artiste est traversé d’une expression énergique. «Je trouve tout mon matériel dans ce que les autres jettent et en fais quelque chose de nouveau, qui est en réalité quelque chose de vieux. Je laisse même parfois la poussière et la saleté dessus. Cette patine est authentique, rien à voir avec le fait de vieillir un objet neuf.»

 

 

 


Dans sa quête de trésors perdus, le steampunk respecte un code d’honneur strict: les machines qui fonctionnent encore sont proscrites. «Je ne casse pas de machine à écrire encore en état de marche. Mais si elle est défectueuse, je l’incorpore dans une machine à part.» Dan Aetherman travaille sur son œuvre actuelle depuis longtemps déjà. Il intègre ainsi un scanner dans une réplique d’appareil à soufflet. Cet appareil permet de faire des photos noir et blanc comme autrefois. Et comme autrefois, celui dont on prend le portrait doit rester immobile un moment afin que l’image soit bien nette. «Le premier scanner pour trois francs a malheureusement rendu l’âme et je suis maintenant à la recherche de son remplaçant.»

 

 

Savoir-faire puisé dans internet


L’ancien professionnel de l’alimentation doit son vaste savoir-faire technique à une invention qui n’a rien à voir avec le steampunk: «Chaque instruction, chaque fiche de données, y compris de pièces usagées, se trouve sur Internet. C’est un avantage considérable de notre époque sur la période victorienne.»

Notre café est désormais froid. Le restaurant du bord de lac s’est rempli et Daniel Tännler, avec son cylindre en cuir, est un personnage exotique qui attire tous les regards. Aujourd’hui encore, on lui sourit, même si le steampunk est devenu plus tendance. Il était d’ailleurs temps. Daniel doit aussi gagner sa vie et il n’a pas tout à fait renoncé aux produits alimentaires. Il élabore actuellement des glaces. Et non, on ne trouvera pas de cornet steampunk dans les temps à venir.



Référence au livre de Daniel Tännler (en allemand):


Dan ÆTHERMAN:
«Steampunk: Jules Vernes Erben und ihre fantastischen Maschinen»

 

 

 

Portrait de l'auteur:

 

Helmi Sigg, 62 ans, est à la fois auteur, blogueur et humoriste. Il a été membre de la légendaire troupe comique zurichoise Trio Eden. Déguisé en marmotte Martha, il s’est produit devant plus d’un demi-million de spectateurs dans la célèbre comédie musicale «Ewigi Liebi». Il est marié et père deux enfants adultes.

 

 

 

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