Pseudo-achats en ligne

Pourquoi acheter quand on peut faire du lèche-vitrines?

Nous cherchons la meilleure offre sur des portails comparatifs ou bien nous chassons la bonne affaire en ligne. Peu avant d'arriver à la caisse, nous changeons d’avis. Nous voulions en fait seulement faire du lèche-vitrines. Pourquoi est-ce que nous gaspillons notre temps avec des pseudo-achats en ligne?

Biljana Novic (texte), 31 mai 2016

Il y a des gens qui ont de vrais hobbies. Moi par contre, j’aime bien prendre le café avec des amis, bouquiner et fouiller sur internet. On peut très facilement s’y perdre. En cliquant d’une page à la suivante, la motivation initiale de la visite perd de sa pertinence avant d’être bientôt oubliée.

 

Il n’est pas rare que je remplisse mon panier d’articles virtuels, que je ne recherchais pas directement, mais qui m’ont sauté aux yeux dans de la pub. Aussitôt que j’arrive à la caisse, je renoue avec la réalité et laisse souvent tomber mon achat. Pourquoi?

 

 

Les endorphines dans tous leurs états

 

On préfère bien sûr remplir son panier que régler ses achats.

Photo: istockphoto.com/kemalbas
 

 

Les achats en ligne sont fort commodes. On peut s’y adonner en sous-vêtements sur son sofa et c’est souvent encore meilleur marché que si on faisait ses emplettes directement dans un magasin. Voilà un argument qui ne laisse pas indifférents les consommateurs. Les portails comparatifs suisses tels que Comparis ou Toppreise répertorient les meilleures offres et comportent des liens directs vers les différentes boutiques en ligne.

Les achats en ligne sont donc devenus un véritable divertissement.

Et qui n’a pas assez de liquide sous la main peut souvent aussi acheter sur facture pour autant que l’examen de solvabilité soit positif. Les Suisses adorent le shopping en ligne. Le chiffre d’affaires des achats réalisés en ligne a augmenté de 7,5 pour cent entre 2014 et 2015 pour atteindre la somme de 7,2 milliards de francs. Durant le même intervalle, le commerce stationnaire était en recul. Ces résultats ont été mis en lumière par une étude de l’Association Suisse de Vente par Correspondance (ASVPC), de l’institut d’études de marché GfK et de la Poste Suisse. Nous dépensons principalement notre argent pour des articles d’électronique de divertissement et des vêtements.


 

Il suffit de s'imaginer qu'on va acquérir des articles pour éprouver du plaisir.

Photo: Flickr.com/Emiliano

 

 

Les achats en ligne sont donc devenus un véritable divertissement. Tandis que nous faisons du lèche-vitrines virtuel, nos endorphines se mettent dans tous leurs états. Nous nous réjouissons déjà du moment où les articles tant convoités arriveront chez nous. Clic, clic, clic… Et allez, qu’on remplisse ce panier virtuel!

 

 

Le plaisir s’arrête à la caisse

 

En ce qui me concerne, mes séances de shopping en ligne s’arrêtent souvent au moment de passer à la caisse. En effet, tout à coup, je me pose des tas de questions: Ai-je vraiment besoin de ces articles? Hum, l’addition est quand même un peu salée. J’hésite quant aux objets que je devrais éliminer du panier. Et puis, il faut aussi encore ajouter les frais de port, qui n’apparaissaient pas au début de la commande. Comment? La livraison aura lieu en plusieurs tranches parce qu’un article n’est pas en stock. Bien sûr, on me demande aussi d’ouvrir un compte client, et pourquoi est-ce que je peux seulement payer par carte de crédit? Je ne l’ai pas sous la main. Oh, et puis zut! Je réserve mes articles sous «Saved items» et repasserai à l’occasion.

On effectue du shopping en ligne sans aucune intention de finaliser l’achat.

Le phénomène du «fauxsumerism»

 

Les Américains ont inventé un terme pour décrire le phénomène décrit ci-dessus, ils parlent de «fauxsumerism», qui signifie le contraire de «consumérisme». Le phénomène consiste précisément à effectuer du shopping en ligne sans aucune intention de finaliser l’achat. Et même si dans mon cas, j’ai initialement envie d’acheter les articles que je choisis, je change d’avis à la caisse.

Pour les commerçants en ligne, mon comportement est problématique. C’est peu avant de finaliser la transaction que la plupart des consommateurs abandonnent le processus d’achats. C’est pourquoi ils essaient de les relancer par diverses actions.

Dès qu’un acheteur a réservé des articles, il éprouve la satisfaction d’une véritable expérience d’achats.

Ainsi, ils déclenchent l'envoi d’une newsletter avec un code de rabais ou font apparaître sur la timeline de Facebook de la publicité pour les articles mis en attente. D’autres optent dès le départ pour davantage de transparence en publiant sur la page d’accueil les conditions de livraisons et en rendant le processus de commande aussi confortable que possible. Ainsi, les clients peuvent de plus en plus souvent effectuer leur commande de manière non bureaucratique avec un simple compte d’invité et disposent d’un vaste de choix de moyens de paiement.

 

 

Les achats mis en attente

 

Le shopping en ligne est susceptible de procurer une expérience d’achat même à celles et à ceux qui n’achètent rien. Pour que nous puissions nous divertir et nous forger une idée précise des articles, les boutiques en ligne mettent bien en vue les évaluations des clients et proposent des animations à 360 degrés. «Asos», la plus grande maison de vente par correspondance britannique d’articles de mode et de beauté va encore plus loin et demande à des modèles de présenter ses vêtements dans des vidéos. C’est presque comme si on y était.

Explication scientifique de ce comportement: dès qu’un acheteur a réservé des articles dans la rubrique «saved items», il éprouve la satisfaction d’une véritable expérience d’achats, une sensation de possibilités infinies. Ce type de comportement est très répandu dans la génération Y, qui passe pour être très indécise et peu encline à prendre des risques. A en croire cette théorie, le simple sentiment qu’on pourrait acquérir des articles si on était capable de se décider provoque une sensation de plaisir.

 

Et hop, encore un article dans le panier!


 

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Remplissez-vous aussi parfois votre panier virtuel avant de l'abandonner peu avant d'arriver à la caisse?

 

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