Médecine d’amélioration et éthique

Bionique: symbiose homme-machine?

L’humanité serait en route vers un nouvel homme hybride, une créature intégrant des organes et des membres bioniques connectés avec l’intelligence artificielle du cloud. Science-fiction ou bientôt réalité?

Laurent Seematter (texte), actualisé: 12 avril 2017

L’agent spécial Steve Austin faisait des sauts surhumains, courrait à la vitesse d’un bolide de course et perçait l’horizon avec son œil high-tech. De 1974 à 1978, le héros bionique de la série «L’homme qui valait trois milliards» a fasciné une génération de téléspectateurs. Avec les rapides progrès en nanotechnologie, en biotechnologie et en informatique, la réalité dépassera bientôt la fiction. L’ère de la médecine d’amélioration a commencé.

 

 

Transhumanisme: technologie d’avenir, débat d’aujourd’hui (Source : CNET France).

 

 

Pour le philosophe français Luc Ferry, il est impératif que notre société entame une réflexion au sujet de cet homme nouveau qui se crée par petites touches presque sans que nous nous en apercevions. A l’occasion de la sortie de son livre «La révolution transhumaniste» (Editions Plon, 2016), il s’est exprimé sur les ondes de la RTS: «Les Européens doivent comprendre que l’homme augmenté n’est pas une plaisanterie. Les Américains ont déjà investi des milliards dans ce projet.» Le philosophe plaide pour une évolution de la médecine d’amélioration qui ne «dégrade pas l’humanité» et qui place les valeurs humanistes au cœur de son projet.

 

«Les Européens doivent comprendre que l’homme augmenté n’est pas une plaisanterie. Les Américains ont déjà investi des milliards dans ce projet.»

Luc Ferry, philosophe

 

Le philosophe français Luc Ferry s'interrroge sur les risques du transhumanisme.

 

 

 


Qu’est-ce que le transhumanisme?

 

Il s’agit d’un mouvement prônant l'usage des sciences et des techniques afin d'améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains. Les penseurs transhumanistes considèrent le handicap, la souffrance, la maladie, le vieillissement ou la mort subie comme inutiles et indésirables. De nombreuses organisations, comme p. ex. NeoHumanitas en Suisse, réfléchissent sur les enjeux socio-éthiques de l’application des technologies à l’être humain. (Source: Wikipédia)

 

 

 

Les premiers pas de l’homme machine


La chirurgie esthétique, les thérapies de rajeunissement et le développement de substances chimiques stimulant l’intellect poursuivent aujourd’hui déjà des objectifs d’amélioration qui vont au-delà de la médecine thérapeutique. La bionique, c’est-à-dire l’intégration de dispositifs électroniques dans des corps vivant  est en plein essor. Les prothèses bioniques ou les exosquelettes en sont des exemples.
Plus de soixante équipes du monde entier se sont retrouvées en octobre 2016 à Kloten pour participer au premier Cybathlon organisé par l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich.

 

 

Vidéo de promotion du Cybathlon 2016 (Source: ETHZ)

 

 

La nouvelle élite bionique

 

Bertolt Meyer, professeur de psychologie à l’Université de Zurich, possède une main bionique dont les doigts mobiles lui permettent de saisir des objets. Dans une interview accordée au quotidien Le Matin, Bertolt Meyer aborde les questions éthiques posées par les avancées de la bionique: «Prenons l’exemple d'un cœur artificiel à 120’000 dollars. Nos sociétés n’ont simplement pas les moyens d’équiper toutes les personnes qui en auraient besoin. Alors comment choisir? Qui y a droit, selon quels critères?»

 

«Remplacera-t-on demain un membre valide par un membre bionique plus performant?»
Bertolt Meyer, professeur de psychologie

 

 

Le professeur Bertolt Meyer nous démontre les possibilités de sa main bionique (Vidéo: Youtube).

 


Intelligence artificielle et immortalité


Pour Raymond Kurzweil, futurologue et responsable de la recherche chez Google, à la fin des années 2030, nos cerveaux pourraient être directement connectés à internet via un implant. S’ouvrirait alors une ère entièrement nouvelle, où les intelligences humaine et artificielle fusionneraient pour créer un homme nouveau. Dans ce scénario qui fait froid dans le dos les moteurs de recherche, en l’occurrence Google, deviendraient des participants actifs de nos vies en nous proposant des contenus en fonction de nos pensées.

« Les recherches sur l’extension de la durée de vie aboutiront à un énorme désastre social .»

Francis Fukuyama, philosophe

De l’avis du philosophe américain Francis Fukuyama, il est urgent de légiférer dans le domaine scientifique et de marquer des limites. Car si l’intelligence artificielle pose déjà des questions, que penser des recherches génétiques visant à obtenir l’immortalité? A l’adresse des magnats du numérique comme Larry Page et Sergei Brin de Google, qui s’investissent de plus en plus dans ce domaine, Fukuyama réfute: « Les recherches sur l’extension de la durée de vie aboutiront à un énorme désastre social .»

 

 

Pour approfondir le sujet:


Luc Ferry, La révolution transhumaniste
www.philomag.com

Francis Fukuyama, La fin de l’homme
www.genethique.org

 

 

 

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Et pour vous, où sont les limites éthiques de la médecine d'amélioration?

 

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