Elections et votations électroniques

A quand l’e-voting pour tous?

En 2004 déjà, on parlait en Suisse du vote électronique. Entretemps, l’e-voting n’a toujours pas encore été généralisé. Pourquoi au juste?

Felix Raymann (texte), 9 juin 2017

Faire ses achats, communiquer, utiliser les médias et toutes sortes d’autres activités transitent depuis longtemps par l’ordinateur. Pourtant, quand il s’agit de voter ou d’élire ses représentants, nous continuons de glisser une enveloppe dans l’urne ou la boîte aux lettres de la poste. Le fait que la transformation numérique n’ait pas encore atteint la participation politique s’explique par la complexité du domaine de l’e-voting, qui doit répondre aux exigences de sécurité les plus strictes.

 

 

Dans le canton de Genève, les citoyens peuvent voter par voie électronique.   

 

 

L’e-voting en Suisse

 

Depuis 2004 en Suisse, ce sont plus de 200 projets d’e-voting qui ont été réalisés dans quatorze cantons. Dans quelques-uns d’entre eux, on peut déjà voter par voie électronique. Deux systèmes sont en vigueur: l’un a été développé par la société espagnole Scytl sur mandat de la poste, l’autre par le canton de Genève (CHvote). Ainsi, la Suisse est pionnière en matière d’e-voting: à part l’Estonie où 30% des votants peuvent déjà faire transiter leur bulletin par voie électronique pour les élections nationales, très peu d’autres pays comme l’Australie ou le Canada expérimentent avec des projets de vote électronique. Aux Etats-Unis et en France, les ressortissants vivant à l’étranger ainsi que le personnel militaire peuvent exprimer leur voix par le canal électronique. En Norvège, comme dans nombre d’autres pays, les essais avec l’e-voting ont été abandonnés.

 

 

 

L’identité numérique comme base fondamentale

 

Pour pouvoir introduire l’e-voting dans tous les cantons et au niveau fédéral, il faut en premier lieu disposer d’un système d’identité numérique valable dans tout le pays. Le système Swiss ID récemment présenté par la poste et les CFF est censé remplacer le système actuel appelé Suisse ID. Le nouveau standard d’identification devrait à la fois servir de sésame pour les opérations d’e-gouvernement ainsi que pour les votations et les élections.

 

 

Manipulations par des hackers?


Mais le plus grand obstacle ne réside pas dans le manque d’un système d’identification électronique, mais bien plutôt sur le plan de la sécurité. La peur d’être confronté à des manipulations du scrutin a incité depuis des années les politiciens de toutes tendances politiques à restreindre par des motions l’e-voting en Suisse. Cette frilosité a ses raisons: «Si quelque chose devait aller de travers, ce serait la fin de l’e-voting en Suisse. Il y a une tolérance zéro pour les erreurs», explique Uwe Serdült, responsable du projet i-Voting du Zentrum für Demokratie Aarau (ZDA) et professeur à l’Université de Zurich

«L’introduction de l’e-voting en Suisse se déroule selon la devise: la sécurité prime sur la rapidité. Cela ne se passera donc pas du jour au lendemain.»  

Uwe Serdült, responsable du projet i-Voting du Zentrum für Demokratie Aarau (ZDA) et professeur à l’Université de Zurich

Les exigences posées à l’e-voting sont élevées: les votes doivent non seulement être protégés contre les cyberattaques, mais ils doivent aussi être vérifiables de A à Z. En cas de besoin, il doit être possible de procéder à un recomptage des voix tout en préservant l’anonymat des votants afin qu’il soit impossible de connaître leurs opinions politiques.

 

 

A l’heure actuelle en Suisse, la plupart des bulletins de vote sont glissés dans l’urne ou dans la boîte aux lettres sous forme de papier.

 

 

Entre confiance et scepticisme

 
Tandis que les esprits critiques sont convaincus que l’e-voting ne sera jamais assez sûr et ne pourra donc jamais s’imposer en Suisse, la Confédération aimerait introduire le bulletin de vote électronique dans les deux tiers des cantons d’ici à fin 2019. Pour sécuriser l’e-voting, le professer Serdült relève qu’il existe des procédures permettant une vérification de bout en bout du vote électronique.

Même si on parvient à établir l’e-voting, son utilisation risque d’être encore limitée au début. «L’Estonie aussi a commencé de manière modeste. Il faut compter une dizaine d’années dans un contexte favorable pour passer d’un taux à un seul chiffre à trente pour cent des votants», poursuit Uwe Serdült. Il ne faut pas oublier que pour le vote par correspondance également, il a fallu attendre trente ans avant que tous les cantons n’acceptent ce nouveau canal. «L’introduction de l’e-voting en Suisse se déroule selon la devise: la sécurité prime sur la rapidité. Cela ne se passera donc pas du jour au lendemain.»

 

 

Blockchain pour l’e-voting

La technologie de la blockchain, qui est déjà utilisée pour les virements d’argent, pourrait à l’avenir aussi être appliquée au vote électronique. Swisscom est membre de Hyperledger, le principal consortium international promouvant la blockchain.

 

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