Médiafuté: La programmation à l’école primaire

Une compétence de base comme la lecture et l’écriture

Par un enseignement ciblé de l’informatique, du jardin d’enfants à la maturité, on stimule les élèves à différents niveaux, tout en leur proposant des activités ludiques.

Urs Binder (texte), 28 juin 2017

Waouh, réussi! «repeat 4 [fd 125 rt 90]». La tortue a dessiné un carré et c’est Alina qui lui en a donné l’ordre. C’est la première fois qu’elle s’essaie à la programmation. Il s’agit là d’un exercice typique au début de l’enseignement de l’informatique au niveau intermédiaire. Mais le carré n’est qu’un début: dans les semaines à venir, Alina et ses camarades apprendront les bases de la programmation en dessinant des formes de plus en plus complexes sur leurs écrans.

 

 

Des élèves super motivés

 

«Les élèves adorent ces activités – ils ne veulent pas sortir en pause avant d’avoir résolu le problème et sont fiers des résultats obtenus», constate le professeur Jurai Hromkovič. Avec son équipe du centre de formation et de conseil pour l’enseignement de l’informatique (ABZ) à l’EPFZ, il développe des manuels et des environnements de programmation tels que XLogo destinés à l'enseignement, du niveau intermédiaire à la maturité.

 

 


XLogo

 

Le langage de programmation Logo a été développé par le mathématicien Seymour Papert au MIT dans les années 1970. Du fait de son approche intuitive et visuelle, il se prête idéalement à l’acquisition des bases de la programmation. Il contient tous les éléments fondamentaux des langages informatiques tels que les boucles, les conditions et les procédures. XLogo est un environnement de programmation Logo basé sur Java, fonctionnant avec tous les systèmes d’exploitation courants (Windows, macOS, Linux). Il existe dans treize langues, dont le français.

 

 

 

Jusqu’ici, l’informatique ne faisait pas encore partie du plan d’étude de l’école primaire, mais cela changera avec l’introduction du «Lehrplan 21», le nouveau plan d’étude adopté par les cantons de Suisse alémanique. Cependant plus de cent écoles en Suisse dispensent déjà des leçons d’informatique avec l’appui de l’ABZ. En général, ces cours ont lieu à partir de la cinquième.

«De nombreuses écoles avaient au début certaines réserves, mais aucune n’a renoncé à poursuivre le programme.»

Jurai Hromkovič, professeur d'informatique à l'EPFZ

Cet esprit de pionnier ne se rencontre pas seulement dans les régions urbaines. Grâce à l’engagement de son directeur, l’école primaire d’Attinghausen dans le canton d’Uri participe depuis 2011 déjà au programme de l’ABZ «Programmer à l’école primaire». «De nombreuses écoles qui ont tenté l’aventure avaient au début certaines réserves, mais aucune n’a renoncé à poursuivre le programme», explique Jurai Hromkovič. La pratique les a donc toutes convaincues.

 

Il faut porter le plus grand soin à la formation des enseignants: «Nous pensons en particulier aux enseignantes et aux enseignants qui ne viennent pas du domaine de l’informatique.» En général, ils disposent de connaissances basiques, mais il leur manque des compétences plus pointues. C’est pourquoi l’ABZ propose non seulement des manuels, mais aussi un savoir-faire en matière de didactique et même un accompagnement de l’enseignement.

 

 

Bien plus que programmer


La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré dans son discours inaugural à la foire de l’informatique CeBIT 2017 que la programmation est l’une des compétences de base à côté de la lecture, de l’écriture et du calcul. Certains penseront que cette affirmation est totalement exagérée – tous les écoliers devraient-ils tout à coup devenir des programmateurs
?

 

 

Il ne s’agit en aucun cas de cela, les experts sont unanimes à ce sujet. Pour le pégagogue des médias Steve Bass de l’école primaire de Regensdorf, il est fondamental que cette nouvelle branche ait un lien avec la réalité vécue: «J’ai une voiture, et même si je ne sais pas en détail comment elle fonctionne, j’ai une notion du fonctionnement de son moteur. Il devrait en être de même avec l’informatique: il est important que je sache pourquoi un logiciel réagit d’une façon et pas d’une autre. Il en va de même avec la construction des appareils puisqu’en général, ils sont constitués par des systèmes relativement simples.» L’un des aspects fondamentaux de l’enseignement de l’informatique est de permettre aux élèves d’être plus que de simples utilisateurs de l’univers numérique et d’y prendre une part plus active.

«Il est important que je sache pourquoi un logiciel réagit d’une façon et pas d’une autre.»

Steve Bass, pédagogue des médias, école primaire de Regensdorf

Jurai Hromkovič insiste également sur le fait qu’il n’est pas question de mettre à disposition de l’économie des programmateurs, mais plutôt d’initier les écoliers à la perspective des disciplines techniques: «Le but est de développer la capacité de résoudre un problème, de chercher des solutions et d’expérimenter jusqu’à ce qu’une stratégie soit trouvée et soit traduite dans un langage de programmation, qui pourra à son tour être testé sur un ordinateur.» Selon lui, aucune autre branche d’enseignement ne traite suffisamment ce processus de production des connaissances, qui consiste à faire germer une idée et à élaborer une solution avant de pouvoir la mettre à l’épreuve de la pratique et l’améliorer.

 

 

L’informatique stimule de nombreuses compétences


Un enseignement de l’informatique qui va au-delà de l’apprentissage de Word, Excel et Cie n’améliore pas seulement la capacité à résoudre des problèmes. Il stimule en général les compétences cognitives des écoliers. Sur la base de tests cognitifs, l'
American Psychological Association est arrivée à la conclusion que les élèves ayant bénéficié d’un enseignement de l’informatique obtiennent des résultats 16 pour cent meilleurs à ceux n’ayant pas suivi de tels cours.

«Les erreurs sont un encouragement à analyser ce qui est allé de travers et à le corriger. C’est la manière de procéder des sciences, que les écoliers eux aussi apprécient.»

Steve Bass, pédagogue des médias, école primaire de Regensdorf

Dans le livre de l’enseignant de l’un des manuels de l’ABZ, Jurai Hromkovič insiste sur l’interdépendance de l’informatique et du langage: à la base d’un langage, il y a une écriture. Et la première écriture connue est celle des Sumériens, qui a été développée pour une tâche typique de l’informatique, c’est-à-dire la compilation et le stockage des données fiscales d’un million d’habitants. C’est la raison pour laquelle le manuel d’informatique destiné au degré supérieur approfondit l’histoire de l’écriture et le développement du langage et de ses applications en le mettant en parallèle avec les codes de programmation que les écoliers développent eux-mêmes. Le fait d’apprendre comment est structuré un langage et comment on s’en sert pour s’exprimer stimule les compétences linguistiques dans leur ensemble.

 

Steve Bass fait intervenir une dimension supplémentaire: «Dans la vie et à l’école, les erreurs sont quelque chose d’idiot qu’on doit éviter. Elles sont marquées en rouge et donnent de mauvaises notes.» Quand on programme ou quand on joue, c’est tout à fait différent. Là aussi, les erreurs sont désagréables, mais elles nous renseignent sur la manière de nous améliorer. «C’est un encouragement à analyser ce qui est allé de travers et à le corriger. C’est la manière de procéder des sciences, que les écoliers eux aussi apprécient.»

 

Cours sur les médias

Dans le cadre du programme «Internet à l’école», Swisscom propose des cours sur les médias s’adressant aux parents, aux écoliers ainsi qu’aux enseignants. Les cours sont organisés par les écoles et leurs contenus dépendent du niveau d’enseignement des élèves. Ce matériel d’enseignement adapté aux besoins de chaque école aide à sensibiliser les participants aux médias numériques.

 

 

 

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