Série: Qui l'a inventé?

Videotex – le précurseur suisse d'internet

Des chats, des jeux, de l’e-banking et même une boutique en ligne: en 1984, les PTT ont lancé après cinq ans de développement une sorte d’internet helvétique. Pourtant, ce service est arrivé trop tôt – heureusement d’ailleurs pour le véritable internet.

Roger Baur (texte), 20 avril 2016

Il arrivait par la poste. C’était un paquet de sept kilos, de trente centimètres de haut et d’un demi-mètre de large. Le contenu: un écran noir-blanc qui sentait le plastique neuf. Avec cet appareil, on n’avait pas de programme de traitement de texte, ni de disquette, mais avec son modem intégré, il était prêt à l’emploi.

 

Ordinateur connecté et téléphone en un: le premier terminal Videotex des PTT pouvait seulement être loué pour 14 francs par mois.  

 

 

Sur pression d’un bouton, on entrait par la ligne téléphonique sur l’autoroute des données, ou plutôt dans la «rue résidentielle de données» vu la lenteur du service et les possibilités graphiques limitées qui rappellent le Teletext actuel.

 

Des prestataires de service tels que Beate Uhse se limitaient à proposer de courtes histoires ou des dessins au tarif de 2 francs la minute.

 

Shopping et banking

 

A la différence du Teletext, le Videotex offrait un annuaire électronique, des plateformes de chat, une espèce de système de courrier électronique, du shopping en ligne chez Jelmoli et du télébanking, qui ressemblait d'ailleurs beaucoup à l’e-banking d’aujourd’hui.

 

On trouvait dans le Videotex des agendas des spectacles ainsi qu’une espèce de système de courrier électronique.  

 

 

Les PTT de l’époque, qui étaient encore totalement étatisés, toléraient même des jeux de questions et des services érotiques payants. La technologie de transmission, dont le débit ne dépassait pas 1,2 Kbit/s, ne permettait toutefois pas de télécharger des photos ou des films. Des prestataires de service tels que Beate Uhse se limitaient à proposer de courtes histoires ou des dessins au tarif de 2 francs la minute.

 

 

Un précurseur d’internet onéreux

 

Même la consultation de l’horaire des CFF était facturée à 20 centimes la minute, auxquels il fallait ajouter les diverses taxes d’utilisation qui fluctuaient d’une année à l’autre et pouvaient faire monter le tarif jusqu’à 28 centimes la minute.

Le World Wide Web à ses débuts a mis à profit de nombreuses infrastructures prévues pour le Videotex.

Ce projet était condamné à sa perte. Au début des années nonante, le Videotex luttait pour sa survie et est devenu un enjeu politique. Les PTT avaient donc mis en place un réseau de données dont personne n’avait besoin? C’est l’impression que cela donnait jusqu’à l’arrivée d’internet, qui à ses débuts a pu mettre à profit une grande partie des infrastructures prévues pour le Videotex.

En 1995, le Videotex est passé en mains privées. Les nouveaux propriétaires ont poursuivi son exploitation sous le nom de «Swiss Online» et le commercialisaient en combinaison avec un raccordement internet. Pendant cinq ans, le Videotex serait encore la première adresse quand il s’agissait d’e-banking. Puis, le 30 septembre 2000, il avait fait son temps. Les personnes qui disposaient encore d’un terminal ont reçu son dernier message: elles devaient le retourner par la poste pour qu’il puisse être éliminé.

 
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