Médecine et prévention 2.0

La santé connectée

Grâce aux progrès de l’électronique, le monitorage des paramètres du métabolisme s’introduit dans nos vies quotidiennes et ouvre de nouveaux champs à la médecine.

Laurent Seematter (texte), 10 novembre 2015

Jamais il n’a été aussi facile qu’aujourd’hui de mesurer de manière précise la distance parcourue à pied, le rythme cardiaque et le nombre de calories brûlées. L’engouement pour mesurer ses performances physiques n’est plus seulement l’apanage des sportifs d’élite puisqu’il suffit de porter un bracelet équipé d’un capteur électronique et de le connecter à son smartphone pour disposer de toutes les données souhaitées.


Gary Wolf est le fondateur en Californie du mouvement «quantified self» (quantification de soi) et de la plateforme sociale du même nom, qui regroupe des applications permettant à chacun de mesurer ses données physiologiques, de les analyser et de les partager avec ses amis sur les réseaux sociaux. Dans une interview accordée au magazine santé 36.9° de la RTS, il explique que le but de l’auto-monitorage des performances physiques n’est pas seulement une collecte obsessive de données statistiques: «La réflexion sur soi et la quantification de soi ont un impact énorme sur notre capacité à changer.»

«La réflexion sur soi et la quantification de soi ont un impact énorme sur notre capacité à changer.»

Gary Wolf, fondateur du mouvement «quantified self»

Bouger en réseaux


Dans le même esprit, Swisscom a lancé une initiative pour motiver ses collaborateurs à bouger davantage. Equipés du podomètre Fitbit, les participants forment des équipes concurrentes qui se fixent chacune des objectifs en termes d’activité physique. «L’intérêt était de donner aux employés un outil qui leur permet de prendre conscience de leur santé», déclare Stefano Santinelli, responsable e-santé chez Swisscom.

 

Que se passe-t-il toutefois avec les données récoltées? Elles sont centralisées sur les serveurs du fabricant de Fitbit aux Etats-Unis et Swisscom n’y a pas accès. Les questions relatives à la sphère privée et à l’exploitation de cette mine d’informations sur les habitudes sportives de millions d’usagers constituent un sujet très sensible. Des observateurs critiques de la digitalisation font remarquer qu’en l’absence de contrôles stricts, ces données pourraient être exploitées par des compagnies d’assurance maladie pour sélectionner leurs assurés ou par des entreprises pour cibler leurs campagnes de marketing.

 

 

Le survêtement connecté de la marque SenseCore est équipé de capteurs qui mesurent les paramètres vitaux de l'athlète pendant son entraînement.

 

 

Une médecine plus précise

 

Ces nouvelles technologies de mesures trouvent des applications particulièrement sophistiquées dans des vêtements dits intelligents. Le Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM) à Neuchâtel a développé sur mandat de l’Agence spatiale européenne (ESA) un survêtement dans lequel sont insérés des filaments sensibles qui mesurent des paramètres physiologiques tels que l’activité cardiaque et respiratoire, la température du corps et la pression sanguine. Ces données captées en continu permettent de surveiller à distance le métabolisme de personnes exposés à des conditions extrêmes (cosmonautes, pompiers) ou d’effectuer le monitorage de personnes vulnérables (seniors, personnes souffrant de maladies chroniques en phase pré- et post-opératoire).


Un autre exemple est le pansement intelligent. Equipé de fibres optiques spéciales capables de mesurer des données physiologiques telles que le pH, le glucose, le lactate et les protéines inflammatoires présentes au niveau de la plaie, ce pansement suit le processus de cicatrisation en temps réel et informe le personnel soignant en cas d’infection pour qu’il puisse immédiatement mettre en œuvre les soins nécessaires.


Aujourd’hui déjà, les diabétiques insulino-dépendants peuvent confier la surveillance de leur taux d’insuline à une sonde électronique qui les avertit en cas d’hypoglycémie. Ils gagnent ainsi en qualité de vie, car ils peuvent réduire leurs piqûres d’insuline au strict nécessaire. La santé connectée, en récoltant un nombre croissant d’informations en temps réel, nous aide à améliorer la prévention et à intervenir à des stades toujours plus précoces des maladies. Elle jouera certainement un rôle central à l’avenir dans l’amélioration des soins en favorisant un ciblage et un dosage plus précis des médicaments.

 

 

Pour en savoir plus
 

Magazine santé 36.9° (RTS, émission du 23 avril 2014): rts.ch

 

Site internet du mouvement «quantified self»: quantifiedself.com

 

Montres connectées pour les passionnés de sport: swisscom.ch

 

 

 

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