Reconnaissance vocale de Swisscom TV 2.0

Une télécommande à votre écoute

Parlez à votre télécommande. Elle ne vous répondra certes pas, mais exécutera vos ordres. Rien de plus facile que de choisir vos chaînes en les nommant. Cette nouvelle fonction de Swisscom TV 2.0 a été développée par une start-up valaisanne.

Christoph Widmer (texte), Thomas Andenmatten (photos), 21 novembre 2016

Il suffit désormais par exemple de prononcer le nom d’une chaîne, le titre d’un film ou le nom d’une actrice pour obtenir une liste de résultats répondant au mot prononcé. Vous n’avez ensuite plus qu’à sélectionner l’option qui vous convient.

 

 

Recapp: les pionniers de la reconnaissance des dialectes

 

La reconnaissance vocale de Swisscom TV 2.0 fonctionne avec les trois langues nationales et même avec les dialectes alémaniques. David Imseng, le CEO de la start-up valaisanne recapp est à la tête de ce projet. Pour l’entrepreneur de 33 ans, il s’agit là d’un joli «cas d’utilisation», bien qu’il ne s’agisse pas du métier de base de recapp. L’entreprise développe avant tout des solutions pour automatiser la rédaction des procès-verbaux.

Le logiciel enregistre les délibérations du parlement et les retranscrit automatiquement tout en formatant les textes et en générant leur ponctuation.

Le Grand Conseil du canton du Valais utilise déjà un tel système. Le logiciel enregistre les délibérations du parlement et les retranscrit automatiquement tout en formatant les textes et en générant leur ponctuation. Les discours sont archivés dans une mémoire en ligne, où il est possible d’effectuer des recherches en entrant des mots clés ou le nom de l’orateur.

 

 

Outre David Imseng (à g.), le développeur Michel Chanton (au centre) ainsi que le CTO Andreas Kobler (à dt.) et Erika Imseng font également partie de l’équipe. 

 

 

David Imseng a trouvé l’inspiration pour son projet au cours d’un voyage d’études aux Etats-Unis, où il a observé le fonctionnement de la reconnaissance vocale pour l’anglais. Il s’est alors dit qu’il allait mettre en place un système semblable pour la Suisse. «A la fin de mon doctorat, je me suis mis à développer un système de reconnaissance vocale pour le dialecte alémanique du Valais. Nous savions que la reconnaissance vocale pouvait aussi fonctionner avec les dialectes, mais malgré la publication de ma thèse, il ne se passait rien.» En 2014, David Imseng a alors décidé de commercialiser lui-même cette technologie. La start-up recapp était née.

 

Aujourd’hui, l’entreprise compte encore trois collaborateurs supplémentaires: il s’agit du CTO Andreas Kobler, qui a déménagé au Valais à cause de sa petite amie et qui était à la recherche d’un nouveau job, et du développeur Michel Chanton de Viège. «Michel est l’ami d’un ami d’un ami, comme c’est parfois la cas ici au Valais», explique David Imseng.

 

 

La start-up ReCAPP a aussi appris le dialecte valaisan à la télécommande et à la TV Box.

 

 

Erika, l’épouse de David Imseng, appartient aussi à l’équipe: «Erika et moi, nous sommes en quelque sorte complémentaires», poursuit-il en insistant sur le fait qu’ils n’ont aucun problème à séparer leur vie professionnelle de leur vie privée. Pour ce qui est de la distribution des rôles à l’intérieur de l’entreprise, c’est un peu plus confus: «Je suis plutôt un chercheur et n’ai pas forcément la trempe d’un CEO. Ma femme correspond davantage à ce profil», admet-il en riant. Erika Imseng est titulaire d’un master en gestion d’entreprise, et selon les propres dires de son mari, elle a un sens des affaires plus aigu que lui. Puis, il relativise son analyse: «Mais pour l’instant, je crois tout de même que je remplis bien ma fonction de CEO, car je peux exactement expliquer à nos clients ce qui est techniquement faisable.»

 

 

Swisscom a épaulé le projet

 

C’était également le cas avec le mandat de Swisscom. La reconnaissance vocale des dialectes alémaniques dépend naturellement de la prononciation des locuteurs et fonctionne mieux lorsque leur dialecte se rapproche de l’allemand standard. Il n’en demeure pas moins que des téléspectateurs de toute la Suisse peuvent désormais sélectionner leurs programmes en parlant leur langue ou leur dialecte. David Imseng reste cependant modeste: «C’est une grande satisfaction d’avoir pu travailler sur ce projet et tous les collaborateurs de recapp en sont très fiers. La reconnaissance vocale n’est toutefois pas le résultat des efforts d’une seule personne.»

 

 

Les entreprises valaisannes Idiap et Keylemon ont participé au développement de la reconnaissance vocale de Swisscom TV pour les dialectes avec David Imseng.  

 

 

C’est ainsi que Swisscom a aussi apporté sa pierre à l’édifice. Des collaborateurs de toute la Suisse ont envoyé des séquences vocales pour aider au développement du système. David Imseng évoque aussi la contribution de deux partenaires de Martigny: l’Idiap, l’institut de recherche indépendant en intelligence artificielle, ayant élaboré le prototype et la start-up Keylemon, qui a été chargée de l’implémentation du logiciel pour Swisscom TV 2.0.

 

 

Des postes de travail pour le Valais

 

La nouvelle Box Swisscom TV 2.0 prouve que le Valais est aussi un pôle technologique. The Ark, la fondation cantonale pour l’innovation, soutient chaque année quinze start-up innovantes. «Avec The Ark, le Valais a réussi à mettre en place un système régional encourageant l’innovation. Les projets de PME et de start-up issues de la recherche se multiplient», relève Paul-André Vogel, membre du conseil de la fondation The Ark et coach CTI.

«Siri et Cortana ne fonctionnent guère dans notre quotidien, car ici nous parlons le dialecte.»

David Imseng, CEO de la start-up recapp

«Le Valais s’est transformé avec succès en pôle technologique. Ici, l’industrie représente un quart de l’activité économique. Mais les clichés ont la vie dure et beaucoup associent encore toujours notre canton avec le ski, la raclette et le fendant et ne peuvent pas s’imaginer qu’une entreprise comme recapp puisse être domiciliée ici. Il reste donc encore beaucoup de travail d’information à faire.»

 

 

Le Valais: centre de technologie

 

Sans recapp, David Imseng travaillerait probablement encore à l’Idiap ou serait parti à la Silicon Valley. La jeune entreprise rêve de développer ses activités à l’étranger. Le CEO ne sait pas si l’entreprise restera toujours au Valais, mais pour le moment, il s’y plaît et la start-up contribue ainsi au rayonnement technologique du canton. «On entend souvent dire des jeunes Valaisans qu’ils quittent le canton pour faire des études et qu’ils n’y retournent jamais parce qu’ils n’y trouvent pas de travail», explique David Imseng. «C’est bien notre but de monter ici une entreprise qui ouvre des perspectives d’emploi.»

 

Les systèmes de reconnaissance vocale Siri ou Cortana laissent David Imseng assez froid. «Ils ne fonctionnent guère dans notre quotidien, car ici nous parlons le dialecte.» Dans son optique, les machines ne sont pas sensées remplacer les interlocuteurs humains. Le système de reconnaissance vocale de n’est qu’un outil supplémentaire, il doit nous simplifier nos recherches sur la Box TV 2.0. David Imseng considère l’humanisation des ordinateurs d’un œil critique : «La reconnaissance vocale n’est pas une fin en soi, l’ordinateur n’est pas ton ami, et j’espère bien que cela restera ainsi.»

 

La télévision intelligente

La télécommande de Swisscom TV 2.0 a été distinguée par un prix. Elle permet de contrôler toutes les fonctions de sa TV Box en utilisant seulement quelques touches. Grâce à Voice Search, la télécommande répond aussi aux ordres vocaux.  

 

 

 

 

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