Traitement numérique de l’image

Vive le régime Photoshop?

L’esprit est plein d’ardeur, mais la chair est faible. Notre auteur Helmi Sigg n’a pas seulement accumulé des années, mais aussi des kilos. Il a décidé de s’adresser aux meilleurs spécialistes pour démarrer son régime sans douleur.

Helmi Sigg (texte), Barbara Sigg (photos), 20 juillet 2016

Pour moi, il n’y avait aucun doute à ce sujet: je voulais recouvrer la silhouette de ma jeunesse. Et naturellement, comme il est de coutume de nos jours, je voulais que ça aille vite. C’était jouable, bien que seulement du point de vue optique. Quand on feuillète les glamoureux magazine en papier glacé, on n’est pas seulement submergés par les dernières tendances de la mode, mais aussi par des modèles dotés de corps parfaits et de visages immaculés.

 

On aimerait être comme eux. Alors on s’achète ces chiffons à des prix prohibitifs et on se fait très vite rattraper par la réalité. Bon, on se console en se disant que les pizzas congelées non plus n’ont pas le même aspect que sur la photo de l’emballage. C’est ainsi qu’on maquille la «réalité» et que toutes les photos subissent un traitement intensif avant d’être publiées dans les magazines. Aucune photo ne correspond au cliché réalisé par le photographe.



Les magiciens numériques du traitement de l’image

 

Tous les photographes commerciaux, tous les médias travaillent avec des spécialistes du traitement de l’image. Autrefois, on les appelait «retoucheurs», ils gommaient les imperfections sur les négatifs à l’aide d’un pinceau, d’une lame de rasoir ou d’un airbrush.

Nobody is perfect. Mais en traitant l’image, tout devient reluisant.

Nous voici arrivés à l’ère numérique, les outils sont devenus plus sophistiqués, mais les exigences n’ont pas changé: obtenir une illusion de la perfection. Et comme personne n’est parfait, on donne un petit coup de pouce en retravaillant les photos. Tant qu’on est conscient de l’existence de ces manipulations, on peut sans problème goûter à toutes ces belles images.

 

Par contre, si on rêve d’émuler ces modèles, les conséquences peuvent être désastreuses. C’est aussi très dangereux quand de présumées «vraies» photos prises dans des zones en guerre sont modifiées à des fins de propagande. Exemple: une photo de la guerre d’Irak pour laquelle son auteur a été primé. Par la suite, le photographe a dû admettre qu’il l’avait manipulée en fusionnant deux images de sorte à modifier totalement la perception du sujet représenté.

 

 

Transformez-moi en prince

 

Laissant libre cours à mon narcissisme, je me suis laissé convaincre d’entreprendre un régime Photoshop. Et bien entendu, je me suis adressé à des experts en la matière Süsstrunk & Jericke, qui travaillent entre autres pour Vogue (Germany, Paris, China), Harpers Bazaar, National Geographic, ou Annabelle, NZZ Folio et L’Officiel Suisse.

 

 

Les spécialistes du traitement de l’image: Bruno Jericke (à gauche) et Remo Süsstrunk.  

 

 

Nous avons donc fait tirer notre portrait, où nous ne faisions pas trop bonne figure, et l’avons ensuite transmis à l’atelier des magiciens de la Hegibachstrasse à Zurich. Dans notre entretien préalable avec Remo Süsstrunk, nous avons convenu qu’il effectuerait le traitement en deux étapes: tout d’abord, une version qui répondrait à ses exigences de professionnel et ensuite une deuxième version, qui exaucerait mes caprices de client et sur laquelle je ressemblerais à un prince (haha!).

 

 

1/3 Pour une campagne publicitaire des transports publics de l’agglomération zurichoise ZVV, les retoucheurs ont suspendu des noctambules comme des chauve-souris au plafond d’une gare.

2/3 Remo Süsstrunk et Bruno Jericke se prêtent au jeu de Photoshop.

3/3 Optimisation progressive: la fantastique métamorphose de Helmi S.

1/3 Pour une campagne publicitaire des transports publics de l’agglomération zurichoise ZVV, les retoucheurs ont suspendu des noctambules comme des chauve-souris au plafond d’une gare.

 

 

Remo Süsstrunk et son partenaire Bruno Jericke n’ont pas seulement eu grand plaisir au travail de retouche, ils ont aussi eu un grand travail tout court. Mes désirs particuliers ont requis 19 heures de labeur.

 

 

Être et paraître

 

Remo Süsstrunk me confie que depuis quelques temps, il arrive de plus en plus fréquemment qu’il doive «envelopper» des modèles trop sveltes. «Le secteur de la mode et de nombreux photographes préfèrent travailler avec des femmes très maigres, car elles ont meilleure allure dans les habits et elles sont plus faciles à photographier», ajoute Jericke. «Ces tendances à l’anorexie provoquent aussi souvent la croissance d’un duvet sur leur visage, qui modifie la couleur du maquillage et qui doit ensuite être gommé au prix d’un traitement minutieux de l’image.»

 

 

On va faire disparaître ce ventre et insérer une tablette de chocolat.

 

 

Dans le secteur de la photo, on ressent une grande pression. Au lieu de cinq sujets, il faut aujourd’hui en photographier huit. Tout doit aller très vite et cela oblige aussi nos spécialistes des retouches à travailler 24 heures sur 24 pour exaucer toutes les attentes des clients, même les plus extravagantes.

En rehaussant mon «sixpack» en «eightpack», ils ont fait fi des limites de l’anatomie et créé une sensation esthétique!

Pour exaucer mon souhait de ressembler à un prince, les deux experts ont dû mettre en œuvre tout leur savoir-faire et tout leur génie, mais à un certain moment, ils ont buté sur les limites de mon anatomie. Alors, ils n’ont plus seulement modifié l’apparence de mon corps, ils lui ont carrément substitué certains morceaux. Dans le jargon de la branche, cela s’appelle faire du «composite», c’est-à-dire assembler divers éléments.

 

Et au cours de leurs opérations, les spécialistes n’ont pas manqué d’humour: en rehaussant mon «sixpack» en «eightpack», ils ont fait fi des limites de l’anatomie et créé une sensation esthétique!

 

Morale de l’histoire: après ce régime, je me suis résolu à bouger davantage et à perdre aussi du poids dans la vraie vie. Promesse de votre prince Helmi.

 

 

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