Le télétravail séduit les Suisses

Maison, boulot, dodo

Effectuer des tâches un à deux jours depuis son domicile plutôt qu’au bureau permet d’épargner des trajets et dope la productivité. Témoignages.

Claire Martin (texte), Mark Henley (photos), 19 mai 2016

«Au bureau, on est toujours interrompu par quelqu’un qui arrive, un appel ou un meeting. La plus grande part de mon activité consiste à rédiger des textes. Une tâche que j’effectue au mieux lorsque je suis au calme chez moi.» D’origine américaine, Colleen Monney est une collaboratrice du département de marketing de l’école hôtelière de Glion sur la Riviera vaudoise. Deux jours par semaine, elle fait du télétravail en se connectant au réseau internet de son entreprise depuis son domicile à Estavayer-le-Lac.

 

 

Colleen Monney apprécie de pouvoir travailler depuis son domicile à Estavayer-le-Lac.

«Le télétravail fonctionne très bien pour les jobs où l’on est évalué sur les résultats et non sur le nombre d’heures passées au bureau.»

Colleen Monney, collaboratrice d’un département de marketing

«Lorsque j’ai déménagé, j’ai proposé cette solution à ma supérieure, qui l’a approuvée. Sans cela, les trajets seraient devenus trop lourds et j’aurais dû quitter mon poste», relate cette jeune mère de deux enfants. «Le télétravail fonctionne très bien pour les jobs où l’on est évalué sur les résultats et non sur le nombre d’heures passées au bureau. Le fait que je ne sois au siège qu’un jour par semaine ne pose aucun problème.»

 

 

Tous les outils nécessaires en ligne
 

Grâce à internet, entreprises et salariés ont depuis quelques années tous les outils nécessaires à disposition pour le travail à distance. Skype ou les hangouts de Google permettent d’organiser des vidéoconférences en deux clics. Une inscription gratuite sur Dropbox et les documents peuvent être partagés par toute une équipe. Pour les échanges courants, un programme de «chat» comme Messenger de Facebook. Et la gestion de projet s’élabore à l’aide d’un logiciel type Basecamp.


 

Les espaces publics, par exemple le lobby d'un hôtel, peuvent également se transformer en lieux de travail.  

 

 

Indépendant depuis 2012, le spécialiste en communication digitale Blaise Reymondin souligne: «Les études démontrent les unes après les autres combien l’open space pèse sur la productivité. Aujourd’hui, les technologies permettent d’avoir à disposition les informations nécessaires sous la main, indépendamment du lieu et des horaires. Personnellement, j’ai un bureau chez moi mais un environnement extérieur m’insuffle davantage d’énergie. J’adore l’ambiance des halls d’hôtels, où l’on peut s’installer avec un café pour une plage de concentration d’une à deux heures.»

«Le rendement est bien meilleur lorsque l’on travaille chez soi.»

Blaise Reymondin, spécialiste en communication digitale

 

Espace de coworking Les Voisins à Genève.  

 

 

L’essor des espaces de coworking

L’espace de coworking, c’est la forme de télétravail qu’a choisie la société de biotechnologie Regen Lab, basée au Mont-sur Lausanne. Créée en 2001 par l’entrepreneur Antoine Turzi, la firme met au point de nouvelles thérapies cellulaires destinées notamment au traitement de l’arthrose.

«Je suis favorable au télétravail mais je m’oppose à l’idée que nos collaborateurs travaillent depuis leur domicile.»

Carlo Turzi, directeur adjoint de Regen Lab

Spécialiste des produits, Marc Moghbel dispose de la possibilité de travailler depuis les locaux de l’espace genevois Les Voisins. «Je suis sans cesse en déplacement et j’apprécie d’économiser des trajets en pouvant rester sur Genève lorsque je dois m’y rendre pour des rendez-vous. Je ne voudrais pas travailler depuis mon appartement, à Aubonne, car j’aurais de la peine à y être efficace.» 

Directeur adjoint de Regen Lab et fils du fondateur, Carlo Turzi prolonge: «Situé près de la gare de Genève et du centre hospitalier avec lequel nous collaborons, l’espace Les Voisins nous rend vraiment service. Je suis favorable au télétravail mais je m’oppose à l’idée que nos collaborateurs travaillent depuis leur domicile. Je préfère qu’ils s’installent dans un cadre dédié offrant les facilités usuelles ainsi qu’une ambiance de bureau.»

 

Selon l'étude Sotomo «La Suisse interconnectée 2016», 45% des personnes qui ont de longs trajets jusqu'à leur lieu de travail souhaitent travailler davantage à domicile.

 

 

Même les grandes entreprises s’y mettent

 

Les gros employeurs helvétiques semblent quant eux gagnés au principe du télétravail. Sept entreprises – Microsoft Suisse, La Mobilière, La Poste, les CFF, Swisscom, la SSR et Witzig The Office Company – ont signé en 2015 une charte commune sous l’impulsion de l’initiative internationale Work Smart. Selon celle-ci, les compagnies qui n'exigent plus une présence physique mais définissent des objectifs rendent les employés plus productifs et créatifs. De surcroît, d’après une étude commandée par Work Smart, le télétravail permettrait de réduire les flux de pendulaires de 13% aux heures de pointe.

 

 

Les syndicats prudents

 

Mais les syndicats mettent quelques bémols à cet engouement. Unia pointe que le travail flexibilisé, basé sur la confiance et effectué à distance peut devenir un facteur de pression pour les salariés. Un arrangement susceptible de créer stress et surmenage. En effet, la limite entre vie privée et vie professionnelle s’atténue, et les heures supplémentaires sont souvent passées sous silence.

 

 

Le télétravail gagne du terrain
 

Selon une étude du cabinet Deloitte parue en février dernier, plus d’un quart de la population suisse (28%) travaille régulièrement depuis son domicile. Parallèlement, les espaces de «coworking» se multiplient. D’une trentaine en 2014, leur nombre est maintenant passé à une cinquantaine et devrait encore s’accroître, selon Deloitte.

 

Etude du cabinet Deloitte sur l'espace de travail du futur.

 

 

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