Jeux vidéo thérapeutiques

Jouer sur ordonnance

Une blessure, une maladie neurodégénérative ou des problèmes psychiques: quand le cerveau ne fonctionne (plus) correctement, la médecine recourt de plus en plus souvent aux jeux électroniques comme moyen thérapeutique.

Dr. Jörg Rothweiler (texte), zVg (photos), 7 avril 2016

Lorsque Fabien déballe sa console de jeux vidéo, sa mère le regarde avec un sourire. En effet, ce qui provoquerait la colère d’autres parents, représente pour ce garçon de huit ans bien plus qu’un passe-temps. Pour Fabien, la pratique du jeu vidéo a été prescrite par un médecin et doit l’aider à améliorer sa qualité de vie.

 

 

Dans le jeu «Re-Mission 2», il s'agit de combattre le cancer au moyen d'une chimio- et d'une radiothérapie.

«Le jeu vidéo aide Fabien à améliorer son sens sens de l’équilibre et ses capacités motrices.»

Fabien souffre de paralysie cérébrale, une infirmité entraînant des troubles moteurs en raison d’une lésion cérébrale survenue dans la prime enfance. Le jeu vidéo dans lequel Fabien transmet ses mouvements au héros contribue – en conjonction avec des exercices de musculation et de physiothérapie – à améliorer son sens de l’équilibre et ses capacités motrices. Des études démontrent que ces progrès sont particulièrement durables.

 

 

Jouer abrutit? Bien au contraire!
 

L’effet positif des jeux vidéo dans le cadre du traitement des maladies neurologiques réside dans une augmentation de la substance grise du cerveau. Cet effet est reconnu dans la réadaptation neurologique: un entraînement intensif et continu aide à récupérer ou du moins à conserver des compétences perdues suite à des lésions cérébrales ou à une maladie neurodégénérative.

 

«X-Torp» est un jeu spécialement développé à l'attention des personnes atteintes d'Alzheimer.  

 

 

Ce qui est nouveau, c’est le choix de la méthode. Au lieu de recourir à l’ergothérapie et à la physiothérapie, on met en œuvre des thérapies faisant appel à des ordinateurs ou à des robots. Cette stratégie permet de réduire les coûts. Les jeux vidéo sont bon marché et peuvent être utilisés à la maison. De plus, ils procurent du plaisir, ce qui motive les patients à s’entraîner plus longtemps et plus souvent. Dans le cas idéal, les joueurs analysent eux-mêmes leur performance et adaptent le degré de difficulté et la vitesse en conséquence. Ainsi, il est même possible de conclure une journée «difficile» sur une expérience positive.

 

 

Les jeux sont conçus pour répondre aux particularités de chaque thérapie.  

 

 

Pour qu’un jeu produise le maximum d’effets contre une maladie donnée, il doit être prescrit de manière individualisée, comme un médicament. Le Groupe Genious, une entreprise de Montpellier, se consacre au développement de telles méthodes thérapeutiques. A côté du jeu «X-Torp» conçu pour les personnes atteintes d'Alzheimer, l’entreprise a aussi développé «Toap Run», un jeu spécialement destiné au traitement de la maladie de Parkinson et qui se trouve actuellement en phase de test à la clinique parisienne Pitié-Salpêtrière.

 


Une taupe contre le Parkinson


Les personnes souffrant de la maladie de Parkinson ont des mouvements ralentis, saccadés et qui peuvent s’interrompre brusquement pendant plusieurs secondes voire plusieurs minutes. Par ailleurs, elles manquent souvent de motivation, se fatiguent rapidement et présentent des problèmes d’équilibre.

«Grâce au jeu, la cognition, l’attention, la mémoire et la motivation s’améliorent. La qualité de vie s’en trouve globalement augmentée.»   

Les enfants ayant joué avec «Re-Mission» ont pris leurs médicaments de manière plus régulière et avaient le sentiment de pouvoir entreprendre eux-mêmes quelque chose contre leur maladie.

 

 

Le jeu «Toap Run» tient compte de tous ces aspects en exigeant du joueur qu’il guide avec ses mouvements une taupe, qui chemine sur la terre et dans l’eau en quête de monnaies. Au cours de son itinéraire, la taupe doit aussi contourner des obstacles. Les mouvements du patient, qui sont filmés par une caméra, sont simultanément transmis à la figure du jeu. Le patient doit physiquement éviter les obstacles virtuels apparaissant sur l’écran en faisant un pas de côté, en se baissant ou en contrebalançant avec son corps les oscillations de la planche à roulette sur laquelle se déplace la taupe.

«Le jeu exerce donc non seulement l’amplitude et la vitesse des mouvements, mais aussi la coordination, l’équilibre, la capacité visuelle et la capacité cognitive.»

Une musique rythmique spécialement composée à cet effet aide le patient à garder le tempo et à éviter d’éventuels blocages. Le joueur doit également évaluer correctement les obstacles et contrôler agilement ses mouvements. Le jeu exerce donc non seulement l’amplitude et la vitesse des mouvements, mais aussi la coordination, l’équilibre, la capacité visuelle et la capacité cognitive.

Le résultat est convaincant: d’après les premiers résultats de l’étude, les joueurs gagnent en assurance, font moins de chutes et se déplacent de façon plus fluide. Ils améliorent aussi leur cognition, leur attention, leur mémoire et leur motivation. Leur qualité de vie s’en trouve globalement augmentée.


 

 
JEU DE TIR CONTRE LE CANCER


Bien que cela paraisse ironique, c’est bel et bien un jeu de tir qui a permis aux jeux vidéos de s’imposer dans la médecine. Dans le cadre d’une importante étude analysant l’effet thérapeutique des jeux vidéo, des chercheurs de l’Université de Stanford aux Etats-Unis ont traité 375 enfants atteints du cancer d’une part de manière conventionnelle et d’autre part avec en plus le jeu «Re-Mission». Dans ce jeu, un enfant du nom de Roxxi doit combattre des tumeurs cancéreuses avec des «armes» telles que la chimio- et la radiothérapie.

Résultat de l’étude: les enfants ayant joué avec «Re-Mission» ont pris leurs médicaments de manière plus régulière et avaient le sentiment de pouvoir entreprendre eux-mêmes quelque chose contre leur maladie. Cette conviction de pouvoir prendre en charge sa maladie est absolument centrale dans le processus de guérison.

«Re-Mission 2» peut être obtenu gratuitement. Les six jeux peuvent être utilisés sur PC et Mac ainsi que sur les smartphones iOS et Android.

 

 

 

 

Jouer pour la psyché


Mais ce ne sont pas seulement la motricité et la cognition qui s’améliorent grâce aux jeux vidéo, la psyché peut aussi en bénéficier. C’est le cas avec un jeu qui reconstitue un jour dans la vie d’un enfant atteint de psoriasis. Depuis le lever jusqu’au coucher en passant par la douche matinale, le petit déjeuner et le temps scolaire, l’enfant apprend à gérer au mieux les situations du quotidien grâce aux conseils d’une petite fée (par exemple qu’il doit se masser une crème hydratante après la douche).


La bonne fée répond aussi à des questions du type: Comment expliquer ma maladie à mes petits camarades? Comment parler à mon médecin? Les compétences propres s’en trouvent renforcées, ce qui diminue le stress et améliore la confiance en soi. En corolaire, la réadaptation et l’intégration sociale en sont d’autant facilitées.


Les jeux qui posent des questions de connaissances générales au sujet de son propre corps ou de sa maladie et qui permettent de s’exercer par des jeux de rôle à avoir la réaction adéquate dans des situations tendues augmentent globalement la capacité d’action du patient.

 

Une étude qui vient de se terminer a montré que par l’usage d’un tel jeu, des patients souffrant de lésions cérébrales apprenaient au bout de huit mois déjà à percevoir et à évaluer de manière plus précise leurs déficits et leur handicap physique. Leurs compétences sociales s’en sont trouvées nettement améliorées et la plupart des joueurs se sont sentis de nouveau mieux intégrés socialement.

 

Guérir en jouant

 

Un environnement ludique peut stimuler tout un chacun à donner le meilleur de lui-même. Comme par exemple le jeu de réadaptation «Gabarello», développé par la Zürcher Hochschule der Künste ZHDK  (Haute école zurichoise des arts), qui assiste les enfants dans leur réapprentissage de la marche. «Hotel Plastisse» est un autre exemple de jeu réalisé par la ZHDK: il permet d’effectuer des recherches sur la plasticité du cerveau.

Au cours de trois ans d’études en Bachelor, les têtes créatives de la ZHDK peuvent se former comme Game Designer. Cette filière voue une grande attention aux «serious games», c’est-à-dire aux jeux soutenant des processus d’apprentissage, enseignant des matières complexes de manière ludique ou agissant comme motivateurs sur les patients.

 

 

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