De la salade en provenance de la ferme robotisée
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De la salade en provenance de la ferme robotisée

Marcel (28 ans) et Seline (23 ans) partagent une passion pour les technologies alimentaires durables et innovantes. Alors que Seline étudie l’avenir de la nutrition en master à l’EPF, Marcel a déjà concrétisé sa vision avec la start-up Growcer. L’entreprise cultive et récolte de la laitue grâce à la 5G, à l’intelligence artificielle et à des robots automatisés. 

Seline a visité la première installation d’agriculture verticale en Suisse et a discuté avec Marcel de l’avenir de la nutrition, de l’automatisation de la production et de la mise en réseau intelligente. Elle partage ici ses nouvelles connaissances. 

Dans un bâtiment industriel à Bâle, des LED illuminent toute la pièce d’une lumière violette futuriste. Bien que l’éclairage rappelle celui d’un club branché, sa finalité est beaucoup plus intéressante. Marcel me montre les différentes étapes de la croissance et m’explique pourquoi la lumière artificielle brille de différentes couleurs.

Marcel: Pendant la phase de croissance, toutes les pousses profitent du même spectre chromatique. Toutes les couleurs sont rouge foncé et bleu. Nous pouvons modifier le spectre dans l’autre ferme. La lumière est rougeâtre lorsque les légumes doivent pousser en longueur. Deux jours avant la récolte, nous allumons la lumière bleue.

La ferme me rappelle un laboratoire d’essai dans un film de science-fiction. De la laitue mais aussi des créations exotiques comme la roquette au wasabi poussent sur des tours de trois mètres de haut.  Le système contracyclique permet aux producteurs de récolter des légumes toute l’année. Un robot joue ici un rôle central. L’énorme «bras» nourrit et prend soin des jeunes plants et les place sur l’étagère de droite, un travail fastidieux dont un bras humain devait s’acquitter auparavant. Mais comment le robot sait-il ce qu’il doit faire?

Marcel: Un logiciel décide quand les plantes doivent être semées, transplantées puis récoltées et emballées. Ce logiciel contrôle aussi l’infrastructure complète du bâtiment allant de l’irrigation à l’éclairage en passant par la ventilation.

Marcel explique à Seline les étapes nécessaires à l’agriculture verticale.
La roquette au wasabi passe le test du goût malgré l’environnement peu conventionnel.
Impressionnant: une surface de culture de plus de 1 500 m² prend forme sur seulement 400 m².
C’est ici que les pousses passent leurs deux premières semaines avant de passer sur une autre surface cultivée.
L’installation d’agriculture verticale ressemble aux systèmes intergalactiques.

Contrairement à l’agriculture traditionnelle, cette installation n’utilise pas de terre. Un mélange de laine de noix de coco et de tourbe y est actuellement utilisé. Il sera toutefois bientôt remplacé par une éponge, qui devrait être recyclable. Je regarde de plus près et je me rends compte que les racines sont directement intégrées au bain d’eau. C’est ce qu’on appelle la culture hydroponique.

Marcel: L’eau reste dans la plaine pendant environ cinq minutes avant de redescendre, ce qui permet d’économiser 90 % d’eau au total par rapport à une culture dans un champ ouvert.

Des pesticides ne sont généralement pas utilisés. Je me demande si la méthode de culture en intérieur modifie le goût. Après avoir goûté un échantillon, je me rends compte que le goût de roquette est intense, relevé et savoureux. Mais je m’imagine aisément que de nombreux consommateur(trice)s craignent que la lumière artificielle ne réduise la teneur nutritionnelle du produit. J’interroge Marcel à ce sujet. 

Marcel: Bien au contraire, dans le cas de la roquette, nous avons détecté 30 % de vitamine C en plus en une seule mesure grâce à la lumière bleue qui s’allume deux jours avant la récolte. Les réactions des consommateur(trice)s à nos légumes sont très variables, de «J’attends cela depuis longtemps» à «Cette salade n’a jamais vu le soleil. Est-ce qu’elle a du goût?». Cette installation cherche également à savoir si les consommateur(trice)s accepteront ces méthodes et à attirer l’attention sur la technologie et les produits. 

Chaque feuille est examinée par un humain avec beaucoup de soin et de minutie.

D’un point de vue technologique, la vieille école n’a pas encore entièrement disparu. Malgré l’automatisation, les feuilles sont récoltées à la main et badigeonnées pour un contrôle de qualité sporadique. J’imagine qu’il est compliqué de programmer une tâche aussi délicate que le badigeonnage pour le robot. 

Marcel: Le badigeonnage est une tâche difficile pour le robot. Cependant, il s’agit davantage de la perception de la plante que du badigeonnage lui-même qui ne serait pas si compliqué. 

Pour garantir le bon fonctionnement de l’ensemble du système et du robot, le réseau et la communication constituent des facteurs cruciaux. Marcel m’explique que la ferme fonctionne déjà entièrement en 5G, ce qui permet de garantir dans une large mesure le transfert des données en temps réel. 

La 5G permet l’innovation

Avec la 5G, le réseau devient plus durable. Il ne faut en effet que 0,2 W pour transférer un mégaoctet de données. A titre de comparaison, avec la 2G, il faudrait 5 400 W pour transférer la même quantité de données. En outre, le temps de réaction est réduit de 25 à 35 millisecondes à quelques millisecondes à peine, ce qui permet de communiquer en temps réel sans latence. La qualité du réseau joue un rôle extrêmement important dans l’automatisation croissante des processus de production. La 5G délivre cette qualité et assure une communication de données en douceur.

Marcel: Il n’est plus nécessaire que tous les serveurs soient installés sur place pour contrôler les robots. Avec la 5G, nous pouvons externaliser des opérations de calcul coûteuses et les consolider efficacement dans un centre de données. Sans la 5G, rien de tout cela ne serait possible.

Serait-ce impossible ou juste plus lent?

Marcel: Sur certains procédés, nous scannons les plantes en temps réel, quasiment comme des données vidéo qui sont diffusées en streaming. Un serveur calcule ensuite l’opération que le robot doit effectuer. Sans le débit de transmission de la 5G, ce serait impossible. Il faudrait alors que tous les serveurs et toutes les cartes graphiques soient sur place. 

La facture d’électricité doit être salée. 

Marcel: Oui, elle est probablement plus élevée que la tienne. Les LED devraient évoluer à l’avenir. Ce serait idéal si nous pouvions utiliser de l’électricité d’origine photovoltaïque, mais la ferme est encore trop petite. Sa capacité de production annuelle s’élève à six tonnes. Les installations que nous prévoyons produiront 300 tonnes par an. Nous devrons ensuite procéder à une accélération à l’aide de la technologie.

Le prix des produits est au niveau de ceux issus de l’agriculture biologique. L’emballage est durable.

J’imagine que l’agriculture verticale sera une approche importante dans la lutte contre la raréfaction de ressources. La population mondiale augmente et les ressources s’épuisent. La moitié de l’humanité vivra dans les villes. En d’autres termes, il y aura des conurbations gigantesques où il faudra garantir l’approvisionnement alimentaire.

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 Marcel: La pénurie d’eau est un autre grand problème qui nous touche déjà. La technologie de l’agriculture verticale est capable de produire toute l’année près des villes dans des conditions constantes. La qualité et la quantité sont toujours les mêmes, hiver comme été.

L’agriculture verticale semble être une solution robuste à des problèmes agricoles omniprésents. Néanmoins, je doute que tous les agriculteurs puissent basculer à une ferme robotisée. Tout ce qui pousse dans la terre, comme une pomme de terre, prendrait une forme étrange et serait extrêmement coûteux. Trop de travail malheureusement. 

Marcel: Cela sera possible dans cinq à dix ans. Mais les tomates et les concombres peuvent déjà être produits ainsi. Et bientôt des fraises. Nous venons à peine de commencer à nous pencher sur les fraises. Elles sont maintenant en hibernation et doivent encore être pollinisées.

Des fraises en hiver? Je n’aurai probablement plus mauvaise conscience si j’ai envie de manger une tarte aux fraises en janvier. 

Marcel: Espérons que la saisonnalité ne sera bientôt plus un problème.

Derrière cette porte discrète se cache l’avenir de notre agriculture.

Pour de nombreuses personnes dans les villes, une mini-installation interne serait extrêmement pratique. A la fin de notre conversation, je demande à Marcel ce dont j’aurais besoin pour pouvoir bientôt récolter ma propre salade dans mon sous-sol. Il sourit. 

Marcel: De l’électricité, des réservoirs d’eau et un bon réseau. Pas beaucoup plus, en fait. 

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