«Jouer à un jeu vidéo ne remplace jamais les rencontres en vrai.»
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«Jouer à un jeu vidéo ne remplace jamais les rencontres en vrai.»

Les gamers sortiront-ils de la pandémie en meilleure santé mentale? Nous avons abordé cette question lors d’une conversation avec l’accompagnatrice des joueurs de mYinsanity, Nina «Silverborn» Zweifel, ainsi qu’avec Oscar «Sleety» Thomsen et Loris «Dokhan» Jungen, deux joueurs de Lausanne Esports.

Nina «Silverborn» Zweifel <br>

Depuis 2018, Nina est l’accompagnatrice des joueurs officielle de mYinsanity. Elle étudie la psychologie dans le cadre de son master et travaille chez Adamas Esports, une agence canadienne de coaching eSports.

Lorsque la Suisse s’est confinée, en mars 2020, nos vies quotidiennes ont été bouleversées. Non seulement sur le plan professionnel, mais aussi et surtout sur le plan des loisirs, avec l’annulation de nos activités. Nous avons péniblement tenté de maintenir le lien social par l’intermédiaire des appels vidéo.

Qu’est-ce que cela aurait donné si l’ensemble de notre cercle social était déjà passé au numérique? La situation des gamers sur ce point est enviable: ils passent de toute façon la majeure partie de leur temps libre à la maison devant leur PC et rencontrent leurs «collègues» virtuellement tous les soirs. Sur Discord, il n’y a pas de règles de distanciation, pas de port obligatoire du masque, pas de restriction du nombre de personnes présentes. A la maison, il n’est pas non plus nécessaire de se soucier de désinfecter régulièrement la souris ou le clavier.

Oscar «Sleety» Thomsen

Oscar joue à League of Legends pour Lausanne Esports depuis 2020. Il étudie l’informatique.

Les gamers ont-ils moins souffert de la pandémie?

«J’ai beaucoup d’amis qui jouent à League [of Legends] et je n’ai donc pas forcément besoin de sortir pour socialiser», répond Oscar «Sleety» Thomsen, qui joue à League of Legends pour Lausanne Esports. Nina «Silverborn» Zweifel, Head of Player Development chez mYinsanity, dresse un tableau similaire: «Les joueurs avaient l’habitude d’entretenir un contact social en ligne avant même la pandémie. Les autres ont soudainement dû apprendre à utiliser les options numériques.»

Les structures d’entraînement du club eSports n’ont pas beaucoup changé avec la pandémie. Oscar et Nina expliquent tous deux que certains joueurs sont même devenus plus flexibles du fait de la disparition des trajets professionnels ou des obligations sociales. 

Les gamers restent eux aussi des humains avant tout

Loris «Dokhan» Jungen

Loris a rejoint Lausanne Esports en 2018 en tant que joueur du jeu «Hearthstone». Il a étudié l’architecture et est actuellement architecte indépendant.

Loris «Dokhan» Jungen, qui joue à Hearthstone pour Lausanne Esports, nous fait remarquer: «En Suisse, il n’y a presque pas de gamers qui peuvent vivre du jeu vidéo. Pour la plupart d’entre nous, il s’agit d’un loisir qui ne représente qu’environ 10% de notre temps. Les 90% restants nous ont affectés, comme tout le monde.» Chez mYinsanity aussi: il y avait «beaucoup de jeunes joueurs qui voulaient se lancer dans le monde du travail cette année», raconte Nina Zweifel. «La pandémie a considérablement compliqué les transitions. Il était impossible de fêter la fin de ses études ou de partir en voyage de maturité. Toutes les célébrations habituelles ont complètement disparu. Et cela concerne tout le monde à cet âge, même nos joueurs.»

La motivation pâtit du manque d’événements

«Les événements hors ligne, les LAN, les finales hors ligne des tournois sont une composante essentielle de l’e-sport. Cette année, il y a énormément de personnes que je n’ai pas vues parce que je ne les rencontre habituellement que lors des événements. C’est toujours une grande fête lorsque l’e-sport se réunit en Suisse. Et c’est aussi un problème pour nos athlètes», affirme Nina. «La motivation pâtit lorsqu’on élimine l’objectif de se retrouver en finale sur la grande scène.»

«Même si vous gagnez la SwitzerLAN, ce n’est pas pareil. Avant, 120 joueurs auraient participé à la compétition; aujourd’hui ils ne seront peut-être que 20. Le titre qu’on obtient a beau être le même, il a quand même moins de valeur», nous dit Loris Jungen. Lui aussi regrette l’échange avec les autres clubs. «La communauté Hearthstone de Suisse est vraiment forte. Même s’il s’agit d’un jeu individuel, nous apprécions de rencontrer tout le monde lors des événements hors ligne. Si le COVID n’a pas changé la fréquence de mes contacts avec mes coéquipiers, il a fortement perturbé l’interaction avec les autres clubs.»

Ainsi, même les joueurs les plus férus de technologie ont dû faire preuve de créativité pour rester en contact. «Nous avons organisé encore plus d’activités en ligne qu’avant pour nous rapprocher pendant cette période. Nous avons par exemple essayé un nouveau jeu ensemble, ou observé les autres équipes», explique Nina Zweifel.

Lausanne Esports dispose d’une salle de gaming, qui a récemment ouvert ses portes. Loris et Oscar en profitent pour rencontrer en personne quelques-uns des membres de leur équipe et participer ensemble à des tournois, dans le respect des règles. Avec la baisse du nombre de cas, les événements hors ligne reprennent également: ainsi, en mai, les finales de la Swisscom Hero League ou de la Red Bull universe ont pu avoir lieu «sur place». Les pronostics sont également bons pour les grands salons qui auront lieu à l’automne. Car, comme Oscar l’a résumé: «Jouer à un jeu vidéo ensemble ne remplace jamais le fait de se rencontrer en vrai.»

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