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Si les opérateurs mobiles étaient boulangers

Que se passerait-il si un boulanger devait passer son temps à discuter de son four, comme un opérateur mobile avec la 5G? Une fiction sans happy ending.
Michael Lieberherr
Michael Lieberherr, Communication Consultant
12 novembre 2021

Imaginez-vous en boulanger: en 2010, chacun de vos clients a acheté en moyenne quatre croissants. Aujourd’hui, dix ans plus tard, ce sont en moyenne 800 croissants. Et en plus, vous servez trois fois plus de clients dans votre boutique qu’en 2010.

 

Vous avez su gérer la forte croissance des dernières années grâce à la quatrième génération de four, commercialisée en 2012. Elle vous permet de cuire plus vite et davantage, et ainsi de répondre année après année à tous les souhaits de votre clientèle. De plus, vous avez sans cesse développé et modernisé votre boulangerie. En y investissant beaucoup d’argent. Vos produits sont plus populaires que jamais et vos clients vont probablement continuer d’en acheter toujours plus dans l’avenir. Lentement mais sûrement, malgré des investissements constants, votre boulangerie atteint ses limites.

 

Four de l’enfer

Depuis deux ans, une nouvelle solution est disponible: les fours de cinquième génération. Ils cuisent davantage de produits dans le même fournil avec la même quantité d’énergie, sont plus silencieux et peuvent produire des pâtisseries plus variées – un progrès comme tant d’autres avant eux. Mais la litanie de contes à dormir debout refait elle aussi surface. Il faudrait à nouveau brûler les sorcières et invoquer le golem. En plus, ce four détruirait toutes les bonnes vitamines.

 

Même si ces arguments ont depuis longtemps été réfutés scientifiquement, les rumeurs persistent. Et les clients d’affirmer que l’ancien four suffit, il peut encore durer un bon moment. De votre côté, vous voyez les choses différemment. En effet, vous êtes tous les jours à la boulangerie et avez bien remarqué que vos fours de quatrième génération n’arrivaient plus à tenir.

 

Bien entendu, il existe une alternative: vous pourriez installer toute une batterie de vieux fours de quatrième génération. Et avec le manque de place évident, vous devriez ouvrir de nouvelles boulangeries ailleurs et miser sur une technologie obsolète.

 

Révolte contre la nouvelle génération de fours

Cette nouvelle génération de fours nécessiterait également quelques aménagements. Or vous êtes en conflit avec vos voisins sur ce point. Car même s’ils veulent des croissants et des petits pains frais chaque matin sur leur table, ils s’opposent à tout projet de transformation.

 

Les habitants emploient tous les moyens légaux pour retarder votre projet. Certains opposants vont jusqu’à utiliser des arguments qui n’apparaissent nulle part dans le droit de la construction. Sans oublier les voisins qui recueillent des signatures et font pression sur les autorités. Même si personne ne l’admet, la pression est bien réelle, et le temps de traitement de vos recours est fortement rallongé. Vous attendez des mois, voire des années, pour obtenir une réponse. Les acteurs politiques restent ambigus dans leurs déclarations et gagnent du temps en lançant des études et de nouveaux groupes de travail.

 

Et puis il y a ceux qui remettent en question le principe même de vos produits: trop de viennoiseries et pâtisseries, ce n’est pas bon pour la santé et cela devrait être interdit. Avec des instructions très précises sur quand, où et comment en consommer. Ils collectent des signatures en faveur de leur cause et veulent inscrire dans la constitution fédérale les technologies de four autorisées ou non. Ils comptent même dicter à vos clients comment déguster vos produits chez eux.

 

Pas chez moi

Vous ne comprenez plus le monde: vous souhaitiez investir pour répondre à la demande de vos clients – et une petite minorité très bruyante fait tout ce qu’elle peut pour vous barrer la route. Et c’est la grande majorité de vos clients qui en souffre.

 

En tant que boulanger, vous savez exactement comment fonctionne le nouveau four et ce qu’il fait. Mais comme toujours, beaucoup de gens ne vous croient pas. Ils ont été trompés par des informations délibérément erronées ou relayées sans trop savoir.

 

Des sources douteuses sur Internet imitent les studios TV et diffusent ces théories fumeuses – les boulangers professionnels hallucinent. Adieu les faits, le sujet est depuis longtemps devenu une question de croyance. Même si la science est en mesure de réfuter ces fake news, les peurs véhiculées par la minorité marquent les esprits.

 

Et celles-ci se propagent comme une traînée de poudre grâce aux réseaux sociaux. Avec au final un espace disproportionné accordé à cette minorité dans les médias, alimentant du même coup les craintes des lecteurs.

 

Pleurnicheries XXL?

Vous voilà maintenant à informer gentiment vos clients qu’ils devront attendre plus longtemps pour avoir leur pain et que le nombre de viennoiseries par client sera limité – conséquence directe du blocage du chantier. Vos clients n’en croient pas un mot. Après tout, vous avez toujours su faire face. Ils vous rétorquent même que cela fait des années que vous pleurnichez pour un oui ou pour un non. Et vous finissez toujours par remporter régulièrement des prix internationaux pour vos produits. Vous tentez bien d’expliquer que vous voulez vous développer pour l’avenir, alors que les distinctions ne sont là que pour évaluer ce qui existe déjà.

 

Mais vos arguments peinent à convaincre le plus grand nombre. Et ce n’est que lorsqu’ils en ressentiront les conséquences que vos clients tomberont des nues.

 

Signes de fatigue

Cela semble ridicule? Tout à fait. Et pourtant, ce scénario reflète parfaitement les discussions autour de la 5G et de la communication mobile: ce boulanger est l’un des trois opérateurs. Ses clients utilisent 200 fois plus de données aujourd’hui qu’il y a dix ans et le nombre de clients, et donc d’appareils, a triplé en une décennie. La génération de fours plus puissante incarne la dernière génération de communication mobile. Une évolution logique, technologique.

 

La 4G d’aujourd’hui a presque dix ans et atteint ses limites. Or l’extension est au point mort. Une vraie curiosité suisse: dans presque tous les pays du monde, on aimerait avoir des opérateurs mobiles qui soient aussi disposés à investir que chez nous. En Suisse, la volonté des opérateurs est là, mais le déploiement est entravé par une minorité rugissante. Ils font pression pour ne pas traiter les recours et s’évertuent à faire peur. Ce débat unilatéral autour de la communication mobile a un impact majeur sur l’ensemble de l’extension: ce qui n’est pas construit aujourd’hui manquera demain.

 

Si la demande croît plus vite que le déploiement, il y aura moins à donner à chacun. Une réception complète ne signifie pas automatiquement une pleine capacité. Filons à nouveau la métaphore: le four cuit à sa vitesse maximale, mais il ne parvient pas à produire assez de croissants pour répondre à la demande. Ainsi, chaque client est limité dans les quantités qu’il achète ou bien doit attendre la prochaine fournée. En matière de communication mobile, cela se traduit par des colonnes de données (sites web gelés, longs temps de chargement) ou des encombrements (le flux de données se fige).

 

Les faits, rien que les faits – une étude indépendante réalisée par Sotomo sur la base des données d’exploitation du réseau Swisscom donne le résultat ci-dessous.

  • Le trafic de données a été multiplié par 200 en dix ans.
  • On compte aujourd’hui trois fois plus d’appareils connectés qu’en 2010.
  • La quatrième génération de communication mobile, la 4G, supporte l’essentiel du trafic. Mais elle a déjà presque dix ans et atteint ses limites.
  • La consommation de données a augmenté davantage en campagne qu’en ville.

Et l’étude de résumer: «Seule une nouvelle génération de communication mobile peut empêcher un effondrement du trafic mobile.»

 

Source de l’étude: https://sotomo.ch/site/projekte/mobile-datennutzung-in-der-schweiz/

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