Documents Rapport suisse sur le cancer
Rapport sur le cancer en Suisse

Aucun lien entre les mobiles et le cancer

Le rapport 2021 sur le cancer en Suisse est paru en octobre. On y lisait ce qui suit: "Aucun lien n’a été trouvé entre l’exposition aux champs électromagnétiques et les tumeurs cérébrales. Il en va de même pour l’utilisation des téléphones mobiles, compte tenu de nombreuses études internationales."
Cedar Urwyler
Cedar Urwyler, observe et analyse pour Swisscom la recherche dans le domaine de la téléphonie mobile et de l’environnement
06 décembre 2021

Le spectre électromagnétique se divise sommairement en deux domaines: le rayonnement ionisant qui débute par la lumière ultraviolette à ondes courtes (UV-C) et englobe également les rayons X et les rayons gamma. Ce rayonnement peut détacher les électrons des molécules et ainsi modifier directement la matière – c’est-à-dire ioniser. Dans l’organisme, l’ADN est endommagé, ce qui peut provoquer un cancer.

 

En revanche, la majeure partie du spectre électromagnétique n’est pas ionisante. La seule particule de lumière (photon) n’a pas suffisamment d’énergie pour ioniser les molécules ou les atomes. En font partie, outre la lumière visible, les ondes radio et millimétriques, c’est-à-dire les fréquences utilisées pour la téléphonie mobile. La question de savoir si ces fréquences sont également susceptibles d’entraîner le cancer est étudiée depuis de nombreuses années. À ce jour, aucune preuve n’a été trouvée d’un lien entre l’utilisation des téléphones portables et l’apparition de tumeurs, a écrit le Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants (CIPRNI 2020).

Infografik

L’exposition aux signaux de téléphonie mobile se fait principalement par les téléphones portables personnels, ainsi que par les téléphones portables d’autres personnes. Cela s’explique par le fait que l’intensité des champs électromagnétiques (CEM) diminue très rapidement avec la distance à la source. La plus grande exposition est donc causée par l’appareil le plus proche, le téléphone portable, et la tête est particulièrement exposée à l’endroit où l’on tient l’appareil en téléphonant.

 

La chercheuse suisse Milena Foerster a calculé les sources responsables de la dose journalière moyenne dans le cerveau des adolescents. Résultat : les téléphones mobiles (appels 80 %, données mobiles 5 %) et les téléphones sans fil (9 %) sont les principales sources. En revanche, les stations de base de téléphonie mobile ne contribuent qu’à hauteur de 3.4 % à l’exposition (Foerster et al. 2018). Une raison suffisante pour poursuivre l’étude du lien entre les téléphones portables et le cancer (tumeurs cérébrales).

 

En 2013, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a publié une monographie sur les champs électromagnétiques à haute fréquence (CEM) et classé les CEM comme "possibly carcinogenic to humans (2b)". Outre les expériences sur des cellules et des animaux, certaines incohérences dans les études épidémiologiques ont empêché le CIRC de lever l’alerte concernant les CEM. Ainsi, au milieu des années 2000, un groupe suédois dirigé par le prof. Hardell a affirmé dans de petites études une forte corrélation entre les tumeurs cérébrales et les CEM, ce qui n’a toutefois pas encore été reproduit par d’autres groupes de recherche (p. ex. Hardell 2006). En revanche, la grande étude internationale INTERPHONE a constaté chez la plupart des utilisateurs de téléphones mobiles un risque réduit de développer des tumeurs cérébrales. Seule la catégorie des utilisateurs les plus assidus présente un risque accru. L’interprétation de ces données est toutefois rendue difficile par des effets psychologiques (prédispositions), comme l’écrivent les auteurs de l’étude eux-mêmes. Ainsi, la durée d’utilisation du téléphone mobile n’a pas été mesurée, mais estimée par les participants sur la base de leur mémoire. Ces études ne peuvent donc pas être considérées comme une indication d’un lien de cause à effet, mais elles ont néanmoins incité le CIRC à classer prudemment les CEM à haute fréquence comme potentiellement cancérigènes. Une révision de la monographie du CIRC est attendue pour 2024.

 

Les registres nationaux du cancer constituent une autre source de données. Depuis l’introduction de la téléphonie mobile dans les années 90, la technologie a connu une expansion explosive, ce qui a entraîné une forte augmentation de l’exposition. Si le risque était aussi élevé que l’affirme Hardell, le nombre de tumeurs cérébrales diagnostiquées devrait aujourd’hui être considérablement plus élevé qu’il y a trente ans. Or ce n’est pas le cas. La faible augmentation observée, le CIRC l’explique par l’amélioration du diagnostic.

 

Différents rapports récents tels que le CIPRNI 2020, le World Cancer Report 2020, le rapport sur le cancer en Suisse évoqué plus haut, une étude anglaise (de Vocht 2021) et une étude sud-coréenne (Choi et al. 2021) abondent tous dans le même sens : malgré d’importants efforts de recherche, aucun mécanisme n’a été trouvé pour expliquer comment les CEM à haute fréquence provoqueraient le cancer. Les recherches épidémiologiques indiquent en grande partie que les CEM ne sont pas cancérogènes. S’il y a un risque non détecté, il doit être très faible.

Sources

 

Office fédéral de la statistique (OFS), "Rapport 2021 sur le cancer en Suisse", 2021.

 

ICNIRP, "ICNIRP Guidelines for limiting exposure to electromagnetic fields (100 kHz to 300 GHz)", Health Phys., vol. 118, n° 5, pp. 483-524, 2020.

 

M. Foerster, A. Thielens, W. Joseph, M. Eeftens, and M. Röösli, "A Prospective Cohort Study of Adolescents’ Memory Performance and Individual Brain Dose of Microwave Radiation from Wireless Communication", Environ. Health Perspect., vol. 126, n° 7, p. 077007, juil. 2018.

 

IARC, "Non-Ionizing Radiation, Part 2 : Radiofrequency Electromagnetic Fields", IARC Monogr. Eval. Cancerog. Risks to Humans, vol. 102, p. 481, 2013.

 

L. Hardell, K. Hanson Mild, M. Carlberg, and F. Söderqvist, "Tumour risk associated with use of cellular telephones or cordless desktop telephones", World J. Surg. Oncol., vol. 4, pp. 1-10, 2006.

 

IARC, C. P. Wild, E. Weiderpass, and B. W. Stewart, "World Cancer Report", Lyon, 2020.

 

K. H. Choi et al., "Mobile Phone Use and Time Trend of Brain Cancer Incidence Rate in Korea", Bioelectromagnetics, vol. 20, n° April, 2021.

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